La hausse des cas de contamination au Covid-19 a atteint un niveau qui fait craindre le pire aux professionnels la santé qui parlent de plus en plus d’une probable troisième vague. La multiplication des alertes des spécialistes ces deniers jours accompagnée d’un rappel de plus en plus insistant sur l’obligation de respecter les gestes barrières sont un autre signal sur ce qui pourrait advenir maintenant que les cas confirmés évoluent autour de 200 par jour.

PAR INES DALI
Cette situation a forcément une répercussion au niveau des hôpitaux où sont annoncées des admissions en nombre depuis un certain temps. C’est le cas à l’EPH de Boufarik, structure Covid de référence, où on enregistre une hausse des lits occupés par des malades atteints du nouveau coronavirus, avec un taux d’occupation qui a pratiquement doublé, étant passé à 25 à 30% contre 10 à 15% il y a à peine quelques jours. C’est également le cas à l’EPH de Blida où le chef de service pneumologie a affirmé que «les lits se remplissent à nouveau», de même que «d’autres services sont prévus pour être ouverts du fait que nous sommes obligés de transférer le surplus de malades vers des services qui ont été préparés à cette fin», selon le même responsable.
Estimant que cette situation était «prévisible», il met en garde que «ce sont les prémices d’une reprise de l’épidémie», regrettant que cette situation soit «la conséquence du relâchement que l’on est en train de voir sur les mesures barrières, alors que le virus ne cherche qu’à trouver des opportunités pour se multiplier». Il a également fait savoir que dans l’hôpital où il exerce, il y a de plus en plus de personnes âgées qui n’ont jamais été infectées et des familles entières qui arrivent, outre le fait que les patients âgés sont souvent hospitalisés dans un état assez grave. C’est ce qui se passe à Blida actuellement, cette wilaya ayant été l’épicentre de l’épidémie dans le pays il y a un peu plus d’un an.
La deuxième ville du pays à être infectée est la capitale et la situation ne semble pas bien meilleure dans les hôpitaux où les lits réservés aux malades Covid commencent à se remplir également et la hausse des cas de coronavirus se fait ressentir. Une augmentation est en effet signalée au CHU Mustapha-Bacha et à l’hôpital de Béni Messous. Cette même situation est, par ailleurs, «décelable» au niveau de l’hôpital de Douéra, a fait savoir le Dr Aït Yahia Djamila, chef de service Covid, qui a précisé que la recrudescence des cas est constatée depuis le 8 avril déjà, soit bien avant le ramadan. Depuis cette date, il a commencé à y avoir «plus de consultants au service Covid» qui affiche aujourd’hui complet d’ailleurs. «On a également constaté qu’il y a eu plus d’hospitalisations par la suite. Il y a une véritable flambée qui s’annonce et il me semble qu’elle est de plus en plus proche», a-t-elle alerté.

Hôpitaux : les gens arrivent de plus en plus dans un état grave
Pendant cette période, «on a eu des décès, avec pratiquement un décès par jour. Il nous est arrivé une fois d’avoir trois décès par jour, mais en moyenne, c’est un décès par jour», a-t-elle précisé. Son constat est que «de plus en plus de gens arrivent dans un état grave et ce sont, en général, des patients qui nécessitent une hospitalisation». Mais il faut savoir que ce ne sont pas seulement les personnes âgées qui arrivent dans les hôpitaux, comme c’était le cas avant. Ce constat est valable au niveau d’autres hôpitaux où il est fait référence à ces cas de malades jeunes. Avec les variants qui ont commencé à s’étendre, les contaminations touchent désormais des sujets même plus jeunes, comme l’ont fait savoir les différents spécialistes. L’exemple est donné donc aussi à l’hôpital de Douéra, où le service réservé aux patients atteints de coronavirus a reçu, selon sa responsable, «un homme de 49 ans présentant seulement une petite obésité et une jeune fille de 25 ans qui est arrivée à 80% de saturation, alors que ceci n’était pas courant avant». Mais actuellement, selon l’ensemble des spécialistes, il y a de plus en plus de patients qui ne sont pas forcément âgés ou ayant déjà une autre maladie. «Il y a des sujets jeunes qui en sont atteints et qui, souvent, n’ont aucun antécédent sanitaire». Bref, «maintenant ça touche tout le monde, tous les âges !», a résumé la chef de service Covid. En tout état de cause, cette chef de service ne cache pas son inquiétude face à la montée des cas confirmés et annonce que «le service Covid de l’hôpital de Douéra est saturé, l’isolement sceptique qui contient onze lits est saturé et le service de réanimation est saturé». Elle livre également un avis sur une probable troisième vague indiquant avoir «l’impression qu’elle s’annonce et qu’elle sera plus virulente».
Concernant les variants britannique et nigérian qui poursuivent leur propagation, le nigérian semble être «plus dangereux», s’accordent à dire les spécialistes et, dans tous les cas, «on revient toujours aux mesures barrières qu’il faut veiller à garder», ne cessent-ils de réitérer, insistant autant qu’ils le peuvent que la vigilance et le respect des mesures de prévention sont, comme depuis le début de la pandémie, les premiers remparts contre la contamination. Le Pr Mohamed Belhocine, président de la cellule d’investigation et des enquêtes épidémiologiques, commentant la hausse des cas et la propagation des variants, a estimé que «ce qu’il faut connaitre, c’est la tendance générale (…), et là, la propagation est de plus en plus rapide malheureusement». Indiquant que le séquençage ne peut être fait pour tous les cas testés, il a néanmoins lié la hausse des cas aux variants. «Je n’ai pas la preuve formelle, mais comme d’autres pays sont passés par là avant nous, il est probable que cette accélération du nombre de contaminations avec tout ce qu’elle comporte comme cas sérieux qui nécessitent l’hospitalisation ou des soins intensifs, soit liée à la propagation des variants», a soutenu le Pr Belhocine qui est également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19.
Quoi qu’il en soit, les spécialistes reviennent à chaque fois à la nécessité de respecter les gestes barrières comme première mesure de prévention. Il y a également la vaccination qui devrait connaitre une cadence plus accélérée, ce qui n’est pas le cas en raison des la non-disponibilité des vaccins en quantités suffisantes.