Face à la chute des cours du brut et à l’érosion de la conformité aux accords de réduction de l’offre pétrolière mondiale, L’Opep+ s’est réunie, ce jeudi, en visioconférence pour tenter, encore, d’imposer la discipline à ses membres, dont certains peinent à se conformer aux quotas de production qui leur sont fixés, entrainant ainsi une hausse de la production et une baisse des prix.

Il fallait mettre le holà à l’indiscipline qui y régnait, alors que les perspectives d’une reprise de l’économie mondiale s’amenuisent, assombries par le regain de l’épidémie de coronavirus à travers plusieurs pays. Durant la réunion, il n’était nullement question, bien évidemment, de revoir l’objectif de réduction actuel de 7,7 millions de barils par jour (bpj), soit environ 8% de la demande mondiale, puisqu’un calendrier des réductions a été initialement fixé, mais d’exiger des mauvais élèves à se conformer strictement aux exigences dudit calendrier. Faute de quoi ce sont les excédents du marché qui risquent de devenir pesants et problématiques pour le rééquilibrage tant souhaité et attendu du marché. Lors de cette réunion, les yeux des participants étaient braqués sur trois membres, réputés pour être les mauvais élèves en matière de respect des accords de réduction de la production. Il s’agissait de l’Irak, du Nigeria et des Émirats arabes unis, trois pays n’ayant pas respecté leurs engagements de limitation de leurs offres pétrolières respectives dans le cadre des accords de l’Opep+. Une surproduction, bien au-delà des quotas qui leur étaient fixés, était observée chez ces trois pays entre mai et juillet, bien que le taux de conformité global aux accords de l’Opep+ ait grimpé à 101% au mois d’août dernier, d’après un rapport du comité de suivi de l’Opep+. Le comité s’est dit, cependant, préoccupé par l’augmentation de la surproduction cumulée, qui a atteint 2,38 millions de bpj entre mai et août.
L’Arabie saoudite et la Russie peu conciliantes
Face aux pays peu respectueux desdits accords, le ministre saoudien de l’Énergie, Abdel Aziz ben Salmane, chef de file de l’Opep+, a haussé le ton et évoqué la possibilité d’aller plus loin dans les «mesures nécessaires» pour maintenir à flot le marché de l’or noir. «La conformité pleine et entière n’est pas un acte de charité, elle fait partie intégrante de notre effort collectif», a d’abord insisté Abdel Aziz ben Salmane dans une allocution retransmise en direct sur Youtube, en amont d’une réunion mensuelle du cartel et de ses alliés. Le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, n’était pas non plus conciliant avec les producteurs peu regardants sur le respect des quotas de production, appelant l’ensemble des pays signataires de l’accord de réduction de la production pétrolière de l’Opep+ à maintenir le taux maximal de conformité à cet accord. Lors d’une conférence de presse organisée à l’issue de la conférence, le ministre saoudien de l’Energie a expliqué que les membres de l’Opep et leurs alliés devront être prêts à «aller plus loin dans les mesures nécessaires» pour maintenir un équilibre de marché. Le ministre saoudien n’a, cependant, soufflé mot sur la nature des mesures supplémentaires auxquelles il faisait allusion. Un communiqué publié dans le même temps sur le site de l’Opep reprend cette formule, expliquant que ce possible durcissement est une conséquence du «contexte actuel», marqué par une reprise économique poussive et une augmentation du nombre de cas de Covid-19 dans certains pays. Les mesures initiales sur lesquelles se sont engagés les membres de l’Opep+ portaient sur une réduction de 9,7 millions de barils par jour (mbj) de leur production aux mois de mai et juin, puis d’alléger progressivement ces coupes drastiques : depuis le 1er août, les membres de l’Opep+ sont censés diminuer leur production à 7,7 mbj, puis à 5,8 mbj de janvier 2021 à avril 2022, voire au-delà. Il serait probablement question de revenir aux quotas fixés pour les mois de mai et juin avec obligation faite aux pays retardataires de compenser davantage les hausses constatées dans leurs niveaux de production depuis mai.
Le marché hésite
Les ministres ont par ailleurs étendu à fin décembre la période de compensation ouverte aux pays ayant dépassé leurs quotas de production, une «mesure essentielle pour les efforts de rééquilibrage en cours et pour contribuer à la stabilité à long terme du marché pétrolier», précise le communiqué. En réaction à cette réunion, le marché était encore dans l’expectative, s’imposant une attitude plutôt attentiste, voire hésitante quant aux orientations des principaux pays exportateurs. Vers 15h00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre valait 43,25 dollars à Londres, en baisse de 0,02% par rapport à la clôture de jeudi. A New York, le baril américain de WTI pour octobre a gagné 0,09% à 41,13 dollars à la même heure. Mercredi, les deux cours de référence avaient engrangé plus de 4%, portés par une baisse inattendue des stocks de brut aux États-Unis et par les perturbations de l’offre dans le Golfe du Mexique causées par l’ouragan Sally. Les prix du pétrole ont, en revanche, «fluctué lors de la visioconférence de l’Opep+», a constaté Edward Moya, analyste pour Oanda. Les déclarations publiques et introductives, notamment celle du ministre saoudien de l’Energie, «n’ont d’abord pas permis d’apaiser les craintes que font peser les tricheurs», ces pays qui ne respectent pas leurs quotas de production, a ajouté M. Moya. Les cours des deux barils de référence ont ensuite opté pour la hausse, les investisseurs estimant que l’Opep+ pourrait ouvrir la porte à un durcissement de son action «si une deuxième vague frappe et que la situation s’aggrave» sur le marché de l’or noir, a complété l’analyste de Oanda. Les cours ont, néanmoins, repris les tendances baissières, hier, fluctuant dans une marge très réduite. <