L’exposition «Métiers et Artisanat d’Alger» a réuni une vingtaine d’artisans de la Casbah d’Alger au Palais des Raïs-Bastion 23, afin de mettre en avant leur savoir-faire en matière de patrimoine traditionnel.

Cette exposition organisée à l’occasion de la célébration de la Journée nationale de la Casbah, célébrée chaque 23 février, se poursuivra jusqu’à la fin de cette semaine, en présentant notamment des peintures et miniatures illustrant les rues de la vielle ville, des stands partagent des spécialités culinaires algéroises, des habits et costumes autrefois portés par les habitants ou encore certains éléments de décorations en bronze. Ce rendez-vous, qui a ainsi permis de rencontrer des artisans et artistes qui font encore vivre les traditions d’Alger, aura également été une opportunité de faire le point sur l’état de conservation de ce savoir-faire.
En effet, connaissances considérées comme un patrimoine immatériel qui se transmet le plus souvent au sein des familles d’artisans par l’initiation, plusieurs exposants insistent toutefois sur les difficultés d’orienter les jeunes générations vers des activités à la fois difficiles, exigeantes et perçue, peut-être à tort, comme moins «rentables» que des métiers plus classiques. L’un des artisans invités au Palais des Raïs, l’artiste Slimane
Hamitouche, spécialisé dans la réalisation d’objets en bronze, qu’il crée dans l’atelier hérité de son père, nous explique néanmoins qu’il transmet son savoir à ses enfants, tout en veillant à «exposer au maximum, montrer et promouvoir ce que je réalise auprès du grand public».
L’artisan qui présente notamment des objets de décoration traditionnels algérois, dont des chandeliers, bibelots, porte-gâteaux ou encore heurtoirs en bronze massif, ajoute qu’il travaille à la conservation d’une activité lancée par ses ancêtres. Il nous confie à ce sujet que «j’ai pris la relève dès l’âge de 18 ans, c’est un travail qui m’a passionné. J’ai tout appris sur le terrain. Ce n’est pas un savoir-faire que l’on apprend dans les écoles». Enchaînant qu’«aujourd’hui, je travaille notamment sur commande en me spécialisant dans le patrimoine».
Les principaux acquéreurs des pièces réalisées par Slimane Hamitouche étant des «personnes qui connaissent encore et aiment notre patrimoine (…) Parfois ce sont des gens qui construisent ou restaurent leurs maisons dans le style traditionnel».
Cette exposition a également mis en avant le patrimoine culinaire, notamment des confitures et techniques de conservation des fruits et a accordé une très large place aux habits et costumes emblématiques de la culture algéroise.
A ce titre, l’un des exposants, Karim Bathouche, qui expose des habits traditionnels féminins et masculins d’Alger, nous explique à propos de son parcours : «Mon père était tailleur, il réalisait les pièces uniquement à la main et tout était fait sur mesure.» Il ajoute : «moi, j’ai repris son activité en me spécialisant dans la réalisation des châles et des mharmet leftoul», soulignant que «c’est un patrimoine qui existe toujours, mais rarement réalisé dans le règles de l’art» et « ce que l’on trouve sur le marché est trop souvent commercial. C’est malheureusement un métier qui se perd».
L’artisan, passionné par l’histoire et le patrimoine qu’il fait vivre au quotidien par son travail ajoute que le pays a perdu énormément de son savoir-faire. Il cite à titre d’exemple l’un des symboles des costumes traditionnels masculin algérois, la célèbre «chechia stamboul» qui ne n’est plus fabriquée à Alger depuis au moins une décennie. Notre interlocuteur précise à ce sujet que «celles que l’on voit dans le commerces sont importées, faites avec du carton, alors que les véritables chéchias stamboul sont réalisées avec un tressage de fibres naturelles recouvertes de feutre». Il déplore à ce sujet qu’«en fait, les derniers qui fabriquaient des chechia traditionnelles d’Alger c’était la famille Zemmouri. Leur atelier et magasin était situé à côté du TNA. Aujourd’hui, ce savoir-faire a disparu».