Portés par la tension qui persiste au Moyen-Orient, mais aussi par le rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui voit le rééquilibrage du marché se poursuivre, les prix du pétrole progressaient hier en cours d’échanges européens.

Ainsi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin valait 72,32 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 30 cents par rapport à la clôture de jeudi, la veille, le même Brent avait clôturé à 72,01 dollars, soit son plus haut niveau depuis trois années. Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» pour le contrat de mai gagnait 30 cents à 67,37 dollars, après avoir atteint un sommet depuis 2014 à 67,76 dollars vers 9h GMT.
Cette évolution à la hausse du marché pétrolier s’opérait alors que le président américain avait tempéré, jeudi, ses propos par rapport à une action militaire en Syrie.
Ce qui n’a pas empêché les opérateurs de rester «circonspects», relèvent des analystes chez Commerzbank, ajoutant que «la possibilité d’une frappe américaine en Syrie reste bien sur la table», donnant raison aux investisseurs qui misent sur une hausse du baril.
Le contexte géopolitique n’étant pas l’unique cause de la hausse des prix, les fondamentaux du marché font de nouveau parler d’eux, à travers les sorties successives de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
L’Opep avait évoqué, jeudi, une réduction des stocks de brut dans le monde, en raison d’une baisse de la production en Angola, au Venezuela, en Algérie et en Arabie Saoudite, rappelle Commerzbank, alors que l’AIE a maintenu hier sa prévision de demande de pétrole en 2018.
Elle prévoit une demande mondiale de pétrole qui progressera de 1,5 million de barils par jour (mbj) cette année, comme elle l’avait annoncé en mars dernier. Néanmoins, l’AIE considère que les tensions commerciales actuelles entre les Etats-Unis et la Chine représentent un «risque» pour ces prévisions. Relevant que l’incertitude concernant la situation en Syrie et au Yémen «a aidé à propulser le prix du baril de Brent au-dessus des 70 dollars», l’agence estime qu’«il reste à voir si les récents tarifs élevés se maintiennent». Et si c’est le cas, «quelles seront les implications sur la dynamique du marché», s’interroge-t-elle.
Pour le mois de mars dernier, l’AIE évoque une production pétrolière qui a atteint 97,8 millions de barils par jour, les pays producteurs ayant réduit leur production de 800 000 barils supplémentaires par rapport à ce que prévoyait leurs engagements. Toutefois, «un peu plus d’un tiers» de la réduction de mars est due à un recul «non intentionnel» de la production du Venezuela et du Mexique, précise la même source, ajoutant que «jusqu’à présent, rien n’indique que l’Opep augmente sa production en réponse aux récents prix plus élevés ou pour compenser la chute de l’offre vénézuélienne». Ce qui plaide pour un rééquilibrage du marché.