Après une absence qui a duré quatre années, les producteurs de blé russes effectuent un retour remarqué sur le marché algérien, en multipliant les livraisons depuis juin dernier.

Par Feriel Nourine
Après une première cargaison de 28 500 tonnes à l’entame de l’été, puis une deuxième de 30 000 tonnes, en septembre dernier, le géant mondial de la production et de l’exportation de blé vient de réaliser une troisième opération du genre à travers l’envoi de 60 000 tonnes vers notre pays.
L’information est rapportée par Reuters, citant un communiqué de Demetra Trading (DT), connu pour être l’un des plus grands négociants en céréales de Russie. La livraison a été acceptée par l’acheteur, après avoir été envoyée «depuis le port russe de Taman, sur la mer Noire, vers deux ports en Algérie», souligne DT qui fait partie d’une holding du même nom. Elle précise que les 60 000 tonnes de blé qui lui ont été tout récemment achetées constituent «la première cargaison majeure de la Russie à l’Algérie depuis 2016».
Ce qui indique que le géant russe trouve désormais des facilités à placer son blé sur le marché algérien, à la faveur des changements opérés, en octobre 2020, par les autorités algériennes au cahier des charges relatif aux importations de blé. La révision de ce texte ouvre, en effet, la voie au blé russe en allégeant les conditions d’importation de ce produit, qui a longtemps mis sur la touche les compagnies russes sur un terrain acquis aux fournisseurs traditionnels de l’Algérie que sont la France, l’Allemagne, la Lettonie, la Lituanie et l’Argentine.
Le directeur de DT a, d’ailleurs, rappelé cette donne, avant de souligner que l’Algérie «a des exigences de qualité élevées» et qu’en décidant d’alléger ses conditions d’achat de blé sur le marché international, l’Etat algérien a élargi le champ de la concurrence entre ses fournisseurs. Une démarche favorablement accueillie par la partie russe, sachant que le cahier des charges révisé par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) autorise les soumissions de beaucoup plus de compagnies, notamment celles de la mer Noire. Il permet ainsi à la Russie de voir grand sur le marché algérien, dans le cadre de sa stratégie de croissance, en comptant sur le potentiel d’importation de l’Algérie, classée parmi les plus gros acheteurs de blé tendre dans le monde, avec des quantités dépassant les 5,5 millions de tonnes et qui sont appelées à augmenter (+17%) pour la campagne 2021-2022, suite aux conditions météorologiques défavorables dont a pâti la culture céréalière dans le pays. En multipliant ses sources d’approvisionnement, l’Algérie fait valoir différents impératifs dont celui de la crise financière qui impose une plus grande considération des prix appliqués par les différents fournisseurs.
En tous les cas, le retour, puis la montée en cadence des exportations de blé russe vers l’Algérie ne sont pas sans être interprétés comme des motifs certains d’inquiétude pour les compagnies françaises de la filière dont les ventes pour notre pays constituent d’immenses sources de revenus. Rien qu’en juin dernier, les ports algériens avaient réceptionné 59 200 tonnes de blé tendre en provenance de France, dont notre pays est le premier client hors Union européenne. Avec ces quantités, l’Algérie a permis aux producteurs de blé tendre français de relever relativement leurs volumes d’exportations pour un mois de juin, classé parmi les plus bas depuis au moins deux décennies.
Une chose est certaine, les traditionnels fournisseurs de blé pour l’Algérie sont appelés à renforcer leurs arguments face à des soumissionnaires russes qui n’ont jamais lâché prise et qui sont certainement résolus à tirer le maximum de commandes de nos immenses besoins en ce produit, maintenant qu’ils semblent s’y être installés. n