D’importantes quantités de viande et de pomme de terre sont importées pour stabiliser le marché et atténuer la spéculation.

PAR INES DALI
Comme chaque année à l’approche du Ramadan, la mercuriale s’enflamme. C’est une véritable course contre la montre qui est engagée pour stabiliser les prix et assurer l’approvisionnement, notamment celui des légumes et des viandes dont la consommation connaît une augmentation démesurée. Un programme d’importation de 100 000 tonnes de pommes de terre et de 3 000 tonnes de viande rouge congelée est annoncé à trois semaines du Ramadan pour faire face à la frénésie des prix qui ne connaît pas de limites. La spéculation va bon train et perturbe fortement le marché, au grand dam des consommateurs qui se demandent comment affronter de telles hausses et s’en sortir durant ce mois avec leur «chétif budget», alors qu’en temps normal, disent-ils, ils connaissent déjà des «difficultés pour boucler les fins de mois». Afin de réguler le marché et stabiliser les prix, «une première opération urgente et exceptionnelle d’importation de 30 000 tonnes de pommes de terre est prévue pour les tout prochains jours », a indiqué, hier, le directeur de l’organisation des marchés et des activités commerciales au ministère du Commerce, Ahmed Mokrani. En outre, «3 000 tonnes de viande rouge congelée seront importées pour approvisionner le marché pendant le Ramadan, en plus du programme envisagé de 54 500 tonnes de viande rouge disponibles sur le marché national, qui seront assurées grâce à l’abattage de 29 000 têtes bovines (l’équivalent de 14. 500 tonnes) et près de 1 million de têtes ovines (l’équivalent de 30 000 tonnes), alors que la quantité de 10. 000 tonnes restante sera assurée par les wilayas du Sud», a-t-il ajouté. Quant à la viande blanche, «47 000 tonnes seront injectées sur le marché, dont 10 000 tonnes assurées par l’Office national des aliments du bétail (Onab) et 37 000 tonnes par les opérateurs privés», selon le même responsable, qui s’est exprimé sur les ondes de la Radio nationale.
Commentant les opérations d’importations, l’économiste Lahouari Tighrissi a estimé qu’elles «contribueront à freiner la hausse des prix» pourvu qu’elles soient menées «dans les temps impartis sachant que les autorisations n’ont été délivrées qu’il y a deux semaines ». Mais ces importations ne sont pas une solution pérenne et l’économiste les qualifie de «solution de rafistolage». Il a déclaré sur la chaîne Echourouk TV, que le mieux est d’«étudier le fond du problème» et «revoir la stratégie du secteur». C’est ainsi qu’il a recommandé de miser sur «l’amélioration de la production agricole», ce qui permettra de «ne pas rester dépendant vis-à-vis des importations», a-t-il souligné.
Pour tenter de contrer l’augmentation des prix de la pomme de terre avant le Ramadan, étant donné que la hausse est déjà visible sur les étals depuis pas mal de temps, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a annoncé le lancement d’une opération de déstockage dès la semaine en cours. «Suite à la hausse injustifiée des prix de la pomme de terre, le ministère de l’Agriculture a décidé de lancer une opération de déstockage de 15 000 tonnes de pomme de terre de consommation», a-t-il indiqué dans un communiqué à la fin de la semaine dernière. Cette mesure vise à «stabiliser le prix de ce produit de première nécessité qui a connu récemment une hausse importante malgré la production suffisante», a-t-il estimé. Avant de lever le voile sur une véritable opération de spéculation, indiquant que «le prix de revient du kilogramme de pomme de terre ne dépasse pas 40 DA selon la structure des prix des produits agricoles établie par les professionnels de la filière». Ainsi, l’opération de déstockage va permettre d’alimenter les points de vente de proximité qui seront ouverts par les structures sous tutelle du secteur, selon le ministère, qui a rappelé que le marché est approvisionné actuellement par la production d’arrière-saison en attendant l’arrivée sur le marché de la récolte de saison dès la fin du mois en cours.

La viande rouge entre 1 200 et 1 300 DA/kg
Les quantités de viande qui seront mises sur le marché permettront d’avoir «des prix étudiés», selon l’Algérienne des viandes rouges (Alviar) qui, à l’approche du Ramadan, a prévu la mise en place d’un dispositif spécial comprenant 150 points de vente répartis sur l’ensemble du territoire national, où le kilogramme sera cédé à un prix qui ne devrait pas dépasser 1 300 DA pour la viande ovine et 1 200 DA pour la bovine. Son Président-Directeur général, Lamine Derradji, qui en a fait l’annonce hier, a indiqué qu’Alviar a déjà commencé à installer des points de vente dans les grandes villes, Alger, Annaba et Oran, précisant que l’objectif est de poursuivre cette opération dans les autres wilayas. Il a fait savoir qu’Alviar a importé «4 000 bovins dédiés à l’abattage spécialement pour le mois de Ramadan», tout en tirant la sonnette d’alarme sur «le risque d’extinction des races ovines locales de haute valeur, comme celles de Ras-El-Hamra et Ouled Djellal». Ces races sont menacées en raison, principalement, de «la cherté» et du «manque d’aliment de bétail» d’une part, et de «l’absence de pâturage causé par l’absence de pluie au cours de ces deux dernières années», d’autre part, a-t-il expliqué. Plus grave encore, le cheptel ovin ne comprend actuellement que «quelques milliers» de têtes de ces deux races, selon le même responsable. Ces races sont «un patrimoine à conserver» pour éviter, entre autres, d’aller vers l’importation de la viande ovine, a-t-il affirmé, tout en déplorant «la vente dans les boucheries de la viande du capital reproducteur», en l’occurrence la brebis. Dans ce cadre, il a annoncé la signature dans les prochains jours d’un contrat entre Alviar et un groupe algérien pour le lancement d’un projet de ferme pilote de production de brebis reproductrices (40 000 têtes) à Bougtoub (wilaya d’El-Bayadh) s’étalant sur 10 000 hectares. Il a noté que les viandes rouges représentent 17% de l’économie agricole. En tout état de cause et quelles qu’en soient les raisons, c’est le même problème auquel fait face la population chaque année à l’approche et durant le mois de Ramadan. L’envolée des prix et la spéculation n’ont pas de limites.