Déjà en mauvaise posture en temps normal, une grande partie des entreprises algériennes, tous secteurs et branches confondus, n’en finissent pas de subir les contrecoups de la crise sanitaire. Leur état est inquiétant et les mesures prises par les pouvoirs publics pour soutenir le tissu économique du pays, que forment ces entreprises, sont considérées comme insuffisantes par la Commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN), dont les membres demandent plus d’efforts en ce sens.
Ces derniers ont saisi l’occasion de la présentation, lundi, du projet de Loi de finances 2021 pour le signifier au gouvernement. Ils l’ont fait après avoir relevé que le nouveau texte « ne prévoit pas d’affectation de ressources financières pour la prise en charge des entreprises qui ont enregistré une baisse accrue de leurs activités allant jusqu’à la fermeture de certaines filiales ».
Dans le même ordre d’idée, l’un de ces membres a affirmé que les entités économiques algériennes « souffrent en silence et plusieurs risquent la faillite », considérant que l’objectif stratégique de relancer l’économie nationale, mentionné dans le PLF pour l’année prochaine, ne saurait aboutir sans soutien financier urgent aux entreprises affectées par la crise.
Un autre membre de la même commission n’a pas manqué, pour sa part, de s’interroger sur l’utilité des mesures incitatives fiscales et douanières et les avantages contenus dans le PLF 2021 au profit des start-ups alors que « l’ensemble du tissu économique souffre et nécessite une aide », a-t-il fait remarquer.
Le «Rapport d’évaluation des incidences socio-économiques de la pandémie de la Covid-19» rendu public par le gouvernement en mi-août dernier donnait à apprécier l’ampleur des dégâts causés par la crise sanitaire aux entreprises nationales, publiques et privées, faut-il le préciser.
Se basant sur un échantillon de 3 360 entreprises employant 440 000 personnes, et dont les secteurs d’activité n’ont pas été totalement fermés, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale a livré un constat alarmant des retombées multidimensionnelles de la pandémie sur l’environnement socio-économique du pays. Pour preuve chiffrée, ce sont 2 199 entités, soit 60% des entreprises recensées, qui ont dû procéder à la réduction de leurs activités. Celles-ci emploient 332 932 personnes, soit 76% des effectifs globaux servant d’échantillon pour le ministère enquêteur qui relève, également, une fermeture temporaire ayant touché 756 entreprises employant 52 367 personnes, alors qu’une fermeture totale a touché 38 entreprises comptant un total de 4 264 employés.
En somme, ce sont seulement 4% des entreprises servant d’échantillon qui ont maintenu leur activité en l’état, soit 162 entités seulement, employant tout juste 160 609 personnes, précise la même source. Ajoutant, qu’outre la réduction des activités et la perte de l’emploi, le marché du travail a subi les effets négatifs des mesures sanitaires, dont le gel des recrutements, le non-renouvellement de CDD (Contrat à durée déterminée) ou encore la compression des effectifs.
Mais, pire que ce qui s’est passé chez les 4 000 entreprises enquêtées par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, les entreprises activant dans les secteurs mis à l’arrêt total par le confinement ont essuyé le plus dur des revers. Sur ce registre, les secteurs du transport et du tourisme sont cités en tête des victimes. A commencer par Air Algérie qui a perdu 16,31 milliards de dinars au 30 avril, c’est-à-dire moins de deux mois après la décision des hautes autorités du pays de suspendre les vols de la compagnie nationale de navigation. Autrement dit, la situation financière de cette entreprise s’est encore aggravée depuis, et les pertes de 41 milliards de dinars à la fin de 2020 sont en train de devenir une réalité inévitable.
De son côté, la Société nationale des chemins de fer (SNCF) évalue ses pertes à 288 millions de dinars dans le domaine du transport de passagers et à 72 millions de dinars dans le transport de marchandises. L’Entreprise nationale de transport routier de voyageurs a, à son tour, enregistré une perte de 1,32 milliard de dinars à fin avril dernier, alors que le transport maritime de voyageurs affiche une perte de 792,84 millions de dinars à fin mai en raison de la suspension de la navigation de tous les moyens de transport maritime de passagers. Concernant le transport de conteneurs et de marchandises, une perte de 156 millions de dinars a été enregistrée. Le groupe Serport a enregistré quant à lui des pertes en chiffres d’affaires de 37,198 millions de dinars. Les entreprises de transport privées n’ont pas été, elles non plus épargnées par l’impact de la Covid-19. Bien au contraire, elles ont été frappées de plein fouet par les mesures sanitaires, d’autant que celles-ci ont été conjuguées à la vulnérabilité de ces entreprises dont le moteur a cessé de tourner pour quasiment tous les intervenants.
Dans le secteur du tourisme et de l’hôtellerie, c’est carrément un état de coma qui a été provoqué par la pandémie. En ce sens, à fin avril, le manque à gagner des hôtels et agences de voyages était estimé à 81,9 milliards de dinars, celui du Groupe hôtelier, tourisme et thermalisme à 81,19 milliards DA, contre 0,02628 MDA pour l’Office national du tourisme et 0,09464 pour l’Agence nationale du développement du tourisme.
Des membres de la commission se sont étonnés de la réduction du budget de certains secteurs comme le Tourisme et l’Agriculture qui, pourtant, occupent une place importante dans le plan gouvernemental visant à trouver des alternatives aux hydrocarbures.
Outre la recommandation ayant trait au renforcement des mesures prises par l’Etat au profit des entreprises mises en danger par la Covid-19, les intervenants à l’APN ont insisté sur l’impérative maîtrise des dépenses budgétaires durant les prochaines années, s’interrogeant sur la méthode de financement du déficit prévu qui se creusera à taux relativement élevés d’ici fin 2020 et ultérieurement.
C’est dire combien l’optimisme affiché par les pouvoirs publics à travers le PLFC a été pris avec des pincettes au niveau de la Commission des finances et du budget de l’APN, et dont certains membres ont également rejeté le recours systématique aux augmentations des taxes et impôts et la création de certaines autres, à l’instar de celle relative au carburant applicable aux frontières pour les véhicules et camions quittant le territoire national. n