La forte dynamique qu’a connue l’industrie des ciments ces dernières années a permis à l’Algérie de s’installer sur la deuxième marche du podium des principaux fournisseurs de l’Europe en ciments.

Par Hakim Ould Mohamed
En effet, l’Algérie arrive au second rang des principaux exportateurs des ciments à destination du Vieux Continent après la Turquie, de loin le premier fournisseur de l’Europe, alors que l’Algérie est talonnée par l’Ukraine et la Bélarusse. La ruée vers le ciment qui a fait courir ces dernières années plusieurs opérateurs s’est traduite par le lancement de plusieurs projets et l’extension des capacités de production d’autres. La filière ciments a capté depuis quelques années des investisseurs privés et publics, ce qui a permis au pays d’atteindre des productions importantes dépassant largement les besoins du marché national. En effet, la demande domestique s’établissait à 22 millions de tonnes en 2021, pour une capacité de production supérieure à 40 millions de tonnes. Après avoir souffert d’importants excédents, les cimentiers se sont orientés vers les marchés internationaux, ceux de l’Afrique de l’Ouest, d’abord, avant que des ciments algériens soient expédiés en grandes quantités vers l’Europe et l’Amérique. Résultats : en 2021, quelque 6,4 millions de tonnes de ciment et de clinker ont été exportées à travers les ports nationaux. Ces exportations devraient atteindre 10 millions de tonnes en 2022, selon les projections. Cette croissance exponentielle vécue par la filière ciments a fait de l’Algérie un des acteurs clés sur certains marchés, dont le marché européen. Selon des statistiques diffusées, hier, par Business France, l’Algérie s’est imposée comme étant le deuxième fournisseur de l’Europe en ciments, accaparant ainsi 11% des parts de ce marché en 2021. « L’Algérie a fourni 11% des importations de ciments hydrauliques de l’UE en 2021. Avec 1,05 million de tonnes, elle se situe à la deuxième place au classement des pays fournisseurs derrière la Turquie. Alors que les quantités qui y étaient exportées n’avaient jamais dépassé jusque-là les 17 320 tonnes, les cimentiers algériens ont fait une percée sur le marché européen à partir de l’année 2019 où ils ont pu y placer plus de 288 000 tonnes », lit-on dans la note rendue publique par Business France. La Turquie demeure le principal fournisseur du Vieux Continent avec, au tableau, des parts de marchés estimées à 44%. Sur le marché européen, l’Algérie est talonnée par l’Ukraine qui monopolise 10% des volumes et par la Bélarusse avec des parts évaluées à 7%. L’énergie bon marché a donné des ailes aux cimentiers algériens qui profitent d’un double avantage, à savoir les coûts très bas de l’énergie en Algérie et de la hausse des cours de l’énergie sur les marchés mondiaux, ce qui fait que le ciment algérien est devenu fortement compétitif. C’est une progression qui demeure donc assez fragile car tenant compte d’un contexte international marqué par une forte envolée des cours de l’énergie, ce qui pénalise plusieurs producteurs mondiaux et avantage, en revanche, les cimentiers algériens. La question qui se pose est celle de savoir si cette dynamique va tenir dans le temps, une fois que les marchés de l’énergie se stabilisent, une interrogation liée aussi à la levée de certains freins qui pénalisent, en interne, les producteurs de ciments. Ces derniers assurent que leur activité à l’export fait face à plusieurs contraintes, essentiellement d’ordre logistique, se rapportant essentiellement à l’indisponibilité en quantités suffisantes de camions de transport de clinker et de ciments, de la vétusté des parcs des sous-traitants en raison du gel des importations de véhicules, de l’absence de certains équipements au niveau des entreprises portuaires, dont les silos destinés au stockage des ciments en vrac et des chargeurs navires. Même si les exportations ont fortement bondi ces dernières années, ces contraintes ont beaucoup influencé les volumes acheminés à destination des marchés extérieurs. Selon certains acteurs de la filière, les ventes à l’international des cimentiers algériens auraient pu être plus volumineuses si ces contraintes étaient levées, permettant aux opérateurs algériens d’approvisionner à flux tendu les marchés internationaux. Lors d’un forum dédié à l’export, organisé récemment par le CREA (Conseil du renouveau économique algérien), le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, a assuré que l’Etat travaille d’arrache-pied pour lever l’ensemble des contraintes qui se dressent sur le chemin des exportateurs algériens. La levée des restrictions de l’importation des véhicules pourrait être de bon augure pour les cimentiers ainsi que leurs sous-traitants qui pourraient enfin renouveler et renforcer leurs parcs de véhicules destinés au transport des ciments à destination des ports algériens. n