L’Institut français d’Alger accueille, depuis la soirée de lundi dernier, l’exposition photographique, intitulée « Poésies citadines – Photographier la rue en Algérie» de l’artiste-photographe Emeline Lauren. Cette exposition, qui se poursuivra jusqu’au 24 décembre prochain, propose une série de photographies, réalisée en 2019 dans les rues d’Alger, mais également, à Oran, Bou Saâda et Ghardaïa.

Emeline Laurens souligne dans la présentation de ses photographies que «photographier la rue en Algérie, c’est être funambule – se concentrer sur cette frontière ténue entre ce que dit l’espace public et tout ce qu’il dissimule, tout ce qu’il transforme», ajoutant que «la rue algérienne est un apprentissage. Elle devient, le temps d’une prise de vue, une réalité qui ne retentit, alors, que de nos propres profondeurs.» Elle explique également que «la rue vibre d’une poésie particulière. Il faut interroger les solitudes, les conversations, les pensées, les secrets que chaque image laisse transparaître. Regarder au-delà de ce que l’œil perçoit, imaginer un peu plus loin –
y voir des entrées, peut-être, vers autant d’intimités». Ainsi, il s’agit avant tout d’«observer les splendeurs intactes, les couleurs, ce fatras de lignes, les pelures orgueilleuses de peintures qui s’écaillent net, ces perspectives qui n’en finissent plus de mourir dans l’horizon maritime», écrit la photographe dans un texte explicatif accompagnant son exposition. C’est dans cet esprit poétique, d’aller au-delà des apparences pour interroger l’essence du monde qui nous entoure, en l’occurrence la beauté des murs décrépis qui ont tant de choses à raconter, les silhouettes furtives croisées au détour d’une ruelle, les visages au sillon marqué par le poids des années et d’autres aux sourire juvénile ou riant de l’éclat de l’insouciance de l’innocence, sont les pages du merveilleux livre proposé par l’artiste photographe dans une scénographie captivante. Tels des chapitres de ce recueil de poésie photographique, Emeline Lauren convie les visiteurs à le découvrir à travers cinq parties : Solitude, Conversation, Enfance, Héritages et Couleurs. Poétesse à travers son regard de photographe mais aussi dans ses écrits, Emeline Lauren accompagne chaque escale d’un texte inspirant où jaillissent toutes les émotions que lui inspirent ces instants fugaces qu’elle a réussi à captiver avec son appareil pour les rendre éternels. C’est dans cet esprit que dans la série des photos intitulées «Solitude», elle souligne que «parfois, le regard attrape l’effacement. Photographier pour capter la perception d’un instant enlisé, d’une immobilité fugace, de quelques fragments de vous-mêmes.

Deviner alors l’enchevêtrement des rives, l’effervescence des vies alentours, les interrogations miroitantes, l’imaginaire obstrue de trop de souvenirs et les chutes invisibles». Dans la série «Conversations», elle explique que l’image propose un lexique singulier pour deviner les liens. Parfois, la scène ainsi figée par le déclencheur devient sa propre didascalie – il faudrait imaginer les dialogues, l’intrigue qui se noue, les plans sur la comète, les après-négociations, le soupçon de l’ordinaire». Dans la même optique d’associer les photographies à des histoires à raconter, la série intitulée «Enfance» est, elle aussi, accompagnée d’un texte de l’artiste photographe qui souligne que «la vie devient un infini terrain de jeux, les lignes de la rue structurent I’instant de l’insouciance, comme pour en discerner les contours.» Par ailleurs, dans le chapitre «Heritages», elle estime que «la rue enseigne des traditions plusieurs fois séculaires et devient le lieu de la transmission -de coutumes, de saveurs, de secrets. Ce sont des visages, parfois tiers et conquérants, ou sillonnés par les années, empreints de nostalgie, de tendresse et d’espoir». Dans le chapitre «Couleurs» qui clôt ce recueil de poésies photographiques «Photographier la rue», c’est en faire le prisme d’une incessante surprise chromatique, s’entremêler d’une palette inattendue – celle des matins d’automne ou d’un ciel de l’intensité du bleu vient défier la raison. Et justement, c’est ce que fait tout la beauté de cette exposition, c’est que les normes esthétiques «raisonnables» sont occultées au profit des émotions et du regard qui vient du cœur. Une véritable déclaration d’amour à l’Algérie qui, au-delà des fissures des murs, des ruelles encombrées, de personnages populaires loin du chic apprêts, des enfants de la Casbah, en passant par les hommes de Ghardaïa, aux vieux retraités qui squattent les ruelles de la cité par dépit, dans chaque photo, Emeline Lauren a réussi à exprimer le beau dans ses instants magiques du quotidien, où un regard, un sourire, une silhouette sont l’essence même du merveilleux et des vibrations de la vie tout simplement.