La Coordination nationale du patronat (CNP) se penche sur le dossier automobile. Face à la léthargie qui frappe le secteur depuis au moins trois années, la CNP propose une contribution pour sa relance, qui sera présentée à la presse aujourd’hui par la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), membre de la confédération née il y a à peine deux semaines.

Feriel Nourine
La Coordination nationale du patronat compte quatre autres organisations patronales, en l’occurrence le Club des entrepreneurs et industriels de la Mitidja (Ceimi), la Confédération nationale du patronat algérien (CNPA), la Confédération des industriels et des producteurs algériens (Cipa) ainsi que l’Organisation nationale du développement économique (ONDE).
En attendant de livrer les détails, le CAPC indique que l’objectif de la rencontre qu’il organise est «d’examiner les propositions de pistes opérationnelles et concrètes devant permettre d’alimenter en véhicules le marché national en préservant la balance commerciale», indique le cercle dans un communiqué. «Il s’agit également de relancer, progressivement, l’activité des services pour l’automobile en exploitant la ressource humaine déjà formée, tout en améliorant la sécurité routière par l’intronisation de véhicules neufs», ajoute la même source.
Ces indications fournies par la CAPC laissent entendre que l’étude de la CNP place en tête des priorités le retour aux importations de véhicules neufs pour redonner vie à un marché au point mort depuis la fermeture des quelques usines d’assemblage qui l’alimentaient avant la suspension de l’activité des concessionnaires. Son président, Samy Agli, s’était d’ailleurs prononcé sur ce dossier en considérant que la construction automobile n’est pas une priorité pour le marché national. Faisant remarquer que de nombreux pays développés ne sont pas fabricants de voitures et que ces derniers optent plutôt sur une industrie de la pièce de rechange, M. Agli a déjà plaidé pour cette piste.
Le discours de la CAPC est ainsi inscrit dans la logique développée par les professionnels du secteur qui jugent urgent de relancer le marché de l’importation et de prendre le temps nécessaire pour passer à une industrie mécanique réellement porteuse en matière de création de richesse et d’intégration locale, comme souhaité par les pouvoirs publics.
Le dossier des importations aux oubliettes ?
Or, l’activité d’importation de véhicules neufs attend toujours son heure, alors que des opérateurs attendent douloureusement un agrément que les autorités concernées semblent ne pas juger utile de leur délivrer. Depuis quelques mois, ce dossier n’est plus abordé par le ministre de l’Industrie. Et lorsque Ahmed Zeghdar aborde l’automobile, c’est pour se focaliser sur sa filière industrielle. En témoigne sa toute récente sortie sur le sujet lorsqu’il a affirmé que la nouvelle loi sur l’investissement va permettre à de grands constructeurs automobiles de s’installer en Algérie avec «un taux d’intégration important». «Des contacts s’étaient établis avec de nombreux grands constructeurs automobiles, mais le système juridique alors était absent», a relevé M. Zeghdar, soulignant qu’avec la promulgation de la nouvelle loi relative à l’investissement, de grandes firmes viendront s’installer pour la fabrication de voitures, de tracteurs et de bus avec des taux d’intégration importants. En attendant la venue de ces grandes firmes, le dossier des importations semble avoir été relégué aux oubliettes.
Ni les trois cahiers régissant l’activité; qui ont été établis en moins de trois ans, ni les annonces de libération faites par les pouvoirs publics n’ont, à ce jour, réussi, à réhabiliter l’activité des concessionnaires.
Lors d’une entrevue avec des médias, Abdelmadjid Tebboune avait qualifié le dossier de «très complexe», faisant référence notamment à l’expérience du montage de véhicules qui n’avait pas tardé à tourner à l’échec. Il rappellera à ce propos qu’«un seul opérateur nous a fait perdre plus de 3,5 milliards de dollars». Le Président rappellera aussi que «le montage escompté devrait, à l’inverse de l’importation déguisée pratiquée auparavant, permettre d’amorcer une véritable industrie où les taux d’intégration ne doivent pas être inférieurs à 30 ou 40%».
A propos de l’importation de véhicules, le chef de l’Etat avait relevé «la possibilité» d’importer à condition que «les concessionnaires comprennent que les anciennes pratiques ne sont plus tolérées». Sur ce registre, il citera le cas de la non-garantie des pièces de rechange par une grande firme européenne qui commercialisait ses véhicules en Algérie. Selon le Chef de l’Etat, la garantie d’un service après-vente sera «obligatoire dans le nouveau cahier des charges» qui interdira l’importation à toute personne ne disposant pas de contrats ou de locaux pour garantir ce service. Or, ces conditions, et bien d’autres, étaient déjà contenues dans le cahier des charges élaboré sous l’ère de l’ex-ministre de l’Industrie Ferhat Aït Ali, puis dans le texte qui est venu le réviser en mai 2021. De plus, la révision attendue du prochain cahier des charges concerne d’autres points que ceux ayant trait au service après-vente.
Marché désorganisé et prix défiant toute logique !
De son côté, le Groupement des concessionnaires automobiles (GCA) n’avait pas tardé à réagir aux déclarations du Président, qu’il a remercié, non sans réitérer l’engagement de ses membres à respecter le cahier des charges dans toutes ses dispositions. Le GCA avait même promis de mettre les premiers véhicules sur le marché dès le mois de juillet prochain, au cas où le dossier des importations est réglé dans les délais promis par le Président, et que les agréments leur soient octroyés avant le 31 mars. Les premiers véhicules arriveront d’Europe, alors que ceux achetés en Asie suivront à partir de septembre, a précisé la même source.
Côté prix, les opérateurs en attente d’un agrément pour devenir concessionnaires automobiles sont revenus sur les prix, réitérant leur engagement de mettre à la disposition du client algérien un véhicule d’entrée de gamme à 990 000 dinars. Il s’agira d’un modèle asiatique doté d’un bloc moteur 3 cylindres de 800 CC, ont-ils précisé.
Quatre mois après, ni agrément accordé, ni showroom de concessionnaire ouvert. Une aubaine sans doute pour les importateurs multimarques qui proposent des véhicules à des prix défiant toute logique commerciale, même en période de pénurie, alors que les spécialistes de l’occasion ne trouvent plus aucune gêne à écouler de la ferraille à prix d’or et qui dépassent parfois ceux appliqués pour le neuf il y a à peine trois années. <