L’économie algérienne est au bord de l’effondrement avec des entreprises qui ferment les unes après les autres, asphyxiées par une bureaucratie paralysante, amplifiant l’impact laminant de la crise sanitaire de la Covid-19. Face à ce constat alarmant, Samy Agli, président de la Confédération algérienne des patrons citoyens (CAPC), a déclaré, hier, qu’«il y a vraiment le feu à la maison», en avouant qu’«on est en train de perdre des acquis».
Intervenant, hier à l’émission «L’Invité de la Rédaction» de la Chaîne III de la Radio algérienne, Samy Agli lance encore une fois son appel pour une réelle prise de conscience de la situation critique des entreprises algériennes, en affirmant que «notre économie est en train de s’effondrer» et qu’«aujourd’hui, la réforme économique n’est pas un choix mais une obligation».
Il explique à ce sujet qu’en ce moment, il y a des «secteurs sensibles qui nécessitent réellement un électrochoc pour une reprise rapide», réitérant le fait qu’«on ne peut prétendre à un avenir économique meilleur sans cette relance économique, tant demandée par les Algériens». Insistant encore une fois sur l’importance d’agir vite pour sauver l’Algérie du chaos économique, le représentant du patronat algérien estime que «la réforme est donc vitale, aujourd’hui, pour notre économie», en mettant en exergue le fait que «la situation nous impose une réforme profonde et un autre modèle économique pour se projeter dans l’avenir et réagir vite face à cette crise qui est en train d’emporter des pans entiers de l’économie».
Soulignant l’urgence d’agir concrètement sur le terrain, en axant rapidement les actions des décideurs sur deux points essentiels qui sont la dé-bureaucratisation et la réforme bancaire, le président du CAPC précise que «lorsque je parle de réforme économique, cela veut dire qu’il faut reprendre l’économie avec d’autres réflexes, dont en premier lieu, une dé-bureaucratisation réelle qui sera ressentie sur le terrain, non au niveau déclaratif».
Tel qu’il le clame depuis plusieurs mois, Samy Agli a encore une fois réexpliqué le grand danger que fait peser la bureaucratie sur l’économie algérienne en soulignant que «c’est une réalité amère et notre ennemie numéro un depuis plusieurs années déjà».

L’impératif urgent de la dé-bureaucratisation
Dans le contexte actuel, où l’économie algérienne est fortement fragilisée, il déplore le fait que «cette bureaucratie est encore plus puissante aujourd’hui et bloque beaucoup de créateurs de richesses», a-t-il regretté appelant à absolument débureaucratiser les actes de gestion et d’investissement». Afin d’illustrer ses propos, le président du CAPC cite l’exemple de plusieurs opérateurs économiques algériens, munis de bonne volonté pour lancer des usines ou des entreprises avec création de postes d’emplois, qui ne peuvent pas mener leur projet à terme à cause des blocages bureaucratiques. Il cite à ce sujet l’exemple des demandes d’autorisation pour exploitation ou investissement où des entreprises sont aujourd’hui à l’arrêt à cause de ce fameux document.
Samy Agli s’indigne de cette situation en soulignant qu’«il faut arrêter, tout de suite, avec ces demandes dont beaucoup restent sans réponses. La réalité est là, l’entreprise vit des moments très sombres et très durs, il faut mettre en place un plan Marshal». Tout en saluant la volonté du gouvernement et du président de la République pour le Plan de la relance économique, Samy Agli fait le constat amer que «les mesures prises par le gouvernement ne sont pas assez ou n’ont pas été carrément réalistes, à cause, bien sûr, de la bureaucratie».
Il aborde également l’urgence de la mise en application de la réforme bancaire, en soulignant que «les banques doivent offrir de nouveaux services de financement de l’entreprise adaptés à la situation de crise que nous traversons». Il insiste sur ce point en assurant qu’«aucun pays au monde n’a réussi sa relance économique sans un système bancaire fort qui accompagne la croissance de l’entreprise», ajoutant qu’«il est nécessaire d’aller vite en mettant rapidement, et je le redis, un plan Marshall pour l’économie».

Suspendre les pénalisations fiscales
L’intervenant souligne également la nécessité de trouver les moyens d’accompagner les entreprises algériennes, notamment en suspendant les pénalisations fiscales et, «pourquoi pas, une année blanche sur le plan fiscal et parafiscal», propose-t-il. Mais l’urgence actuelle est «d’abord, de sauver nos entreprises qui commencent à beaucoup souffrir. Nous avons des signaux très négatifs venant des sociétés qui existent depuis des années, n’ayant plus les moyens de payer leurs engagements», réitère Samy Agli.
Afin de sauvegarder ces entreprises qui sont en grande difficultés, le président du CAPC exhorte les responsables concernés à fédérer les efforts en estimant que «ce combat doit être mené avec la même volonté, force et détermination qu’on met dans le combat contre la Covid-19 et pour sauver les vies humaines». Enchaînant que «nous ne pourrons faire face au ‘tsunami’ de la crise qu’avec des mesures courageuses sans précédent. L’Etat doit tout mettre en œuvre pour sauver l’entreprise».
Par ailleurs, il estime que la commande publique ne peut pas continuer à être la locomotive de la relance de l’économie nationale. Nous devons aller vers d’autres formes de financement et permettre au privé l’emprunt extérieur qui, crise oblige, présente aujourd’hui des opportunités car offrant des financements à des taux négatifs. <