Lewis Hamilton a eu droit à un condensé de l’arsenal défensif que Max Verstappen montre de temps à autre sur les pistes, lors d’une seule course, dimanche. A Djeddah, le Britannique s’est retrouvé embarqué dans trois situations plus que tendues avec son rival néerlandais pour le titre, qu’il a rejoint au Championnat du monde des pilotes – 369,5 points chacun – en remportant le Grand Prix d’Arabie saoudite devant lui, dans une ambiance explosive.
Pour être tout à fait juste, il faut préciser que le Britannique a aussi usé de son métier pour jouer avec les nerfs de son ennemi. Lors du tour de formation du 14e tour, qui a précédé le deuxième des trois départs donnés sur les bords de la mer Rouge, il n’a pas hésité à suivre d’un peu plus loin que de coutume la Red Bull n°33, ce dont le Batave s’est plaint.
Mais pour tout le reste, LH44 a rencontré le pire. Au 15e puis au 37e tour, il s’est fait embarquer hors de la piste au virage n°1, où «MV33» est resté devant lui en coupant la chicane. « Ce gars est fou ! », a-t-il d’ailleurs lâché, la seconde fois. Puis, ce fut le moment la controverse du 38e tour, lorsqu’il il est rentré dans l’arrière de la RB16B parce que le protégé de l’écurie de Milton Keynes voulait à tout prix lui redonner sa place, sur ordre de la direction de course, avant le point de détection de la 3e zone DRS située dans la ligne droite. Afin de le piéger.

«J’AI ÉVITÉ DES COLLISIONS EN TANT D’OCCASIONS AVEC LE GARS»
« J’ai vraiment dû essayer de garder mon sang froid, ce qui était réellement difficile à faire, a réagi Lewis Hamilton pour Sky Sports. J’ai couru contre beaucoup de pilotes dans ma vie en 28 ans, et j’ai affronté différentes personnalités, mais il y en a au sommet qui dépassent les bornes », a ajouté le septuple champion du monde, resté au calme plusieurs minutes à côté de sa physio Angela Cullen, la tête dans une serviette, à l’arrivée.
A propos de Max Verstappen, il a insisté. « Il dépasse les bornes, c’est sûr, a-t-il martelé. J’ai évité des collisions en tant d’occasions avec ce gars et cela ne me dérange toujours pas d’être le seul à faire ça, car on vit pour se battre et y retourner, et c’est ce que j’ai fait. » Au 38e passage, il a déclaré avoir été d’autant plus surpris par l’allure de Max Verstappen qu’il n’avait pas reçu l’information de son équipe que celui-ci s’apprêtait à lui rendre sa position de leader, conservée de façon inéquitable dans la première chicane, au tour précédent. « Je n’avais pas eu l’information, c’était donc confus, a-t-il avoué. D’un coup, il a tapé dans les freins, ou bougé. J’ai pensé qu’il jouait à une tactique dingue… je ne sais pas. Cela ne lui fait rien si nous abandonnons tous les deux. Pour moi, nous devons finir tous les deux. »

« JE SUIS COMME SUR UN RING DE BOXE »
L’interprétation de cet incident a été claire : les commissaires sportifs de la FIA ont décidé d’infliger dix secondes de pénalité au Néerlandais pour ce «break test», et un retrait de deux points sur sa super licence. Ce qui n’a pas changé sa deuxième place finale. Revenu à égalité au Championnat du monde grâce à sa victoire complétée par le point du meilleur tour, Lewis Hamilton sait que Max Verstappen sera sacré à Abou Dabi, dimanche prochain, si aucun des deux ne venaient à finir la course, ou entrer dans les points. Car le Batave aurait neuf victoires à son actif contre huit pour lui.
« Ça va être intéressant de voir ce qui se passe, a prévenu Lewis Hamilton. Je suis personnellement refroidi, je suis comme sur un ring de boxe mais je suis prêt à y aller », a-t-il dit. « Nous aurions pu nous faire éliminer à plusieurs reprises avec un aileron cassé, a noté Toto Wolff, son patron chez Mercedes AMG, qui a aussi eu peur lors du contact au deuxième départ avec l’Alpine d’Esteban Ocon. Ce fut une course spectaculaire, mais pas nécessairement bonne, a ajouté le directeur d’équipe. Lewis a couru intelligemment et avec patience. » Il en fallait assurément pour rester dans le jeu tout au long des 50 tours qui ont été rythmés par trois départs, des accidents et de nombreuses sessions de voiture de sécurité, réelles ou virtuelles. n