Faites le test. Demandez à un touriste algérien de partager avec vous ses images de Tunisie. Il y a toutes les chances qu’il vous parle de Hammamet et Sousse. Peut-être élargira-t-il son tour d’horizon à Sfax. En revanche, il est peu probable qu’il cite l’île de Djerba. L’île a été l’objet de toutes les convoitises la semaine dernière lors d’une caravane médiatique organisée par l’agence de voyage Arij Travel en collaboration avec l’agence tunisienne New Sun Travel ainsi que l’Office du tourisme tunisien pour la promotion de la destination « Djerba ». Reportage.


La Tunisie est l’une des destinations les plus prisées par les Maghrébins, notamment les Algériens qui préfèrent passer leurs vacances dans le pays voisin pour plusieurs facteurs. Entrée sans visa, proximité, substrat culturel et liens historiques très forts. Cependant, les destinations prisées par les Algériens sont évidemment Hammamet et Sousse. Djerba reste en dernière place du podium des Algériens. La cause. La distance et surtout les prix pratiqués dans les hôtels de l’île « paradisiaque ». L’île offre aux Algériens des réductions allant jusqu’à 30%. Des dizaines d’agences de voyages algériennes proposent la destination « Djerba » sans toutefois réussir à attirer la clientèle souhaitée malgré les réductions offertes par rapport à la qualité du séjour.

Djerba… la douce

Pour sa « fiche technique »,  Djerba land est une grande île située juste au large de la côte nord-est de l’Afrique, dans le sud-est de la Tunisie, près de la frontière libyenne. Située sur le golfe de Gabès, l’île est célèbre pour l’éclectisme de ses résidents et de ses touristes, ses magnifiques plages et ses villages pittoresques caractérisés par les typiques maisons carrées, blanchies à la chaux. Houmt Souq est l’unique grande ville, avec ses marchés plein d’effervescence et ses terrasses de café animées. Djerba, dont on pense qu’elle a inspiré l’Odyssée d’Homère, possède un château de pirates et des mosquées aux allures de forteresse. Accessible depuis le sud de la Tunisie, une route, à l’origine construite par les Romains, relie l’île au continent.
Sa capitale, Houmt Souk, est localisée à 108 km à l’est de Gabès, 326 km à l’est de Tozeur, 245 km au sud de Sfax, 372 km au sud de Sousse, 513 km au sud de Tunis. Les routes d’accès existent de deux façons. Par route ou par mer. En marge de la caravane médiatique, on a eu l’occasion de découvrir cette magnifique île. Ses atouts et surtout ses caractéristiques.   
« Ces territoires hors des sentiers battus peuvent intéresser les touristes algériens, ceux qui ne sont pas habitués aux vacances en Tunisie », souligne l’organisateur et directeur de l’agence Arij, Mohamed Amine Triki.  
Continuant sa plaidoirie, l’interlocuteur dira que « désormais, les tours-operators algériens devront se prendre en charge afin de promouvoir la destination de leur clientèle. Non pas parce qu’ils remettent en cause leurs partenaires étrangers, avec lesquels ils développent une relation de « gagnant-gagnant », mais ils doivent, selon la donne touristique en vogue, se déplacer, vivre et toucher le produit afin de mieux le vendre, mais surtout garantir une qualité de prestations de services telle qu’exigée par des Algériens de plus en plus méfiants ».

Le prix… meilleur argument

Pour l’un des responsables de l’Office national tunisien du tourisme, rencontré en marge de l’événement,  l’enjeu est crucial pour la Tunisie, vu que 7% du produit intérieur brut (PIB) est directement généré par le secteur du tourisme, durement affecté par les attentats de 2015. Il souligne que « les recettes du secteur ont chuté d’un tiers l’an dernier, le nombre de visiteurs européens plongeant de plus de la moitié ».
Et pour attirer les Algériens, de grands efforts sont fournis au niveau de la tarification ainsi que dans la diversification des produits jusqu’à proposer aux touristes algériens des réductions allant jusqu’à 30%. » Il dira qu’un séjour de 10 jours en all inclusive devrait coûter pas moins de 60 000 DA par personne. Une somme abordable, selon lui.

Des hôtels  à la pelle
Il faut dire que Djerba est gratifiée de plusieurs hôtels luxueux, de clubs et structures de loisirs. Son infrastructure hôtelière est appréciée pour sa performance : elle est devenue le pôle touristique le plus important du sud de la Tunisie qui continue de séduire par ses vergers, ses sites archéologiques, ses monuments et son architecture traditionnelle. Elle possède 135 hôtels dont 85 résidences familiales et pas moins de 23 restaurants.  
Djerba dispose d’une large gamme d’établissements hôteliers comptant parmi les meilleurs dans le continent africain, en termes de qualité de prestations et de capacité d’accueil. La plupart des hôtels sont classés deux, trois et quatre étoiles, mais la ville possède aussi un nombre non négligeable d’établissements de luxe classés cinq étoiles.
Cependant, le taux d’occupation annuel moyen est décroissant des hôtels les mieux classés aux hôtels non classés. La raison de ce phénomène s’explique par le contraste entre la régularité de la clientèle riche et la fluctuation de la clientèle de masse, aléatoire selon la période de l’année et les choix des voyagistes.

