Cinq membres du Conseil de la nation représentant la région du Sud ont adressé une correspondance au général de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, réclamant une intervention pour interdire l’exportation de produits alimentaires subventionnés via les postes frontaliers. Le fait est rare. Cette interpellation, comme si l’on avait jeté un pavé dans la mare, a provoqué une onde de choc, suscitant une grosse polémique.

Le gouvernement n’a pas réagi à cela. Mais, ce sont les douanes qui ont tenté, par la voix de leur direction générale, de mettre les choses au clair, affirmant que l’Exécutif n’a accordé aucune autorisation d’exportation des marchandises de produits alimentaires subventionnés de large consommation via les postes frontaliers du Sud.
L’administration douanière détaille : « Suite à la demande d’intervention formulée par des membres du Conseil de la nation concernant l’arrêt immédiat des opérations d’exportation autorisées de produits alimentaires de large consommation via les postes frontaliers du Sud, les douanes soulignent que le gouvernement actuel n’a accordé aucune autorisation d’exportation de ces marchandises. L’administration des douanes veille, conformément à la loi et aux instructions des hautes autorités du pays, à lutter contre toutes formes de contrebande pour protéger l’économie nationale ». Les douanes n’expliquent toutefois pas de quoi il en retourne ? Il ne s’agit vraisemblablement pas d’opérations classiques de contrebande et de fraude en matière douanière, d’autant plus que les cinq membres du Conseil de la nation affirment que ce qui se passe aux postes frontaliers des communes de Bordj Badji Mokhtar, Timiaouine et In Guezzam est dangereux du fait qu’il gangrène l’économie nationale, précisant que l’exportation des produits alimentaires de large consommation subventionnés par l’Etat, autorisés ou non autorisés, ronge l’économie nationale. La correspondance porte les signatures des sénateurs Khafi Akhmadou de la wilaya de Tamanrasset, Djedae Abdelkader (Ouargla), Benmebarak Salem (Adrar) ainsi que Boudjemaâ Zeffane et Tahar Ghazil (Tamanrasset). Le gouvernement que conduisait Abdelmadjid Tebboune, en 2017, avait évoqué ce dossier et installé une commission intersectorielle qui avait pour mission l’élaboration d’un rapport exhaustif sur le taux d’application du règlement régissant les opérations d’exportation des marchandises produites avec des matières premières subventionnées. Il voulait éviter des phénomènes de dumping commercial dont profitaient des opérateurs présents sur le marché africain de l’export.
Le dumping est une pratique qui consiste à vendre sur les marchés extérieurs à des prix inférieurs à ceux du marché national, ou même inférieurs au prix de revient. Cela est rendu possible par le fait que l’Etat subventionne la matière première qui entre dans la fabrication des produits exportés. Les agents de contrôle économique et de la répression de la fraude quantifient le phénomène ou l’ampleur de la fraude commerciale aux frontières. Ils avancent souvent des statistiques qui donnent le tournis. Des gens malintentionnées trempent ainsi dans des activités dommageables pour l’économie. Mais à quoi cela est-il dû ? Il faut dire que la libéralisation du commerce extérieur a fait de nos frontières une sorte de passoire, qu’elles sont devenues moins contrôlées. Et que le flux de marchandises y a fortement augmenté. Les contrevenants se moquant des agents de contrôle. Et rien ne semble pouvoir les arrêter.<