Le Comité ministériel conjoint Opep-non Opep s’est réuni, hier, à Abu Dhabi, dans une conjoncture marquée par une chute brutale et continue des cours du brut depuis maintenant près de deux mois.

A l’issue de la semaine qui vient de s’écouler, le Brent a chuté de près de 4%, alors que la référence américaine WTI décrochait d’environ 5%. Sur un mois, les cours ont chuté de près de 20%, remettant en cause l’efficience de la décision prise en juin dernier, à l’instigation des Saoudiens, portant sur l’abandon des quotas de production et la hausse de l’offre pétrolière de 1 million de barils/j.
Pris en tenaille entre des cours qui chutaient sans relâche et une offre qui risque de revenir à une situation de surabondance, les producteurs ont débattu, hier, d’un éventuel retour au mécanisme des quotas, dans une tentative d’endiguer la baisse.
Ils envisagent une série de réductions, notamment une baisse de la production pouvant atteindre 1 million de barils par jour. Le consensus reste encore fragile, mais la proposition serait soumise à la prochaine réunion ordinaire prévue en décembre. Certains producteurs ont jugé qu’il y a trop de pétrole sur le marché et que les stocks allaient en s’accumulant. D’où la nécessité d’une intervention afin de rééquilibrer l’offre et la demande. En tout cas, les vieux démons de 2014 risquent de ressurgir et un excédent mondial de pétrole pourrait réapparaître dès 2019. La tension était en tout cas bien visible, hier, chez nombre de pays producteurs, dont l’économie tient au cours du baril du pétrole.
Le taux de conformité aux accords conclus par les membres de l’Opep et leurs alliés non-Opep s’est situé 104% en octobre, alors que l’objectif de ramener le taux à 100% a été atteint en septembre, ce qui fait dire à certains producteurs qu’il était temps de revenir aux termes de l’accord initial conclu en décembre 2016. L’Opep et ses alliés ont augmenté leur production depuis mai, en réponse à la pression des États-Unis, qui préparaient le retour des sanctions contre le secteur pétrolier iranien.
Le président Donald Trump a appelé ouvertement l’Opep à augmenter sa production afin de compenser les pertes d’approvisionnement à partir de l’Iran et du Venezuela. Après avoir acquiescé au vœu du président américain, les pays de l’Opep, acculés par les pertes subies ces dernières semaines conséquemment à la chute des cours du brut, envisagent un énième revirement, qui est tributaire de la décision de la conférence ordinaire des ministres des pays producteurs, prévue en décembre.
Les producteurs étaient quelque peu mis à mal par le comportement de certains d’entre eux, qui se sont mis à produire sans retenue en prévision du rétablissement des sanctions contre l’Iran, alors que l’offre des États-Unis connaissait un boom sans précédent, ce qui a poussé la production mondiale à ses plus haut niveau.
La semaine dernière, la production des États-Unis a atteint 11,6 millions de barils par jour, et les stocks ont augmenté de 5,8 millions de barils, à en croire les données de l’administration américaine de l’information sur l’énergie.
La production de l’Opep en octobre, elle, a atteint son plus haut niveau depuis 2016, tandis que la Russie a pompé 11,4 millions de barils par jour, un record post-soviétique. Outre le risque de surproduction auquel est confronté le marché, la demande s’essouffle sous l’effet de la mauvaise croissance que connaissent l’ensemble des économies émergentes.
D’où la nécessité que l’Opep et ses alliés reviennent à de nouvelles réductions, autrement un retour à la situation d’avant-juin 2014 n’est pas à exclure au rythme où vont les choses. La décision ne bénéficie présentement d’aucun consensus au sein du groupe et pourrait être confrontée à
des vents contraires, tant au sein de l’Opep qu’en dehors de l’Organisation. <