Par Hakim Ould Mohamed
Face à la hausse ininterrompue de la facture alimentaire et les tensions sur l’offre mondiale des produits agricole dont l’Algérie est un des plus grands importateurs mondiaux, à l’instar des céréales et de la poudre de lait, le pays n’a de choix que d’améliorer les rendements de sa filière céréalière. Ce à quoi le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a appelé, dimanche, lors de la tenue de la réunion du Conseil des ministres.
Conséquence d’une hausse fulgurante des cours des céréales sur le marché mondial, les importations algériennes de blé dur n’ont cessé d’augmenter en valeur, mettant les devises du pays à rude épreuve. La FAO a indiqué dans son dernier Indice des prix des produits alimentaires que les cours internationaux des intrants agricoles ont augmenté pour le onzième mois consécutif en avril. L’Indice FAO des prix des céréales a gagné 1,2% en avril et s’établit à 26% de plus que son niveau d’avril 2020. De son côté, l’Indice des prix agricoles de la Banque mondiale a progressé de plus de 9% au premier trimestre 2021 (t/t), poursuivant sur sa lancée du trimestre précédent. Les prix sont supérieurs de 20 % à ceux d’il y a un an, soit un niveau record depuis près de sept ans. La Banque mondiale a expliqué que la hausse des prix est due à l’insuffisance de l’offre de certains produits alimentaires de base, notamment les céréales. Du jamais vu sur les marchés mondiaux des produits alimentaires.


Face à cette envolée des prix qui se traduit par une hausse de la facture alimentaire, le chef de l’Etat a mis en avant, dimanche, lors de la réunion périodique du Conseil des ministres, la nécessité de s’orienter davantage vers la production du blé dur, étant le plus coté sur le marché international, appelant à opérer une «révolution» dans la production des céréales et des semences. Selon le communiqué sanctionnant les travaux du Conseil des ministres, le président Tebboune a appelé également à «tenir compte de la nature des terres agricoles en Algérie et en œuvrant à l’exploitation du surplus de production locale en blé dur et à la réduction des quantités importées de blé tendre». Le déficit de l’offre interne en céréales s’explique, selon les spécialistes, par la faiblesse des superficies destinées à la culture des céréales ainsi qu’au climat du pays, alors que la culture des céréales est demandeuse d’importantes quantités d’eau pour l’irrigation. L’amélioration des rendements de la filière passe, nécessairement, par la hausse des disponibilités en superficies et en ressources hydriques, à en croire les spécialistes. D’ailleurs, à l’issue de l’exposé du ministre de l’Agriculture et du Développement rural concernant les préparatifs de la saison moisson battage 2020-2021, le président de la République a souligné l’importance de la «révision de la cartographie de céréaliculture, notamment le blé dur, selon les spécifications techniques, géographiques et économiques de chaque région et l’élaboration d’une conception globale et réaliste, en vue d’opérer une véritable révolution en matière de production des céréales et des semences». Le président Tebboune a donné des orientations pour l’adoption des moyens scientifiques disponibles, en vue de relever les niveaux de production céréalière, et l’association de comités composés d’ingénieurs agronomes en vue d’étudier la nature des terres agricoles et de dégager un plan stratégique d’organisation des spécialités de production.
Aussi a-t-il ordonné d’entamer une action de sensibilisation de grande envergure, en vue de changer les mentalités dans ce secteur, tout en œuvrant à davantage d’incitation, à l’effet d’augmenter la moyenne de production dans l’hectare. Grand importateur mondial des céréales, l’Algérie a importé pour 2,487 milliards de dollars de céréales durant les onze premiers mois de 2020, en hausse de 2,65% par rapport à la même période de 2019 où l’Algérie avait importé pour 2,423 milliards de dollars de céréales. Les importations des céréales, essentiellement du blé dur, pèsent pour 33,78% dans la facture alimentaire globale, lit-on également dans le rapport de l’administration douanière pour les onze premiers mois de 2020.