PAR INES DALI
De nombreuses mesures sont recommandées pour tenter de booster les exportations hors hydrocarbures qui peinent à décoller, allant de la révision des textes de lois aux incitations financières au profit des exportateurs, tout en veillant à ce qu’il y ait une stabilité du cadre réglementaire afin d’encourager les opérateurs. Il s’agit, en somme, d’améliorer le climat dans lequel évolue cette activité en apnée.
Il y a également des vides juridiques qu’il faudra combler, selon le président du Conseil national économique, social et environnemental (CNESE), Réda Tir. Il est primordial de «réviser les cadres législatif et réglementaire et de se pencher sur les vides juridiques qui entravent les efforts des exportateurs, et ce, à travers l’adaptation des textes régissant plusieurs secteurs aux besoins des opérateurs», a-t-il déclaré lors des Journées portes ouvertes sur l’exportation. La révision des textes de loi n’est pas une mince affaire puisqu’il s’agit, selon Réda Tir, de «réexaminer les lois des secteurs du Commerce et des Finances et la loi régissant les activités de transport maritime». C’est ainsi qu’il a plaidé pour «la création d’une banque chargée du soutien des exportations et de l’octroi de crédits dédiés au soutien de l’activité d’exportation, ainsi qu’une Caisse d’assurance des produits exportés».
Indiquant que le ministère du Commerce déploie d’importants efforts pour faciliter les opérations d’exportation, il relèvera que cette activité demeure toutefois dans le «besoin de textes de loi stables permettant d’attirer les opérateurs nationaux et étrangers», en référence à l’instabilité juridique qui fait fuir les opérateurs. Une remarque qui lui fait dire qu’il s’agit maintenant de «poursuivre les efforts pour l’amélioration du climat des affaires par le réexamen des lois afin de se mettre au diapason des évolutions internationales en matière d’exportation et de respecter les normes internationales dans le domaine des affaires». C’est ainsi qu’il propose d’«analyser les principales raisons» qui font que les opérateurs se retrouvent confrontés à des freins «notamment le domaine du transport et le manque de la participation dans les réseaux internationaux qui doit dépasser les 60%, ce qui est à même de permettre à l’Algérie de s’imposer sur les marchés internationaux, notamment en ce qui concerne les produits semi-industrialisés et industrialisés».
Incitations financières
Le ministère du Commerce de son côté a adopté plusieurs nouvelles mesures financières incitatives dans le cadre de la promotion des exportations hors hydrocarbures. Ces mesures au profit des exportateurs se feront «à travers les modifications apportées au Fonds spécial de promotion des exportations (FSPE), dont la révision de l’aide financière accordée aux opérateurs», a indiqué, pour sa part, le ministre du Commerce, Kamel Rezig. Il y a également «l’introduction d’une prime supplémentaire pour chaque opération d’exportation de produits agricoles périssables, et d’une prime supplémentaire pour chaque opération d’exportation vers les pays africains, quelle que soit la marchandise exportée ou le moyen de transport utilisé, ainsi qu’une indemnisation du coût de création de la marque commerciale et sa protection à l’étranger», a précisé M. Rezig.(Suite en page 4)
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Dans ce sens, de nombreuses mesures ont été prises au niveau des wilayas à l’effet de «suivre de près le déroulement des opérations d’exportation et de lever les obstacles tant au niveau administratif que sur le terrain auxquels fait face l’exportateur dans sa wilaya». Il s’agit en outre de l’extension des sessions de formation dans les métiers de l’exportation et du commerce extérieur organisées par la Chambre algérienne du commerce et d’industrie (CACI) aux chambres locales du commerce et d’industrie.
Les transporteurs privés appelés à plus d’implication
Par ailleurs, les opérateurs économiques activant dans le domaine du transport maritime et terrestre ont été conviés par M. Rezig à se rapprocher des services du ministère du Commerce, en vue d’examiner l’éventualité de les agréer dans le domaine du transport relatif aux opérations d’exportation et leur permettre de souscrire au FSPE. «L’ensemble des services et structures d’appui à l’exportation sont prêts à œuvrer à l’intensification de l’activité et au redoublement des efforts, en vue de répondre aux exigences à même d’assurer les conditions appropriées à l’amélioration continue des moyens et mesures incitatives à l’export», a-t-il assuré.
En matière de transport aérien de marchandises, Air Algérie Cargo (filiale d’Air Algérie), a transporté plus de 80 tonnes/jour de marchandises dans le cadre de la poursuite de son activité depuis la propagation de la pandémie de coronavirus, selon son directeur général-adjoint Alayli Ilyes, qui a révélé que la filiale a maintenu toutes ses activités durant la période de la pandémie concernant «le transport des marchandises de et vers l’étranger en dépit du contexte sanitaire difficile». Six à huit vols par jour et des avions d’une capacité allant de 5 à 20 tonnes ont été mobilisés pour répondre aux besoins des exportateurs et des importateurs, a-t-il noté, soulignant qu’aucune augmentation des prix n’a été appliquée en dépit de la situation financière de la compagnie.
Qu’en est-il du régime des changes ?
Prendre en charge les exportations hors hydrocarbures par le biais de nouvelles mesures est accueilli favorablement par les opérateurs économiques. Cependant, les associations qui les représentent ainsi que les experts économistes attirent l’attention et plaident d’abord pour la révision du régime des changes qu’ils considèrent comme un véritable obstacle au business et un frein au développement des activités export.
«Tous les opérateurs et intervenants de la chaîne des exportations sont unanimes à revendiquer une réforme du régime des changes», a déclaré récemment le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), Ali-Bey Nasri dans un entretien accordé à Reporters. Se montrant plus tranchant, il a ajouté que désormais, «la révision de la réglementation des changes ne relève plus du souhait, mais de l’exigence». n