Par Bouzid Chalabi
Le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane prévoit de revoir à la baisse le prix d’achat du blé dur et tendre auprès des céréaliculteurs du pays, fixé jusqu’à présent à 4 500 DA le quintal, arguant que le prix revient trop cher à l’Etat. Si, jusqu’ici, rien n’a été décidé dans le sens où c’est au Président de la République de trancher le sujet, du côté des agriculteurs concernés, on redoute fort que cela se produise.
Pour l’heure, au sein de la filière, on a très mal accueilli cette annonce. En effet, c’est ce dont nous ont fait part des céréaliculteurs contactés hier par Reporters. «Après la satisfaction d’apprendre, le mois dernier, que les intrants et les engrais, indispensables pour lancer la campagne, sont dorénavant éligibles au crédit de campagne, connu sous l’appellation Rfig, voilà qu’on apprend l’éventualité d’une baisse du prix du quintal de blé que nous livrons à l’OAIC. En somme, ce qu’on nous a accordé d’un côté, afin de nous encourager à produire plus, on le reprend de l’autre, à la fin de la moisson», s’étonne fort Mahfoud Abderahmani, grand céréalier et ex-membre du bureau de la Chambre d’Agriculture de la wilaya de Constantine, une région dont la production principale est le blé dur suivi du blé tendre. Ce dernier n’a pas caché son indignation. Et de confier dans ce sens : «Au moment où nous faisons face à une multitude de contraintes, notamment le poids des charges d’exploitation, que nous supportons chaque année, c’est un autre coup dur qui s’annonce. A croire que, du côté des pouvoirs publics, on juge que nous tirons d’énormes bénéfices sur le prix de vente du quintal de blé, mais, en réalité, c’est faux. Pour preuve, seuls les exploitants qui réalisent des rendements supérieurs à 25 quintaux à l’hectare, et ils sont peu nombreux dans ce cas de figure, arrivent à s’en sortir. Quant au reste, c’est tout juste si on entre dans les dépenses financières pour mener notre campagne. Cela à condition que la pluviométrie soit au rendez-vous, en automne et au printemps, car dans le cas contraire, toutes leurs dépenses partent en fumée.» Comme notre interlocuteur nous a appris que «les conditions climatiques guère favorables, ces dernières années, ont poussé certains céréaliculteurs à muter vers des cultures moins contraignantes et plus lucratives». Non sans lâcher : «Avec une baisse des prix à la vente du quintal, il faut s’attendre à ce que les rangs des partants vers d’autres activités grossissent.»
Notons que du côté des Chambres d’agriculture des wilayas de Guelma, Sétif, Médéa et Tiaret, des régions à grande vocation céréalière, on parle, selon des sources concordantes, de l’organisation d’assemblées dans les prochains jours pour débattre la question des baisses des prix de vente du quintal de blé récolté.
Ce faisant, il y a lieu de souligner que cette possibilité d’une baisse des prix du quintal de blé récolté tire sa raison d’être par le fait que l’exécutif, après étude sur le terrain, a réalisé que le prix d’achat en vigueur, afin d’encourager les céréaliculteurs à produire plus, n’a en réalité servi à rien. Autrement dit, la moyenne de production nationale reste en deçà des objectifs escomptés. «Par conséquent, la facture des importations de l’Algérie risque d’augmenter de 25 à 30 % en 2021, avec les mêmes quantités qu’on a l’habitude d’importer», révèle le département américain de l’agriculture dans son dernier rapport sur le marché mondial des céréales. Et un simple calcul fait donc ressortir qu’il serait plus indiqué de revoir à la baisse le prix d’achat local, tout en consacrant la différence à la facture d’importation et qu’il est fort possible qu’elle dépasse largement les 5 milliards de dollars, comme s’est fixé le gouvernement pour cette année. C’est d’autant plus prévisible dans la mesure où les importations vont augmenter en volume cette année comme mentionné ci-dessus. Pis encore, la facture des importations va gonfler considérablement si l’on tient compte de la tendance haussière inquiétante des céréales sur les marchés mondiaux actuels et probablement s’inscrire dans la durée.
En définitive, l’exécutif ne recherche-t-il pas à travers cette baisse des prix à l’achat des céréales locales de revenir à cette logique de ne plus aider sans retour de résultat ? <