Les chefs d’entreprise qui parviennent à vendre leur production à l’étranger sont en colère et s’élèvent contre les entraves dont souffre leur business. Ils dénoncent des «contraintes persistantes» et des «restrictions» qu’ils présentent comme une contradiction flagrante au discours du gouvernement qui vise 4 à 5 milliards de dollars d’export hors hydrocarbures.

Si des changements ne sont pas introduits rapidement en matière de politique de change, d’accompagnement bancaire des exportateurs, de levée des contraintes et restrictions administratives, en gros en matière de mise en œuvre de la nouvelle stratégie de développement des exportations hors hydrocarbures d’ici à fin février, il est clair que l’objectif recherché par l’Exécutif ne sera pas atteint, ont averti ces patrons visiblement courroucé par le «poids de la bureaucratie».
Primés lors de la cérémonie de remise des trophées organisée par le World Trade Center d’Alger (WTCA) jeudi 4 février, tous n’ont pas manqué de se plaindre de cette situation devant un parterre de ministres du gouvernement Djerad et devant le conseiller du président de la République en finances et économie, Abdelaziz Khellaf. Tous ont exprimé leur ras-le-bol face aux «contraintes» et «restrictions» encore persistantes selon eux dans l’activité de l’exportation hors hydrocarbures. Des barrières incompréhensibles, ont dénoncé certains, et qui risquent de compromettre sérieusement l’objectif de doubler en valeur durant l’exercice 2021 des exportations situées à 2 milliards de dollars en 2020. La plus véhémente intervention en ce sens a été celle d’Ali Bey Nasri, le président de l’Association nationale des exportateurs algériens, Anexal, qui n’a pas mâché ses mots en évoquant les difficultés «insupportables» et «incompréhensibles» à l’exportation hors hydrocarbures, en dépit d’un discours officiel qui affiche l’engagement et la volonté du gouvernement à booster ces exportations. Le président de l’Anexal a critiqué la «gestion politique» de ce dossier en interpellant directement le conseiller économique et financier du pPrésident de la République : «Agissez (de manière à que ça bouge dans le développement de ces exportations. Vous avez une fonction transversale (pouvoir de coordonner l’action de différents ministères)», lui a-t-il dit. «Les ministères concernés semblent n’avoir pas de pouvoir de décision en la matière», a-t-il ajouté. Poursuivant son réquisitoire, Ali Bey Nasri a affirmé que «rien ou presque n’a bougé» depuis le discours du président de la République en août dernier encourageant les opérateurs à développer les exportations hors hydrocarbures et s’engageant à faciliter l’acte d’exportation en vue d’atteindre cet objectif de 5 milliards de dollars d’exportation en 2021. Ce responsable a également pointé du doigt la gravité de la situation économique : «Nous avons réalisé 2,4 milliards de dollars d’exportation en 2020, c’est le chiffre le plus faible depuis le début des années 2000 !». Ce qui devrait nous «inciter à redoubler d’efforts, à agir pour augmenter de façon substantielle les exportations hors hydrocarbures», a-t-il laissé entendre. En somme, rien ou presque n’a été fait, selon lui, sur la voie du règlement des grosses difficultés qui entravent le développement des exportations hors hydrocarbures. Il a également rappelé la promesse du président de la République d’augmenter la quotepart en devises revenant à l’exportateur après rapatriement du montant exporté pour encourager les exportateurs à développer leurs exportations et les opérateurs à exporter. «Cette quotepart n’a pas été jusqu’ici augmentée», a-t-il ajouté. Il n’est pas normal, a-t-il laissé entendre, que l’exportateur ne peut utiliser 20% de sa quotepart en devises pour investir dans l’extension de sa capacité de production, dans la modernisation de son outil de production qui lui permettrait d’augmenter ses exportations. Le président de l’Anexal a enfin affirmé que si la nouvelle stratégie d’exportation hors hydrocarbures – qui est, selon lui, aujourd’hui finalisée – n’est pas mise en œuvre d’ici fin février, l’objectif d’exporter 5 milliards de dollars en 2021 ne sera pas atteint.
La même description de la situation du marché algérien de l’export a été faite par Samy Agli, le président de l’organisation patronale Capc. Il a fait observer que la réalisation de ces quatre à cinq milliards de dollars d’exportation hors hydrocarbures dépend de la mise en œuvre des réformes : en particulier, de la réforme bancaire et financière incluant une révision de la réglementation de change appelée à plus de souplesse, a-t-il vivement recommandé. Le directeur général de Bomare Company a fait état, quant à lui, de l’annulation par l’ABEF d’une commande récente par l’Allemagne de 1 million de téléviseurs fabriqués par cette société privée au motif «discutable», selon lui, du niveau d’intégration.

Plusieurs freins et contraintes
Autre coup de colère patronal : le représentant de la Sarl Bendehiba qui a reçu un prix d’encouragement pour ses efforts à l’exportation. Ce dernier a déclaré que «presque rien n’a bougé en matière de promotion des exportations hors hydrocarbures». Parlant de son expérience propre, «on n’a pas compris l’interdiction d’exportation d’un produit (le câble électrique), alors qu’il est fabriqué avec un taux d’intégration de 95%», s’est-il élevé. «On est soumis à un cahier de charges issu d’une loi de 2007 appliqué aux câbles électriques destinés à l’exportation de déchets (ferreux et non ferreux). Ce n’est pas pour les câbles électriques. Pour avoir l’autorisation d’exporter ces câbles, il faudra attendre trois mois ! Nous avons également des problèmes de rapatriement des dividendes.» Autre exemple de difficulté, s’est-il plaint : «le client africain arrive à l’aéroport avec de l’argent parce que ce n’est pas facile de transférer à travers des banques africaines. Il reste cinq heures au niveau de la PAF pour être auditionné comme si c’était un criminel. Par ailleurs, c’est interdit par la Banque d’Algérie de ramener la devise malgré l’attestation de la Douane. Le fil machine qu’on produit, il y a quatre producteurs en Algérie qui le fabriquent, la capacité de production nationale de ce produit est de 1 milliard de dollars et on importe actuellement pour 300 millions de dollars de fil machine».
Ainsi, les exportateurs rencontrent encore beaucoup de difficultés pour exporter leurs produits. Abdeldelouahab Ziani, le président de la Cipa, relève dans la foulée que les représentants des organisations patronales et des exportateurs ne sont suffisamment pas écoutés par des départements ministériels sur ce dossier. A suivre. <