Le projet de l’Algérie d’exporter de l’électricité vers l’Europe est toujours d’actualité. Bien plus, ce dossier est en train d’être mûri par les pouvoirs publics, dont l’objectif est d’exploiter les capacités de production électrique dont dispose le pays et d’en acheminer l’excédent vers le Vieux Continent.

Par Feriel Nourine
Il a même été évoqué une nouvelle fois par le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, dimanche, en marge de l’inauguration d’une nouvelle structure de Sonelgaz. «Nous sommes en train d’étudier sérieusement le projet d’interconnexion électrique avec l’Europe, compte tenu de l’énorme capacité de Sonelgaz de produire de l’électricité», a indiqué M. Arkab, soulignant que cette capacité «fait de l’Algérie un pôle énergétique par excellence».
Lequel pôle permet de produire 25 000 mégawatts, pour une consommation nationale de 17 000 mégawatts aux heures de pointe, a précisé le ministre. Sonelgaz ambitionne d’atteindre 30 000 MW en 2030, avait indiqué, de son côté, le PDG de l’entreprise, Mourad Adjal.
Déjà exportatrice d’électricité vers la Libye et la Tunisie, Sonelgaz compte, en effet, étendre son champ d’intervention à l’Europe, via l’Italie. Ceci d’autant que le groupe fournisseur d’énergies électriques et de gaz «dispose des qualifications qui lui permettent d’accéder aux marchés mondiaux, notamment en termes de capacité de production ainsi que de compétences humaines, avec l’intention de fournir une énergie de qualité», a ajouté l’intervenant.
Dans cette optique, «nous sommes en train d’offrir toutes les solutions énergétiques aux partenaires de l’Algérie, notamment en Europe, afin de fournir de l’énergie de toutes sortes sur le marché européen», a-t-il insisté.

Diversifier les exportations énergétiques
Une fourniture qui partirait des champs de Sonatrach en passant par l’Italie comme point de départ de la connexion. En ce sens, «l’Algérie est en train de faire des études avec les Italiens pour la réalisation d’un câble sous-marin qui va partir d’Annaba vers l’autre rive (Italie)», avait indiqué le PDG de Sonelgaz, en juillet dernier, soulignant qu’ «une fois réalisé, l’Italie sera une porte d’exportation de l’énergie pour l’Algérie». Ces études semblent s’inscrire en droite ligne avec la proposition faite, en mai dernier, par l’Algérie de réaliser un câble sous-marin entre l’Algérie et l’Italie en vue d’approvisionner l’Italie et une partie de l’Europe en énergie électrique.
Une proposition émise par le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors d’entretiens qu’il a eus avec son homologue italien, Sergio Mattarella, lors d’une visite officielle en Italie, en mai dernier. « Nous avons proposé la réalisation d’un câble sous-marin entre l’Algérie et l’Italie, à travers lequel nous pourrons approvisionner l’Italie et une partie de l’Europe en énergie électrique», avait indiqué le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse conjointe avec le Président Italien.
Quelques petits jours avant la visite de Abdelmadjid Tebboune en Italie, la réactivation du projet d’interconnexion électrique entre l’Algérie et l’Italie avait été au centre des discussions à Rome entre le PDG du groupe Sonelgaz, Mourad Adjal, et le ministre italien de la Transition énergétique, Roberto Cingolani.
Ce dernier avait été reçu, le mardi 17 mai à Rome, pour une rencontre portant sur la réactivation du projet d’interconnexion électrique par câble sous-marin entre l’Algérie (Cheffia) et l’Italie (Sardaigne) pour une capacité de 1 000 à 2 000 MW, avait précisé un communiqué du ministère de l’Energie et des Mines, se réjouissant de la réaction de la partie italienne qui «a montré un intérêt particulier à ce projet ».
Mieux, les Italiens ont «souhaité mettre en place des groupes de travail pour discuter des modalités de la mise en œuvre du projet et ont proposé également d’impliquer la commission européenne pour participer au financement du projet à travers les banques européennes».
Ces banques sont, en outre, sollicitées pour participer au financement de la transition énergétique et au passage à l’énergie verte auxquelles l’Algérie aspire. Un objectif, s’il est réalisé, profiterait sans doute à ses partenaires européens, notamment ceux de la Méditerranée.
Pour renforcer davantage ses capacités en Algérie, l’Algérie souhaite, en effet aussi du potentiel d’énergies renouvelables dont jouit le territoire national. Les projets du gouvernement en la matière sont nombreux et coûteux, poussant l’Etat à recourir à l’investissement international dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant.

Le financement, le grand défi
En novembre dernier, M. Arkab avait soulevé cette question en affirmant que le financement demeurait «le grand défi» pour la concrétisation de ces projets et des structures y afférentes. D’où l’impératif d’assurer un partenariat Nord-Sud pour relever ce défi, a-t-il estimé dans son allocution à l’ouverture des travaux de la conférence intitulée «Les interconnexions électriques en Méditerranée, facteur d’intégration régionale et catalyseur de la transition énergétique», organisée par Sonelgaz. «La question qui se pose actuellement avec acuité et sur laquelle nous devons travailler, consiste à réfléchir aux modalités d’instauration de partenariats d’intérêts communs entre le Nord et le Sud à la lumière des défis actuels», a souligné le ministre du secteur. Il a ainsi donné un éclairage sur les grandes lignes de la politique nationale de la transition énergétique qui englobe le développement des énergies nouvelles et renouvelables et les mesures de maîtrise de la consommation en vue de préserver les ressources naturelles pour les générations futures.
Dans le même ordre d’idées, la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, Samia Moualfi, a fait la promotion de l’Algérie en tant que «partenaire énergétique fiable et engagé», et qui «veille à la dimension complémentaire de ses relations avec les pays des deux rives de la Méditerranée», a-t-elle affirmé.
Dans le même sens d’idée, le PDG de Sonelgaz a affirmé que le Groupe s’employait à créer une nouvelle forme de partenariat entre les associations énergétiques régionales et internationales en vue de travailler de concert et d’aller de l’avant vers le développement du secteur de l’énergie électrique pour servir l’intérêt commun dans la région de la Méditerranée.
Il a relevé l’importance du «Protocole d’Alger» de coopération entre les associations régionales, signé durant les travaux de la conférence, en ce qu’il constitue «la pierre angulaire pour une organisation régionale ouverte pour toutes les associations et les instances exerçant dans le domaine».
Ce protocole a été signé par le Comité maghrébin de l’électricité (Comelec), l’Observatoire méditerranéen de l’énergie (OME), l’Association des gestionnaires des réseaux de transport de l’électricité méditerranéens (Med-Tso) et l’Association méditerranéenne des agences nationales de maîtrise de l’énergie (Medener).