Par Sihem Bounabi
Le Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé public (SNPSSP), a lancé, hier, un appel au président de la République Abdelmadjid Tebboune, afin d’intervenir pour débloquer la situation «catastrophique» vécue par les praticiens spécialistes de la santé publique, soulignant dans un communiqué parvenus à la rédaction que «nous appelons à l’intervention urgente du Président de la République pour mettre un terme à ce statu quo mortifère» en attendant les mesures structurelles de nature à améliorer la gouvernance générale du secteur de la santé dans le cadre d’une véritable politique de santé.
Ainsi, le SNPSSP rappelle que plusieurs revendications du SNPSSP ont déjà été traitées par les instances concernées (fonction publique, finances) et leurs dossiers ficelés, «mais restent en souffrance depuis plusieurs années, suspendues à un feu vert du Premier ministère pour leur règlement. Le fait de les débloquer permettrait de restaurer la confiance et de redonner de l’espoir», a-t-on souligné dans le communiqué.
Parmi les dossiers qui sont toujours en attente, le SNPSSP cite notamment la généralisation de la prime dite du service civil à l’ensemble des praticiens spécialistes exerçant dans le Sud et Grand Sud, les Hauts-Plateaux et les zones enclavées ainsi que la mise en œuvre des autres mesures incitatives annoncées par le gouvernement en 2019. Il s’agit également de la mise en conformité de la prime d’intéressement avec les différents grades du statut, et de mettre fin à la discrimination en matière d’imposition. Le SNPSSP reconnaît que son plaidoyer auprès du Premier ministère en 2019, suite à l’inaction du ministère de la Santé, a certes permis récemment de débloquer les concours de gradation (et d’en faire profiter dans la foulée les autres corps de la santé), mais, il précise que «pour tous les autres problèmes en instance, malgré plusieurs audiences auprès du ministre de la Santé, et autant de réunions de la commission mixte MSPRH-SNPSSP, rien n’a été fait et la seule réponse qui nous est opposée est que tout serait bloqué au niveau du Premier ministère».
Même si le SNPSSP dit prendre acte avec «satisfaction» des annonces faites par le gouvernement en 2019 et plus récemment les annonces faites par le Président de la République en avril 2020 en faveur des professionnels de la santé et des praticiens spécialistes de la santé publique, en particulier avec la décision d’abroger le service civil et de le remplacer par un dispositif incitatif, il souligne toutefois que «la principale mesure incitative réside dans la réparation des anomalies et des dispositions iniques contenues dans le statut particulier de novembre 2009, et dont la proposition d’amendement est en souffrance auprès de la Direction Générale de la Fonction Publique depuis 10 ans».
Le SNPSSP rappelle que depuis plusieurs années, il «n’a cessé d’alerter les différents responsables à tous les niveaux de l’Etat sur la lente dérive du système public de santé qui menaçait de le mener exactement là où il est aujourd’hui : vidé de ses forces vives, déserté par les compétences, incapable de fournir les soins de qualité que le citoyen est en droit d’attendre à travers le territoire national, et en proie à une profonde crise de confiance de la population envers le système de santé d’une part, et des professionnels de santé envers leur employeur d’autre part».
Dans un contexte marquée «la marginalisation» des praticiens spécialistes de la santé publique dans leur propre secteur, le syndicat incombe l’entière responsabilité de cette situation sur «l’absence de tout projet structuré de revalorisation de la ressource humaine au niveau de notre ministère de tutelle» précisant que le ministère de la santé «se limite pour toute stratégie en la matière à affecter les promotions successives de spécialistes dans le cadre éphémère et inefficace du service civil sans rien faire pour les motiver à rester à son issue, voire même par certaines dispositions vexatoires, les encourage activement à le déserter». Cette évolution a été évidemment précipitée par la crise sanitaire en cours, qui a reporté sine die les éventuelles actions de redressement projetées suite à la nouvelle loi relative à la santé, dont les textes d’application n’ont toujours pas vu le jour plus de deux ans après sa promulgation.
Le SNPSSP aborde également la fameuse «prime Covid» qui fait partie de ces mesures d’encouragement à caractère temporaire, décrétée par le Président de la République, dont la suspension alors même que la pandémie est toujours en cours suscite «incompréhension et attentes chez les professionnels de la santé qui se sentent injustement abandonnés au milieu du gué, alors même qu’ils vivent encore des situations critiques».
Le SNPSSP souligne qu’il a mis de côté pendant une année ses revendications, «ses adhérents étant engagés sans réserve dans la bataille imposée par la crise sanitaire». Mais, aujourd’hui, à travers cet appel au président de la république, Le SNPSSP insiste sur le fait qu’«il s’agit réellement de mesures urgentes et salvatrices, car le système de santé et particulièrement public menace de s’effondrer et la reconstruction de ce qui risque de s’effondrer sera des plus problématiques» n