Les contaminations au nouveau coronavirus qui étaient autour d’une centaine de cas il y a un mois
(98 cas confirmés et 3 décès le 4 avril dernier) sont passées à près de 300 cas avant-hier. Cette «tendance haussière» n’est pas sans susciter l’inquiétude des spécialistes sur la situation épidémiologique.

PAR INES DALI
Cela soulève deux problèmes de l’avis du Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, le premier étant par rapport au «risque de la proportion des variants dans cette augmentation du nombre de cas, étant donné que les variants sont plus contagieux et ont une transmission plus rapide ainsi qu’une certaine gravité dans les cas cliniques avec plus de malades qui arrivent en réanimation et probablement une résistance au traitement». Ce qui complique la donne, c’est donc aussi l’arrivée à chaque fois d’un nouveau variant et l’Algérie, après les variants britannique et nigérian, a vu débarquer le variant indien récemment (6 cas déclarés lundi). Ce variant est qualifié de «plus incisif» par le Dr Berkani qui alerte sur la situation épidémique actuelle, affirmant qu’il y a une «augmentation des cas en quantité et en qualité, par rapport aux variants bien entendu». Loin de se satisfaire du seul constat de la situation épidémique, notre interlocuteur n’omet pas de relever que l’autre problème a trait au comportement de la population qui ne peut être occulté ou mis de côté. «Face à cette situation qui inquiète, il y a également le comportement de nos concitoyens», a-t-il dit, avant de recommander que ceux-ci «gagneraient à revenir aux fondamentaux, aux gestes barrières que nous avons déjà faits et qui ont donné des résultats». Actuellement, ce n’est malheureusement pas le cas et le relâchement est constatable partout. Le conseil le plus avisé qui continue d’être prodigué, c’est de ne pas se départir des mesures de prévention et des gestes barrières, notamment dans les lieux publics et surtout en cette période cruciale de ramadan où les gens sortent aussi bien le jour que la nuit.
Pour le Dr Bekkat Berkani, il faut maintenir la distanciation physique, se laver les mains fréquemment surtout qu’on parle d’une contagiosité plus élevée des variants, mais surtout porter le masque ou la bavette lorsqu’on est dehors. Le port du masque est toujours aussi important. Bien plus. Il est parmi les gestes barrières qui continuent d’être recommandés en premier lieu et sans cesse. La preuve que le masque est «très efficace, c’est que son port a permis de diminuer nettement la grippe saisonnière. Depuis que les gens portent des masques, même s’ils sont parfois mal portés ou moins portés, le constat est qu’il y avait beaucoup moins de cas de grippe saisonnière cette année», nous a confié Dr Berkani, qui est également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19.

Vaccination toujours aussi lente
La lenteur dans la vaccination est l’autre aspect qui renforce l’inquiétude face à la situation épidémique actuelle caractérisée par la tendance haussière des cas de contaminations, des cas graves mais aussi des décès. «Nous sommes au début du mois de mai et l’Algérie, pour des raisons diverses, n’a pas pu obtenir les doses de vaccins qui étaient conformes aux prévisions vaccinales» devant toucher 20 millions de personnes pour atteindre l’immunité collective de 70% de la population.
«La vaccination est pourtant le seul moyen qui permettrait de revenir à une vie normale ou presque», a tenu à souligner le président de l’Ordre des médecins, citant des cas de la réussite vaccinale. «Dans certains pays, où il y a eu de véritables campagnes de vaccination, on est arrivé à maitriser la circulation du virus, Or chez nous, nous sommes très en retard», a-t-il regretté, avant de souligner que «finalement, il ne nous reste que l’arme de revenir aux gestes fondamentaux, mais aussi l’isolement du pays en lui-même», a encore souligné Dr Berkani, en référence à la fermeture des frontières.

«Les frontières fermées nous ont préservé d’une catastrophe sanitaire»
Il dira, dans ce sens, qu’«il ne faut pas oublier que «l’isolement du pays par la fermeture des frontières nous a sauvés. Rendre étanche notre pays a été salutaire», a-t-il insisté, tout en reconnaissant qu’il y a tout de même parfois des failles et qu’«une étanchéité complète n’existe pas. La preuve, c’est l’entrée du variant indien» sur le sol algérien. Et au Dr Berkani de souligner que si les frontières étaient ouvertes, il y aurait eu peut-être des milliers d’autres cas contaminés qui seraient rentrés, rappelant, dans ce sens, ce qui s’est passé dans beaucoup de pays qui ont eu des flambées de cas après la réouverture de leurs frontières et qui continuent d’en subir les conséquences jusqu’à présent. «Le fait d’avoir gardé les frontières fermées dans une conjoncture où nous n’avons pas vraiment vacciné nous a préservé d’une catastrophe sanitaire», a résumé le membre du Comité scientifique, rappelant qu’au tout début de la pandémie, «le virus a voyagé de Chine vers l’Europe…». Il est, par ailleurs, utile de «réitérer que nos concitoyens doivent être prudents», a insisté notre interlocuteur, selon lequel la communication n’est pas au niveau requis dans de telles circonstances afin que la population puisse appréhender la situation à sa juste valeur. «Les communicants en tout mode doivent s’impliquer plus, c’est-à-dire les autorités officielles, les associations, etc., qui, je pense n’ont pas pu ou su communiquer et convaincre la population de revenir aux gestes fondamentaux», de l’avis du Dr Bekkat Berkani, qui appelle à ce que des efforts soient fournis en la matière afin de sensibiliser la population.