L’Assemblée, qui avait voté dans la précipitation les deux précédents projets de loi controversés, à savoir la loi de finances 2020 et la nouvelle loi sur les hydrocarbures, était appelée à rééditer le même scénario avec le Projet de loi de finances complémentaire 2020. Les députés, qui débattaient, hier, en plénière, ledit projet de loi, dénonçaient les uns après les autres une tentative d’un passage en force de l’Exécutif, en violation des procédures en matière d’examen des projets de lois. Prévus initialement du 31 mai au 4 juin, les débats du Projet de loi de finances 2020 ont été avancés et reprogrammées pour les 26 et 27 mai, tandis que le vote dudit projet est prévu le 31 du mois en cours. Pour de nombreux députés rencontrés hier dans l’Hémicycle, cette reprogrammation témoigne bon gré, mal gré d’une volonté de passage en force, voire d’une opération de pression sur l’Assemblée, à l’heure où celle-ci emprunte le chemin procédural prévu pour l’examen des projets de lois transmis par le gouvernement. El Houari Tigharsi, membre de la Commission des finances et du budget de l’APN, n’a pas mâché ses mots lors de son intervention, accusant ouvertement le président de l’Assemblée d’avoir reprogrammé, de manière unilatérale et sans consultation des membres de ladite commission, les séances des débats et du vote du Projet de loi de finances complémentaire 2020. Plus grave, selon le député, les amendements, une douzaine environ, ont été tous extirpés du rapport préliminaire de la Commission des finances et du budget, rendant ce dernier sans âme et sans matière organique, alors qu’il dénonçait une forte pression fiscale sur les petites et moyennes bourses. D’autres députés, à l’image de Lakhdar Benkhellaf de l’Union Nahda-Adala-Bina, ont accusé Slimane Chenine, le président de l’Assemblée populaire nationale, d’avoir privé les parlementaires du temps nécessaire à la lecture et l’examen du projet de loi soumis à débats. C’est dire à quel point la colère contre le président de l’APN était vive, hier, lors des débats sur le Projet de loi de finances 2020, se trouvant ainsi au centre d’une polémique invoquant une violation des procédures en vigueur pour de telles situations. Des tirs nourris étaient ainsi adressés contre Slimane Chenine, réduisant la séance d’hier à une partie de ping-pong et le PLFC à un sujet secondaire, tant il est vrai que les violations des procédures en matière d’examen, de débats et de vote des projets de lois, constatées depuis l’arrivée du PLFC au bureau de l’APN, éclipsaient le reste des enjeux que posait ledit texte. Selon El Houari Tigharsi, membre de la Commission des finances et du budget, la commission devait auditionner une dizaine de ministres dans le cadre de l’examen du PLFC, laquelle opération était rendue irréalisable à la suite de la reprogrammation des dates des débats et du vote du projet de loi de finances 2020. Selon le même député, les membres de la commission n’étaient informés de la reprogrammation du PLFC que par les articles de presse, accusant le président de l’APN de faire cavalier seul, ne se souciant point de la réglementation. Une séquence qui rappelle bien d’autres, dont la dernière en date concernait le traitement expéditif réservé à la dernière loi de finances 2020 et, plus particulièrement, à la nouvelle loi sur les hydrocarbures, déterrée, examinée et validée en un temps record, portant ainsi un coup à la crédibilité de l’Assemblée. <