En ces temps qui appellent à la mobilisation de tous les Algériens pour surmonter la crise sanitaire et inverser la tendance en matière de croissance et d’emploi, l’Assemblée populaire nationale a montré, mardi et hier mercredi, un comportement inverse de ce qui est attendu de cette institution de contrôle de l’action du gouvernement.

A la présentation du projet de loi de finances 2021, un texte fondamental qui traduit l’orientation de la vie économique et sociale du pays et qui comporte des dispositions qui impactent le pouvoir d’achat des Algériens, la grande majorité de la chambre basse était aux abonnés absents. Un absentéisme qui pourrait être interprété comme un désintérêt à l’égard de la chose publique et des actions du gouvernement Djerad. En fin de mandat, à la faveur d’un règlement intérieur toujours laxiste, la plupart des députés ne se sont pas sentis obligés de faire acte de présence, encouragés par un contexte politique caractérisé par des perspectives sombres à très court terme, maladie du chef de l’Etat, aggravation de la crise sanitaire et inertie de nombreux partis politiques face à la crise sanitaire et économique, attentisme lié à l’adoption de la nouvelle Constitution et aux échéances politiques, législatives et élections locales au cours sans doute du premier semestre 2021.
Cette conjoncture défavorable a déteint sur l’activité de la Commission finances de l’APN. Dans son rapport préliminaire, notons seulement trois véritables amendements de fond seulement, le gros travail effectué portant surtout sur la forme. La commission finances n’a pas manqué dans son rapport d’émettre une série de recommandations au gouvernement Djerad qui résument ses préoccupations et dont certaines s’avèrent pertinentes. Il se pourrait cependant que cette commission introduise d’autres amendements. Il ressort du rapport de cette commission, rapportant les données issues des auditions des ministres, que les quantités d’hydrocarbures exportées seront en hausse de 9,9% par rapport aux projections de la LFC 2020. Les réserves de change seront elles aussi en augmentation, contre toute attente, durant la période 2021/23 : 46,84 milliards de dollars en 2021, 47,53 milliards de dollars en 2022 et 50,02 milliards de dollars en 2023. Le gouvernement Djerad est donc très optimiste sur l’évolution des réserves de change pendant cette période contrairement au scepticisme des experts. Il sera le résultat de l’excédent de la balance commerciale, notamment suivant les prévisions du gouvernement. La commission finances s’est félicitée de la clôture de 38 comptes d’affectation spéciale dans le projet de loi de finances 2021, ce qui évitera le gel de dotations budgétaires, selon cette dernière. Elle a souligné l’importance du plafonnement des dépenses budgétaires durant la période. Parmi ses recommandations au gouvernement, l’extinction du marché parallèle de la devise et l’installation de bureaux de change, la poursuite des efforts en matière de numérisation de l’administration fiscale, de mesures pour maîtriser l’inflation, la levée du gel des projets vitaux, la révision des salaires des éboueurs en première ligne pendant la pandémie à travers une prime de risque, la mise en œuvre de mécanismes pour améliorer le recouvrement fiscal et douanier et la lutte contre l’évasion fiscale. La commission s’est également félicitée de l’orientation de ce projet vers l’objectif retour à la croissance en 2021 pour atténuer les effets de la Covid-19 et de la chute des prix du pétrole en 2020, avec ses implications négatives sur les entreprises et l’emploi durant l’année en cours. Elle s’est félicitée également de la poursuite du soutien de l’Etat aux larges franges sociales dans les domaines de la santé, l’éducation et la protection du pouvoir d’achat.
A noter que le projet de loi de finances sera adopté le 17 novembre par l’APN après un examen hyper accéléré, deux jours seulement de débats avec l’intervention de 105 députés. n