Neuf jours seulement nous sépare de la célébration de l’Aïd El Adha et toujours pas de points vente de moutons autorisés par les autorités des grandes villes du pays. Ce qui porte à croire que nous nous acheminons vers l’abandon d’organiser de tels espaces compte tenu de la recrudescence, ces derniers jours, du nombre de nouveaux cas de contamination au virus Covid-19. En fait, on imagine mal que le Wali d’Alger, comme ses pairs, installent des points vente alors que dans leur territoire de compétence la pandémie du coronavirus s’est accélérée. Et quand bien même l’idée de multiplier les points de vente pour éviter les grandes affluences a été retenue, les autorités locales se sont vite rendues à l’évidence que le risque de propagation demeurait dans les petits périmètres de vente autorisés. En clair, on peut déduire que les walis ont opté pour la prudence, c’est-à-dire d’exclure la mise en place de points de vente de moutons au risque de se retrouver avec des périmètres de vente transformés en foyers de contamination. Mais quel effet positif pourrait avoir cette décision sur le terrain de la chaîne contamination, alors qu’en parallèle, on assiste à une multiplication d’enclos de fortune et de points de vente anarchiques sur les axes routiers de et vers les grands centres urbains. Pour se faire une idée de l’ampleur du phénomène on peut prendre comme exemple la banlieue Est de la capitale, où en effet une kyrielle de vendeurs occasionnels a carrément investi les bas-côtés des axes routiers. Ainsi des petits groupes de moutons pullulent créant des attroupements de personnes de passage avec leur véhicule, comme nous l’avons observé lors de nos virées dimanche et lundi dernier à Hammadi, Sidi Moussa et Réghaïa. Des attroupements de personnes sur lesquels Mourad, technicien de maintenance à la SNTF, rencontré sur l’un de ces points de vente anarchiques, n’a pas caché son étonnement et sa colère : «C’est comme si, d’un côté, on ferme la porte à la propagation et, d’un autre, elle est grande ouverte.» Toujours à propos de ce foisonnement de vendeurs occasionnels du mouton de l’Aïd sur les axes routiers, on peut l’expliquer par le fait que de nombreuses personnes se sont laissées tenter à tirer profit de l’absence de points vente autorisés. Or, cette relation de cause à effet n’a pas lieu d’être, notamment en ce qui concerne la wilaya d’Alger, dont son premier responsable, faut-il le rappeler, avait interdit par le biais d’un arrêté la circulation du bétail, les points de vente de moutons et la vente sur la chaussée de bottes de foin et de paille. Mais qu’en est-il au juste de ces interdictions ? C’est comme si de rien était. Mais ce qui intrigue le plus le vice-président de la Fédération nationale des éleveurs d’ovins, Boukarabila Mehmed, approché par nos soins, c’est le nombre élevé d’enclos de fortune aux abords des grandes villes «alors que le transport du bétail est interdit», lâche-t-il. Non sans s’interroger «comment les propriétaires de ces enclos ou groupes de moutons que l’on aperçoit sur les axes routiers arrivent-ils à acheminer leurs moutons vers les endroits où ils ont pris place sur les bas-côtés des routes ?» Quant à l’hypothèse que ces derniers se sont approvisionnés bien avant la mise en vigueur de l’interdiction de circuler, le vice-président la rejette car, pour lui, «elle tenait la route au lendemain de l’annonce de l’interdiction. Depuis, les points de vente anarchiques n’ont cessé de se multiplier. Ce qui veut dire que les vendeurs arrivent à échapper aux contrôles routiers».
A notre question, si au niveau de la fédération on espérait encore que les points de vente soient identifiés et mis à la disposition seulement des éleveurs d’ovins, comme l’exige le cahier des charges, notre locuteur nous dira : «Nous l’espérons encore mais la décision doit être prise au plus tard cinq jours avant l’Aïd.» «Au-delà, cela ne deviendra guère intéressant pour les éleveurs surtout ceux dont le cheptel qu’il destinait à la vente à l’occasion de l’Aïd dépasse les deux-cents têtes, car le coût de leur transport leur sera difficile d’amortir en trois jours», conclut Boukarabila Mehmed. <