Par Julien GIRAULT
Depuis hier, les médias russes RT et Sputnik sont interdis de diffusion en Europe après la décision prise mardi par la Commission européenne. Les Vingt-sept ont approuvé mardi l’interdiction des contenus multimédias de Sputnik et les déclinaisons en anglais, allemand, français et espagnol de la chaîne Russia Today (RT) sur les réseaux de télévision ainsi que sur internet sur le Vieux Continent. «Nous allons interdire la machine médiatique du Kremlin. RT et Sputnik, ainsi que leurs filiales, ne pourront plus diffuser leurs mensonges pour justifier la guerre de Poutine et pour semer la division dans notre Union», avait déclaré dimanche la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
«Une censure»
Ces deux entreprises «ne sont pas des médias classiques mais des outils de désinformation», massivement financés par le Kremlin, a justifié un responsable européen, précisant que cette interdiction restera en place «jusqu’à la fin de l’agression russe de l’Ukraine». Cette sanction vise «un vaste éventail de canaux de diffusion» mais pas les journalistes eux-mêmes, «les professionnels des médias concernées pouvant poursuivre leurs activités» pour des diffusions hors d’Europe, a-t-il tenu à préciser. La présidente de RT France, Xenia Fedorova, avait vivement réagi dimanche à l’annonce de la Commission, dénonçant «une censure» et une atteinte «aux principes mêmes de la liberté d’expression». RT France (176 salariés dont 100 journalistes) avait indiqué vouloir saisir la justice. «Nous nous appuyons sur de solides bases juridiques (…) et nous défendrons notre décision devant les tribunaux» européens, a assuré une source européenne tout en admettant que des représailles contre des médias européens en Russie étaient «une possibilité». Chaque Etat membre, via son autorité de régulation des médias et ses opérateurs télécoms, sera chargé de faire respecter cette interdiction et d’infliger le cas échéant des sanctions «proportionnées et dissuasives». «Cette sanction est certes une restriction à la liberté d’expression et d’entreprendre mais un équilibre devait être trouvé entre ces droits et la nécessité de contrer des activités de désinformation» qui contribuent à l’offensive russe contre l’Ukraine, a fait valoir un autre responsable européen. interdictions en chaîne pour les médias russes Après Facebook lundi, c’était au tour de YouTube de bloquer mardi en Europe les médias russes RT et Sputnik, accusés de désinformation sur la guerre en Ukraine. . «Nous bloquons les chaînes YouTube de RT et Sputnik dans toute l’Europe, avec effet immédiat», a annoncé dans un communiqué YouTube, filiale du géant américain Google. Lundi, les réseaux sociaux Facebook et Instagram (groupe Meta) avaient déjà décidé de bloquer, dans les pays de l’Union européenne, les contenus publiés par la chaîne RT (ex-Russia Today) et le site Sputnik, tous deux considérés comme des émanations du pouvoir russe. «Nous avons reçu des demandes de plusieurs gouvernements et de l’Union européenne de prendre des mesures supplémentaires concernant des médias contrôlés par l’Etat russe», avait écrit Nick Clegg, vice-président de Meta, sur son compte Twitter. Il avait justifié la suspension par «la nature exceptionnelle de la situation». Dans un communiqué, le régulateur russe des médias Roskomnadzor a dit avoir envoyé mardi à Meta «une lettre demandant la levée immédiate de la restriction de l’accès aux comptes officiels de RT et Sputnik sur les réseaux sociaux Facebook et Instagram imposée en Europe et d’(en) expliquer les raisons». «Les actes des sociétés d’informatique américaines concernant ces médias russes violent les principes fondamentaux de la libre circulation de l’information et son accès sans entrave», a protesté Roskomnadzor. Le bannissement des deux médias russes, «quel que soit leur canal de distribution», va être décidé «dès aujourd’hui» (mardi), avait déclaré sur la radio française RTL le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton. Selon lui, «il s’agit d’interdire dans toute l’Union européenne la machine médiatique du Kremlin». «L’ensemble des Etats membres va s’en saisir dès ce matin et la décision, dès qu’elle sera prise, sera applicable», a-t-il poursuivi. Le flou demeure toutefois sur le mécanisme juridique d’une interdiction de la diffusion télévisée de RT. «La question que je me pose, c’est comment une décision prise à l’échelle européenne peut s’appliquer dans le droit national de chaque Etat membre», a déclaré à l’AFP le chercheur Maxime Audinet, auteur du livre «Russia Today (RT): un média d’influence au service de l’État russe» (INA éditions). «On est sous le régime des sanctions, c’est sous ce régime-là que nous mettrons en oeuvre cette interdiction», a quant à lui affirmé M. Breton, en laissant entendre qu’il n’y avait pas d’obstacle juridique. La France est le seul Etat membre de l’UE à accueillir sur son sol une filiale de RT (son siège est à Boulogne-Billancourt, près de Paris) et à lui avoir accordé une licence de diffusion. Pour les autres Etats membres, les chaînes RT anglaise ou espagnole sont basées à Moscou et par conséquent soumises au régulateur russe s’agissant de leurs contenus. En Allemagne, RT en allemand a été suspendue fin 2021: cette chaîne s’appuyait sur une licence serbe pour sa diffusion, ce que le régulateur allemand des médias a contesté. Après l’annonce de YouTube mardi matin, les chaînes YouTube de RT et Sputnik n’étaient plus consultables dans l’UE, et remplacées par la mention «Cette chaîne n’est pas disponible dans votre pays». Dans l’après-midi, RT France a annoncé que l’accès à son canal sur la messagerie Telegram avait été rendu «largement inaccessible sur le territoire français» «La chaîne Telegram reste disponible», a en revanche indiqué
sur son site l’émanation française de Sputnik. (Source AFP)