L’exercice syndical connaîtra dans les prochains mois un nouvel encadrement. C’est ce qui ressort de la dernière réunion du Conseil des ministres tenue dimanche, durant laquelle le président Tebboune a instruit le gouvernement à l’effet de préparer un projet de loi-cadre relatif à l’exercice de l’action syndicale dans différents secteurs.

PAR NAZIM BRAHIMI
Une projection qui intervient alors que le front social s’agite avec l’annonce de grèves prévues dès aujourd’hui et demain, notamment dans les secteurs de l’Education nationale et de la Santé publique.
En effet, le secteur de l’éducation nationale connaîtra une grève hebdomadaire cyclique de deux jours à partir d’aujourd’hui 2 novembre, alors que trois syndicats de la santé – les chercheurs-hospitalo-universitaires (Snechu), les praticiens de la santé publique (Snpsp) et les paramédicaux (Sap) -, ont appelé à une journée nationale de protestation mercredi 3 novembre. Ce texte «régira les droits et obligations et défendra les intérêts des fonctionnaires et travailleurs, loin des tractations partisanes et politiciennes», a-t-on expliqué dans le communiqué rendu public à l’issue de cette réunion. La sémantique et le ton utilisés ne révèlent pas moins une «insatisfaction» de l’encadrement en vigueur, comme peuvent le suggérer les termes mis en évidence tels «les droits», «les obligations», «les intérêts» des travailleurs.
Le communiqué, par ailleurs, pointe du doigt ce qui est considéré comme «des tractations partisanes et politiciennes», ce que n’apprécient pas, et sans l’ombre d’un doute, les animateurs du champ syndical, mais qui laisse prévoir un nouvel encadrement de l’action syndicale avec plus de coercition.
Du côté du ministère du Travail, c’est un avant-projet de loi visant la «consolidation» des libertés syndicales et de «promouvoir» le dialogue social, selon ce qu’a annoncé, il y a quelques mois, un responsable de ce département. Il avait fait état d’un projet de révision de la loi 90-14 du 2 juin 1990 relative aux modalités d’exercice du droit syndical.
Le texte vise à introduire des facilitations en matière de conditions de création de fédération, d’union et de confédération syndicales en sus du renforcement de la protection des délégués syndicaux au sein des milieux professionnels, a expliqué le directeur des relations du travail au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Rabah Mekhazni. Il a été procédé, dans le cadre de la révision de cette loi, à la consultation d’organisations des travailleurs et de patronats ainsi que tous les départements ministériels concernés et la prise en considération des remarques des experts de l’Organisation internationale du travail (OIT) en termes d’exercice du droit syndical, a précisé le même responsable. Ce dernier a, également, souligné que les libertés syndicales en Algérie «sont consacrées dans la législation nationale et encadrées par la loi 90-14 relative aux modalités d’exercice du droit syndical qui se base sur les conventions de l’OIT ratifiées par l’Algérie, notamment la convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical».
De son côté, la Confédération des syndicats autonomes (CSA), composée d’une dizaine d’entités syndicales, a reproché au Gouvernement ce qu’elle a qualifié de «verrouillage du champ syndical», et qui met l’Algérie dans une «mauvaise posture vu que de nombreux pays dans notre voisinage immédiat ont dépassé ce calcul pour compter plus d’une centrale syndicale». Pour une des voix de la CSA, l’Algérie «gagnerait à asseoir un pluralisme syndical», estimant que «la classe ouvrière a beaucoup souffert d’un syndicalisme bureaucratique et d’accompagnement des politiques des gouvernements successifs», allusion à la centrale syndicale et ses positions qui «ne sont pas en phase avec les attentes des travailleurs». <