C’est une véritable balade, éclatante de couleurs, à laquelle ont eu droit les visiteurs de l’exposition de l’artiste peintre Bendahmane Baghdadi de Bordj Bou Arréridj organisée, récemment, à la bibliothèque Assia Djebar de Tipasa en marge du programme de célébration des festivités du 1er novembre.

Une promenade, nostalgique, à travers une exposition d’une vingtaine de tableaux représentant des personnages authentiques de l’Algérie profonde sous forme de portraits et de paysages de l’Algérie diverse et contrastée qui méritent, selon l’artiste, d’être immortalisés pour les générations futures. La peinture pour Baghdadi est une vocation qui lui colle à la peau depuis sa tendre enfance marquée par un intérêt et un attachement à tout ce qui est culturel. Sa passion, il la développera, par la suite, grâce à des formations accélérées en art et un séjour à Paris en 1988 qui le mettra sur le chemin de l’art plastique tout en continuant à travailler pour gagner sa vie. Avec le temps et l’âge, sa peinture commence à prendre forme et à se dessiner pour se tourner, comme il l’expliquera, vers tout ce qui est beau et « l’Algérie ne manque pas de belles choses que j’essaye de reproduire à travers mes tableaux ». L’Algérie est, pour lui, une école universelle, un paradis et il n’est pas le seul à faire ce témoignage et en veut pour preuve que notre pays a inspiré beaucoup d’artistes dont les orientalistes qui ont laissé des tableaux célèbres et très cotés.
A qui s’adresse sa peinture aujourd’hui, s’interroge Baghdadi, dans ce pays où le pessimisme est ambiant et le désespoir est devenu le credo de tous ? Alors ces œuvres seront un témoin pour transmettre son message à lui à la génération future qui pourra découvrir que l’Algérie est un beau pays, très riche culturellement, très vivant où il fait bon vivre malgré l’adversité du moment.
Baghdadi vit, depuis une dizaine d’années, tant bien que mal de sa peinture qui s’inspire de ce qu’il appelle l’identité nationale, de l’Algérie d’antan dont il a gardé un vif souvenir et des traditions locales authentiques qui n’ont rien à envier à celles d’aujourd’hui. Son exposition est en somme un condensé de beaucoup de nostalgie de l’Algérie d’avant, de ses personnages authentiques, réels, sans fioritures et sa diversité paysagère.
Artiste peintre autodidacte, Baghdadi explique qu’il vend lui-même ses œuvres faute de marché local de l’art, et participe à des expositions à travers le pays dont celle de Tipasa où il a planté le décor pour la première fois.
Suivons le et écoutons-le nous présenter son exposition en commençant par le tableau réalisé en 2016 représentant une femme traditionnelle assise en train de préparer de la galette, une image qui existe dans l’imaginaire de beaucoup de gens en particulier dans les zones rurales ou dans les Hauts-Plateaux, autrefois réputés pour leurs céréales et leur cuisine à base de pâte. Il y a, aussi, ce tableau représentant une femme de Bab El Oued en haïk blanc, le voile traditionnel et sa voilette brodée qui existait jusqu’aux années 80 chez les femmes âgées qui l’ont troqué et remplacé, aujourd’hui, par le hidjab importé de l’Orient et qui s’est généralisé. Même topo pour le panier en osier porté par cette femme, remplacé hélas, par le sachet en plastique non seulement moche et qui, de surcroit, pollue et détruit la nature et la biodiversité. Ici on change de cap et on tombe sur un paysage féérique, une extase, un éclat, de couleurs jaune, rouge, agrémenté de vert peint du haut d’un village de Bouira qui s’appelle Taberkoussen, avec aux environs et en filigrane une station thermale, un tableau reposant qui fait rêver. Ce tableau est la dernière réalisation de l’artiste qui n’a pas encore complètement séché. Ici, une gâada de pêcheurs, installés sur les quais pour ramender leurs filets tout en discutaillant au niveau du port d’Alger qui représente la simplicité des gens, loin du bruit de la ville, de la politique, autrement dit une vie paisible.
Là, encore un portrait d’un vieil homme authentique intitulé « redjla » un personnage réel qui vit toujours à Tizi Ouzou et porte les habits traditionnels, avec sa gandoura, son burnous plié vers l’arrière et qui se promène dans son village ou revient du marché, le regard vif et interrogateur qui ne manque de vous accrocher.
Une scène de la vie quotidienne dans le sud du pays, qui raconte l’histoire avec un meddah à Oued Souf inspiré d’une œuvre d’un artiste américain, réalisé en 2004 et qui est exposée actuellement à New York, aux USA. Le tableau « El Baraka » rempli de spiritualité, selon l’artiste, est le portrait irisé d’une femme âgée de 87 ans assise devant sa demeure qui vit toujours à Batna qui a inspiré un photographe qui l’a surprise avec son flash et l’a immortalisée. Le visage buriné et sillonné de rides de la vieille est très inspirant, avec ses tatouages, son regard perçant et inquiet qui en dit long sur sa vie, sa posture assise, plantée sur ses jambes en regardant ce monde défiler devant elle. Toujours dans la région de Batna, une scène de la vie quotidienne, à Tazoult, une sorte de gâada d’un couple, assis dehors pour prendre du soleil qui regarde la vie défiler. Le tableau valorisez moi ce souvenir d’une fille surprise avec son sourire innocent est en réalité une photo réalisée par un américain, vient ensuite un paysage qui exprime la joie des couleurs, un endroit qui existe du côté de Ouled Hannache, à Barika, en automne et au printemps ou on peut observer des paysages fantastiques, la beauté de l’Algérie photographiée à BBA en 2016, un autre tableau enneigé une autre facette du pays en période hivernale. Un tableau représentant Mohamed Cherchali un commerçant qui vend des vêtements de mode en Suisse qui reçoit, un jour, un acheteur juif et qui lui confie, une fois quand il a su qu’il était algérien, que l’Algérie a beaucoup inspiré des artistes qui ont d’ailleurs volé des idées qui ont inspiré nos œuvres. Tout cela pour dire que l’Algérie est riche de sa beauté, de son patrimoine et sa culture qui doivent être appréhendés avec un autre regard plus réaliste et positif.
La balade s’achève par le portrait de sa grand-mère maternelle, Djamila, intitulée « le rêve qui dépasse l’âge » car elle était âgée de 100 ans. Ce tableau réalisé trois jours après son décès pour combler le vide qu’elle a laissé dans la maison mais aussi pour s’interroger sur le sens de la vie. La cérémonie du thé, que prépare cette aïeule, raconte la discussion qu’il a eue avec sa grande mère qui lui faisait part de ses projets à savoir acheter un nouveau frigo quand son fils rentrera de Suisse et qui raconte nos rêves à tous et qui est, pour l’artiste, en même temps, une interrogation métaphysique.
Pour terminer l’entretien, l’artiste nous dira que l’ensemble de son exposition raconte des histoires réelles, celles de la vie de tous les jours et de l’Algérie profonde.