Quel sort attend le gazoduc Maghreb-Europe (GME), un tube acheminant du gaz algérien à l’Espagne, mais qui passe par le territoire du royaume chérifien, après la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc ?

Par Younes Badi
En réponse à des journalistes qui l’interrogeaient sur ce sujet, le ministre des Affaires Etrangères et de la Communauté Nationale à l’Etranger, Ramtane Lamamra, a expliqué, mardi, 24 août, qu’il existe «des considérations liées à des traités internationaux», ajoutant que la question du gazoduc relève de «la responsabilité de Sonatrach». Dans une déclaration faite fin juin denier, le PDG de la compagnie nationale, Tewfik Hakkar, a assuré que l’entreprise qu’il dirige a «les capacités et les moyens de fournir le gaz nécessaire à son partenaire espagnol, selon les contrats déjà signés, mais aussi en cas de demande supplémentaire». Il a ajouté que si le contrat d’acheminement de gaz via le gazoduc Maghreb-Europe reliant l’Algérie à l’Espagne via le Maroc n’est pas renouvelé, l’Algérie a la possibilité «d’acheminer les quantités contractuelles et additionnelles, en cas de besoin, via le gazoduc Medgaz. «Nous avons pris les dispositions nécessaires en cas de non-renouvellement du contrat de transit, a souligné Tewfik Hakkar. Celui-ci a de l’assurance, parce que Sonatrach va opérer, en bonne entente avec son partenaire espagnol, Naturgy en l’occurrence, une extension du Medgaz. En effet, Naturgy, anciennement Gas Natural, spécialisée dans le commerce du gaz naturel, et associé Sonatrach ont engagé un investissement de 90 millions de dollars pour augmenter les capacités de Medgaz, un second gazoduc reliant également l’Algérie à l’Espagne, de deux milliards de mètres cubes par an, permettant ainsi à Medgaz d’acheminer 10 milliards de mètres cubes de gaz par an vers la péninsule ibérique. Ce projet d’extension devrait être achevé au quatrième trimestre 2021, selon un communiqué rendu public par Naturgy. Les deux compagnies vont accroître le débit de gaz naturel dans le gazoduc par la mise en service d’un quatrième turbocompresseur. En fait, côté algérien, toutes les options sont sur la table à propos du GME. Côté marocain, les autorités semblent vouloir le maintenir en renouvelant le contrat de transit qui lui est lié.
La directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines, au Maroc, Amina Benkhadra, a affirmé jeudi, 19 août, «la volonté de son pays de maintenir le GME dont le contrat de transit arrivera à échéance le 31 octobre prochain. Le gouvernement algérien n’a pas réagi à cette déclaration. Mais des experts indépendants, cité par l’APS, ont expliqué, il y quelques jours, que «l’Algérie, en toute souveraineté et autonomie de décision, peut décider de le reconduire ou non, à l’expiration du contrat dont il est question». Ils ont par ailleurs mis en exergue «l’intérêt quasi exclusif» que tire le Maroc du passage de ce gazoduc vers l’Europe, sachant qu’il pompe 800 millions de m3 de gaz pour ses besoins en énergie qui viennent s’ajouter aux royalties qu’il prélève au titre du droit de passage du GMZA. Mis en exploitation en 1996, le GME achemine du gaz à partir de Hassi R’mel vers l’Espagne, et le Portugal en traversant le détroit de Gibraltar.
Long de 1 400 kilomètres, il transporte chaque année près de 12 milliards de mètres cubes. Ces deux pays font partie des partenaires traditionnels de l’Algérie en matière d’importation de gaz. Ils ont acheté, au premier trimestre 2021, 4,3 milliards de mètres cubes de gaz à l’Algérie, soit une augmentation totale de 122% par rapport à la même période en 2020. C’est en juin dernier que des médias espagnols ont révélé que le royaume menace de ne pas renouveler ce contrat. Quelle mouche a donc piqué le Maroc ? L’attitude marocaine ne peut s’analyser que comme une réaction à l’accueil par Madrid du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, hospitalisé en Espagne après avoir contracté le coronavirus. En dehors des exportations de gaz, les relations économiques entre les deux pays, ponctuées de tension, n’ont jamais atteint leur plein potentiel. Il existait pourtant des possibilités importantes d’améliorer le commerce et l’investissement entre les deux Etats.