Des mesures à court terme sont attendues en matière de préservation et d’accroissement du pouvoir d’achat sans lesquelles il faut s’attendre à une montée des tensions sociales.

Par Khaled Remouche
Le gouvernement Aïmene Benabderrahmane envisage une augmentation des salaires de la Fonction publique et du secteur public. L’intention est exprimée dans le plan d’action actuellement en débat au Sénat. Le texte affiche clairement l’objectif de l’Exécutif, à savoir l’amélioration et la consolidation du pouvoir d’achat des citoyens. C’est écrit en gras dans le document. «Le gouvernement engagera une évaluation des niveaux de salaires dans la Fonction publique et le secteur économique afin d’améliorer le pouvoir d’achat des citoyens», lit-on dans le document. Allusion à une augmentation des salaires. Pour ce faire, ajoute le texte, «l’accent sera mis sur la réalisation d’études et de recherche visant la mise en place d’indicateurs pertinents sur la détermination des rémunérations et analyser les enjeux permettant au gouvernement de mener une politique salariale conciliant les dimensions sociale et économique et orientée vers l’efficience, l’efficacité, la cohésion sociale et l’égalité des chances». Cette augmentation des salaires ne sera donc pas immédiate. Elle nécessitera une évaluation des niveaux de salaires et des études pour déterminer les paramètres objectifs rationnels d’une politique salariale orientée vers l’efficacité. Le texte ne fixe ni l’échéance de finalisation du premier ni du second ni de cette politique salariale plus efficiente. En un mot, le plan d’action ne fournit pas les détails de la démarche retenue pour parvenir à cette augmentation. Il ne fixe pas d’échéancier de mise en oeuvre de cette augmentation des salaires et plus généralement de l’accroissement du pouvoir d’achat des ménages.
Face à un texte peu clair sur la question du pouvoir d’achat, nombre de députés ont pointé du doigt la flambée des prix des produits de large consommation enregistrée à la veille de la rentrée sociale et interpellé le gouvernement sur l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. Des associations de protection de consommateurs sont également montées au créneau pour dénoncer ces atteintes au pouvoir d’achat de la majorité des citoyens. Les syndicats de l’Education nationale, dans la foulée, menacent de faire grève. Ils revendiquent des mesures pour atténuer ces hausses de prix sur le pouvoir d’achat des Algériens et une augmentation de leurs salaires. Le Président de la commission économique de l’APN a même plaidé pour un SNMG à 40 000 dinars. Mais la question est de savoir si dans la situation financière actuelle du pays, l’Etat a les moyens de financer ces augmentations de salaires et une nouvelle hausse du SNMG. Quel en sera l’impact sur le budget de l’Etat et sur la pérennité des entreprises dont bon nombre souffrent de difficultés financières et peinent à payer les salaires de leurs travailleurs. Un véritable casse-tête chinois. Il faudra de l’imagination pour améliorer les salaires et consolider le pouvoir d’achat des ménages. Une baisse de l’RG des salaires pourrait améliorer les salaires des fonctionnaires et des salariés du secteur économique et ainsi réduire cette injustice fiscale, où l’IRG salaire constitue la part la plus importante de la fiscalité récoltée par l’Etat.
Consolider le pouvoir d’achat des citoyens passe aussi par la maîtrise de l’inflation. Or, la loi de finances pour 2021 prévoit une augmentation de l’inflation pour l’année en cours. Le glissement continu du dinar par rapport à l’euro est à la source de tensions inflationnistes actuelles. A cela s’ajoutent les dysfonctionnements du marché de la distribution des produits de large consommation et le manque d’anticipation par rapport aux flambées conjoncturelles des prix des produits sensibles, en particulier, de la viande blanche et de la pomme de terre. Le recours à la planche à billets est également un ingrédient de cette montée de l’inflation qui participe aujourd’hui à l’érosion du pouvoir d’achat des citoyens. Sur ce dossier sensible du pouvoir d’achat, des mesures à court terme sont attendues en attendant que cette politique salariale dite plus «efficiente» se mette en place. S’attaquer à la désorganisation du marché intérieur, freiner la dévaluation du dinar, dynamiser l’économie et l’investissement, moderniser la gestion de l’administration et de l’entreprise avec l’introduction d’une politique salariale fondée sur le résultat, la performance, la productivité seraient autant d’ingrédients de cette nouvelle politique en matière de préservation et d’accroissement du pouvoir d’achat des Algériens. Mais si rien ne bouge dans ce domaine, il est à craindre des tensions sociales. <