Les cours du pétrole étaient en chute libre hier. Impactées par les craintes de récession dans les pays consommateurs de brut qui pourraient détruire la demande, les deux références européenne et américaine passaient à une vitesse supérieure dans leur tendance baissière. Alors qu’en fin d’après-midi, le Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre cumulait près de 10% de pertes, s’affichant à tout juste 103,12 dollars le baril, le WTI pour livraison en août descendait carrément sous les 100 dollars (99,37 dollars), barre symbolique au-dessus de laquelle le brut américain s’était maintenu durant deux mois sans fléchir.
Le marché pétrolier «se détourne de l’inflation» et se dirige vers le «désespoir économique», affirme Stephen Innes, analyste chez Spi Asset Management. En d’autres termes, les problèmes d’approvisionnement qui perturbent le marché de l’or noir cède la première position des préoccupations aux craintes d’une récession mondiale. Celle-ci est même «inévitable» dans la zone euro, prévoient d’autres analystes, après avoir relevé des «indices» qui privilégient cette voie pour l’économie européenne.
Selon l’indice PMI composite final publié hier par S&P Global, la croissance de l’activité économique en zone euro a fortement ralenti en juin dans le secteur privé, soit son plus bas depuis 16 mois.
«Les signaux contradictoires actuels donnés par la demande (baissière) et l’offre (haussière) de l’équation pétrolière font de la prévision des prix du pétrole une tâche laborieuse», commente, de son côtéTamas Varga, analyste chez PVM Energy.
«Il est impossible de prévoir quand l’attention se déplacera irrévocablement de l’offre vers la demande», explique-t-il.
A l’inverse du pétrole, le gaz naturel affichait hier des prix à la hausse. Sous l’effet de la réduction de l’offre qui fait peser le spectre de la pénurie en hiver, le prix du TTF néerlandais, référence du gaz naturel en Europe, a atteint 176,01 euros le mégawattheure. Il s’agit d’un sommet depuis début mars, lorsque le prix avait brièvement atteint un plus haut historique de plus de 300 euros peu après le début de l’invasion russe en Ukraine.
Une hausse fulgurante que Carsten Fritsch de Commerzbank explique par les «craintes d’une pénurie de gaz pendant les mois d’hiver, la Russie ayant réduit de 60% ses livraisons de gaz via le gazoduc Nord Stream». L’analyste craint que les livraisons de gaz russe se réduisent davantage.
«Il serait alors pratiquement impossible de reconstituer les stocks européens de gaz naturel pour l’hiver prochain, ce qui nécessiterait des mesures politiques plus poussées et des réductions de la consommation de gaz», poursuit Carsten Fritsch. Les craintes d’une récession mondiale continuent également de prédominer sur les marchés des métaux industriels, notamment le cuivre qui s’échangeait hier, et pour la première fois depuis 17 mois, le cuivre s’échangeait sous la barre des 8.000 dollars la tonne, dévissant de 20% depuis le début de l’année.
Le LME Index, un indice qui intègre les prix de l’aluminium, du cuivre, du plomb, du nickel, de l’étain et du zinc échangés sur la bourse des métaux de Londres, affichait 3.822,6 points lundi, perdant plus de 15% depuis le début de l’année.