Djerba Explore, Crocodile Land…

Le Parc Djerba Explore est au cœur de la zone touristique de Midoun, au pied du phare de Taguermess. D’accès facile et rapide, il se situe à moins de dix minutes des principaux hôtels de l’île de Djerba et à une vingtaine de kilomètres de l’aéroport et de la ville de Houmt Souk. Pour le plan du parc,  Djerba Explore se découpe en cinq modules : le village avec ses rues et places, où vous pourrez accéder librement et profiter des nombreux espaces de détente et loisirs grâce aux nombreuses boutiques, aux trois cafés et trois restaurants. Les trois modules suivants sont les espaces de visite payant avec le Lalla Hadria Museum, l’héritage et la ferme aux crocodiles. Enfin, un cinquième module développé à l’écart comprenant un hôtel organisé comme une résidence de charme.
En visitant le parc, on peut découvrir  les 400 crocodiles les plus emblématiques présents dans la nature. Malgré leur ressemblance, ils se caractérisent par leurs différences. Ce parc nature et loisirs est avant tout récréatif et éducatif. Il nous permet d’observer les crocodiles à tous les stades de leur croissance. On les voit se lézarder au soleil ou patauger pour se rafraîchir dans la serre tropicale.

Houmt Souk…  un voyage à travers le temps

Djerba, c’est aussi la découverte d’une richesse patrimoniale inédite formée de nombreux sites et monuments remarquables tels que les sites archéologiques romains, la synagogue antique de Griba, les marchés couverts ou encore la forteresse des mosquées. Au cours de notre périple dans cette ville, un tour s’imposait évidement  à Houmt Souk. Situé au nord de l’île, ce quartier invite à la flânerie. On peut y découvrir le centre piéton avec ses belles demeures du début du siècle et ses ruelles fraîches, ses souks et ses places ornées de bougainvilliers. On peut aussi se promener autour du fort Ghazi-Mustapha, construit au XVe siècle, en belle pierre ocre. L’artisanat textile y est florissant. Il consiste essentiellement dans le tissage de couvertures en laine, dont les techniques remontent à l’époque d’Hannibal.

Le vivre-ensemble…

A Djerba, juifs et musulmans cohabitent « depuis toujours ». Cent mille juifs vivaient à Djerba avant l’indépendance de la Tunisie. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 1 500 qui essayent de maintenir de bonnes relations avec leurs voisins musulmans.
Une autre particularité, connue par plusieurs et qui nous a été rappelé par quelques insulaires : la grande honnêteté des juifs insulaires dans le commerce et les rapports de confiance qu’ils ont réussi à établir avec leurs clients. « Il n’est pas rare de voir un bijoutier juif vous louer des parures en or de dizaines de milliers de dinars, sans garantie aucune », nous dira l’un des commerçants du Souk. Est-ce typique de l’île et du sud tunisien tout court où est-ce typique à cette communauté ? Pour ceux qui connaissent la Tunisie et sa générosité, notamment celle du Sud, la réponse est connue. Juif ou Musulman, être du Sud, c’est être généreux et être de Djerba, c’est être un bon commerçant généreux.

6329 algériens « seulement »  
ont visité Djerba en 2016
L’île de Djerba mérite toute l’attention et les autorités tunisiennes l’ont bien compris. L’année passée, l’île a accueilli 637 956 touristes, soit une baisse de 3,1% par rapport à 2015 (658 312). Le nombre d’Algériens qui se sont rendus dans l’île en 2016 est de 6 329 enregistrant une augmentation significative estimée à plus de 44% par rapport à 2015 (4367). 0.5% des Algériens qui se sont rendus en terre tunisienne en 2016 ont visité Djerba, un chiffre que les autorités tunisiennes veulent augmenter. La durée moyenne de leur séjour est passée de 3,7 en 2015 à 3,8 en 2016, selon le directeur de l’ONTT (Djerba).

Les Algériens et les Russes limitent les dégâts en 2016

Le tourisme tunisien, en crise depuis une série d’attentats djihadistes, a limité les dégâts en 2016 avec près de six millions de visiteurs grâce aux marchés russe et algérien, a affirmé à l’AFP le directeur de l’Office national du tourisme (ONTT), Abdellatif Hmam.
Alors que l’industrie touristique a représenté jusqu’à près de 10% du PIB, cette part est désormais inférieure à 7%, selon des statistiques officielles.
2016 a toutefois été « une première année sur le chemin du retour à la normalité. (…) Nous avons dépassé 5,7 millions de touristes », contre 5,3 millions en 2015, a dit M. Hmam.
D’après lui, cette timide reprise s’explique principalement par les « performances » des marchés russe (623 000 visiteurs) et algérien (1,8 million).
Pour la saison 2017, il se dit malgré tout confiant pour le secteur, à la faveur d’un rétablissement de la sécurité.
« Le risque zéro n’existe pas mais ce que la Tunisie peut dire aujourd’hui, c’est que nous vous assurons de mettre la vigilance à 100% », a-t-il avancé.