L’impact du coronavirus sur les recettes pétrolières de l’Algérie livre ses premiers chiffres comptables. A fin février, ces recettes se sont élevées à 5 milliards de dollars contre 6 milliards prévus initialement, a fait savoir le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab.

« Selon les rapports qui nous sont parvenus, les recettes de l’Algérie générées par les hydrocarbures ont atteint jusqu’à fin février dernier, 5 mds usd, alors que les prévisions initiales annonçaient 6 mds usd, soit (-1) mds usd par rapport à ces prévisions », a-t-il déclaré.
En plus du recul de la demande mondiale et de la baisse des prix du brut, l’Algérie a dû compter avec le recul de la demande européenne de gaz, en raison des conditions climatiques, a souligné le ministre dans une intervention à la Télévision publique. « Nous avons perdu 18% de la demande européenne sur le gaz naturel algérien par rapport à l’année passée, sachant que le marché européen est le principal destinataire du gaz algérien. Ce recul est justifié par la hausse notable des températures en Europe », a-t-il expliqué.
Si, durant les deux premiers mois de 2020, nos recettes d’hydrocarbures ont perdu 1 milliard de dollars par rapport aux prévisions établies par les pouvoirs publics, les pertes à venir seront sans doute beaucoup plus lourdes si la situation actuelle du marché pétrolier persiste et que les prix conservent cette tendance baissière qui fait carrément éclater les marchés. Comprendre que durant le premier bimestre de l’année en cours, le baril d’or noir avait évolué entre 65 dollars et 50 dollars, avant de passer à une vitesse supérieure dans sa descente aux abîmes, s’installant en dessous des 30 dollars, sur fond d’une guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie qui a visiblement fait plus de mal aux pays producteurs que la pandémie de Covid-19.
Toutefois, le ministre de l’Energie préfère se concentrer sur les scénarios positifs et tente de rassurer en déclarant que « nous ferons en sorte que la crise actuelle du marché pétrolier ne perdure pas, afin de préserver nos revenus, d’autant que nos prévisions pour cette année annoncent 34 mds usd de recettes ». Pour justifier son optimisme, Mohamed Arkab relève que les études et rapports sur les développements du marché mondial du pétrole prévoient une « amélioration » de la demande mondiale sur le pétrole à partir du deuxième semestre de l’année en cours, grâce à la reprise économique internationale et chinoise.
Effectivement, la reprise économique du géant chinois, et premier consommateur de pétrole dans le monde, est en train de reprendre avec le recul quasiment de zéro nouveau cas de coronavirus dans le pays, mais loin et le cas d’autres pays à fort potentiel industriel, dont principalement ceux de l’Europe où la maladie a trouvé son nouvel épicentre.
La situation évolue de la sorte alors que la guerre des prix entre Ryad et Moscou gagne progressivement en intensité, notamment à travers une riposte saoudienne déclinée en plusieurs décisions et objectifs dont le dernier affiché la semaine dernière par le Royaume consistant à atteindre 10 millions de barils d’exportation. Et c’est visiblement un lâchage de ses partenaires de l’Opep que l’Arabie saoudite est en train d’opérer en cavalier seul qui a eu raison du marché et ses prix plongés sous les 30 dollars, au plus grand des pays producteurs, et à leur tête les plus vulnérables.
La dernière réunion de l’Opep+ a-t-elle donc sonné la fin de l’accord de réduction en vigueur depuis début 2017 ? La question se pose encore plus à quelques jours de l’expiration de cet accord, soit le 31 mars, ouvrant droit au pays de l’Opep et leurs partenaires de pomper à leur guise et, surtout, selon leurs capacités réelles de production.
En fait, l’ensemble des signes ultérieurs à cette réunion, notamment à travers les réactions russe et saoudienne,sont en train de dessiner la fin de toute coopération, même celle qui dure depuis 60 ans au sein de l’Opep. Toutefois, ces signes ne disent pas tout, ou ne révèlent qu’une partie de ce qui se passe réellement loin de l’opinion publique, et même des analystes et autres experts du marché.
C’est du moins ce qui ressort depuis le 6 mars des déclarations de M. Arkab, en sa qualité de président de la conférence de l’Opep. Devant les caméras de la Télévision publique, il a encore déclaré que les pays concernés par l’accord de réduction avaient signé, au terme de la 8ème réunion de l’Opep+, tenue le 6 mars à Vienne, un accord avec « l’obligation de poursuivre les consultations » rapidement et rapprocher les vues sur les mesures à prendre pour réaliser l’équilibre du marché du pétrole ».
Le ministre a également fait part de contacts quotidiens en vue de parvenir à un prix qui convient aux producteurs et aux consommateurs, outre des rapports sur la situation du marché mondial du pétrole. « Nous poursuivrons les contacts à un plus haut niveau »,
a-t-il soutenu, se disant optimiste quant à « l’amélioration de la demande mondiale de pétrole lors du deuxième semestre de l’année en cours », avec la prédiction d’une éventuelle relance de l’économie chinoise.