Ayant opté pour la non-précipitation dans le choix du vaccin contre le nouveau coronavirus (Covid-19), l’Algérie peut encore patienter une durée d’un mois avant de se prononcer, selon le Pr Kamel Senhadji, directeur de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire.

Etant donné que beaucoup de données restent méconnues sur les vaccins les plus avancés, «nous préférons attendre encore un mois pour fixer notre choix, jusqu’à ce que les résultats scientifiques relatifs à chacun des vaccins soient disponibles», a-t-il déclaré. Il argumentera que d’ici janvier prochain, les laboratoires fabricants, qui ont annoncé l’efficacité de leur produit, auront certainement publié, dans les revues dédiées et reconnues par les scientifiques de tous les pays, l’ensemble les données relatives à l’anti-Covid-19 qu’ils ont mis au point.
«C’est sur la base de ces données, une fois rendues publiques, que nous pourrons faire une évaluation et fixer notre choix», a-t-il ajouté, expliquant que c’est la procédure suivie habituellement pour tout nouveau vaccin ou médicament. Il a, par ailleurs, insisté que jusqu’à présent, aucun des laboratoires n’a encore fait de publication sur son produit ou transmis son dossier. Ce qu’il y a, ce sont seulement des «communiqués sur lesquels la communauté scientifique ne peut absolument pas s’appuyer et qui sont loin d’être comparables aux publications, ces dernières étant seules à faire foi et aider à déterminer un choix», selon le directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire.

Données insuffisantes
En d’autres termes, il y a un manque d’informations sur ces produits, même si certains pays ont commencé la vaccination sans attendre la validation de leurs instances sanitaires ou de l’Organisation mondiale de la Santé, comme la Russie, le Royaume-Uni et la Chine, et d’autres qui prévoient des campagnes de vaccination le mois prochain, comme la France, la Belgique et l’Espagne.
Le Pr Senhadji a, par ailleurs, indiqué que la vaccination, lorsqu’elle débutera en Algérie, ne pourra concerner toute la population à la fois, mais elle se fera par étapes en commençant par les personnes prioritaires, comme le corps soignant et les personnes vulnérables, comme dans tous les autres pays du monde et selon les recommandations de l’OMS. A propos de la proposition de l’ambassadeur russe relative à la possibilité de fabrication du vaccin Spoutink V en Algérie, le Pr Senhadji a répondu avec le même ton de prudence, à savoir qu’il n’y a «que les résultats scientifiques qui peuvent être à même d’aider à trancher sur ce sujet».
Sur un autre volet, celui de l’ouverture des frontières (aériennes, terrestres et maritimes), il a réitéré que «la prudence est de mise lorsqu’il s’agit de la sécurité sanitaire des citoyens» et que cette dernière constitue une «priorité», soulignant qu’il faut se conformer au protocole en place pour maitriser la transmission du Covid-19 et que la décision d’ouverture est «politique» et «ne relève ni du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie ni de l’Agence de sécurité sanitaire».

La logistique se met en place
En attendant le mois prochain pour pouvoir fixer le choix du vaccin, cette période sera mise à profit pour mettre en place la logistique, à savoir «la mise à disposition des avions et cargos pour le transport, des aires de stockage, la distribution du vaccin, surtout si on a affaire à un produit qui nécessite une température avoisinant les -80°C», a indiqué Dr Senjadji. «Donc même si on s’achemine vers ce choix, les pouvoirs publics vont l’assumer et suivre sans aucun problème et, pendant ce temps-là, on aura encore le temps pour nous décider sur un vaccin, sachant qu’il y aura encore d’autres vaccins candidats, ne nécessitant pas une température très basse, pourront arriver par la suite…».
Cette déclaration du Pr Senhadji laisse penser que l’Algérie pourrait acquérir le vaccin de Pfizer-BionTech dont les conditions de conservation sont justement celles exigeant -70°C, ou encore celui de Moderna qui nécessite une très basse température. Des conditions à propos desquelles le ministre de la Santé a déclaré qu’elles constituent «une contrainte» pour l’achat de ces vaccins dans le sens où leur conservation à très à basse température n’est pas compatible avec les équipements de chaîne du froid dont disposent les établissements de santé du pays. Dans ce registre, il semble que la task force devant s’occuper de ce volet est déjà à l’œuvre puisque des aires de stockage à très basse température commencent à voir le jour dans certaines wilayas du pays, dont Alger, Oran, Blida, Tlemcen, Constantine et Sétif. Les directions de la santé et des structures sanitaires ont été destinataires d’une instruction leur demandant de réserver toutes les chambres froides qui pourraient accueillir les vaccins après leur acquisition. Il s’agit d’assurer la conservation d’une quantité d’un million de doses de vaccins pouvant être étendue à un million et demi en cas de besoin. Dans ce cadre, à elle seule, la wilaya d’Oran a évoqué la disponibilité de quatre sites équipés d’équipements nouveaux acquis par l’Etat et pouvant maintenir une température très basse.