Plus de 8.000 Éthiopiens se sont réfugiés en 48 heures dans l’est du Soudan, fuyant les combats dans la région dissidente du Tigré, ont indiqué des responsables gouvernementaux cités mercredi par l’agence Suna.

L’agence officielle a indiqué que 6.000 Éthiopiens étaient arrivés dans l’État fédéral de Gedaref et 1.100 dans celui de Kassala. Mardi, des responsables de ces deux régions orientales du Soudan avaient fait état de l’arrivée de 1.500 réfugiés. Face à l’urgence, dans l’État de Gedaderf, les agriculteurs ont commencé à collecter de la nourriture et à proposer des abris aux arrivants, indique une source gouvernementale cité par Suna, selon laquelle jusqu’à 200.000 Ethiopiens pourraient se réfugier au Soudan. Le Tigré est une région dissidente du nord de l’Ethiopie où Addis Abeba mène depuis le 4 novembre une opération militaire d’envergure. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, prix Nobel de la Paix 2019, a lancé cette opération contre les autorités du Tigré, qu’il avait accusées préalablement d’avoir attaqué deux bases de l’armée fédérale sur leur territoire, ce qu’elles démentent. Se disant «inquiet de l’impact du conflit en cours», le porte-parole du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), Babar Baloch, a également fait état mardi de la présence de «plusieurs centaines de demandeurs d’asile» à deux postes-frontières de la zone. L’aviation éthiopienne a lancé plusieurs séries de raids sur des positions tigréennes tandis qu’au sol, des combats impliquant de l’artillerie lourde ont été rapportés entre les troupes fédérales et les forces de sécurité tigréennes, notamment à l’ouest. L’Union africaine (UA) a réclamé mardi la fin des hostilités dans la région du Tigré, où les combats poussent des milliers d’habitants à fuir vers le Soudan. A la tête de la région, le Front de libération des peuples du Tigré (TPLF), qui fut tout-puissant durant les presque 30 ans qu’il a passés aux commandes des institutions politiques et sécuritaires en Ethiopie, défie depuis plusieurs mois l’autorité du gouvernement fédéral de M. Abiy. Les dirigeants de la région du Tigré l’accusent de les avoir progressivement écartés du pouvoir depuis qu’il est devenu Premier ministre en 2018.

Arrestation de 17 officiers accusés de trahison au profit du Tigré
Dix-sept officiers éthiopiens ont été arrêtés, accusés de «trahison» au profit des forces de la région dissidente du Tigré (Nord), contre laquelle le gouvernement fédéral a lancé le 4 novembre une opération militaire, rapporte la radio-télévision Fana BC, affiliée au pouvoir. «Dix-sept officiers de l’armée ont été arrêtés pour avoir créé un terrain propice à une attaque de la junte» au pouvoir au Tigré «contre les forces de défense nationale», écrit Fana BC sur son site internet, citant la police. Cette dernière ne lie pas explicitement ces arrestations aux attaques que le gouvernement fédéral accuse les forces du Front de libération des peuples du Tigré (TPLF), parti au pouvoir au Tigré, d’avoir menées contre deux bases du Commandement Nord de l’armée dans la région pour justifier son intervention militaire. Mais elle indique que ces militaires sont accusés «d’avoir coupé les réseaux de communication entre le Commandement Nord et le Commandement central» de l’armée, «un acte de trahison», selon Fana BC. «Ils ont rejoint le complot du TPLF en exposant les forces armées (fédérales) à une attaque», poursuit la police. Selon Fana BC, l’un des officiers arrêtés est le général Gebremedihn Fekadu, chef du département des communications des forces armées éthiopiennes, «pris en flagrant délit alors qu’il tentait d’envoyer au TPLF 11 boîtes chargées d’explosifs et de composants de projectiles». Dans le même temps, Daniel Bekele, directeur de la Commission éthiopienne des droits de l’Homme (EHRC), institution publique indépendante, s’est inquiété sur Twitter de l’arrestation de six journalistes, sans donner préciser la date ou les motifs de celle-ci. Parmi eux figurent Medihane Ekubamichae, du journal indépendant Addis Standard, et Bekalu Alamrew, du media en ligne Awlo Media Center. Dans un communiqué, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) voit dans l’arrestation de M. Bekalu et d’autres journalistes «un retour en arrière dangereux par rapport aux mesures initialement prises par le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed pour améliorer la liberté de la presse». Le TPLF, tout-puissant durant les presque 30 ans qu’il passa aux commandes des institutions politiques et sécuritaires en Ethiopie, défie depuis plusieurs mois l’autorité du gouvernement fédéral. Ses dirigeants accusent M. Abiy de les avoir progressivement écartés du pouvoir depuis qu’il est devenu Premier ministre en 2018 et ont organisé en septembre des élections régionales considérées comme illégitimes par Addis Abeba.
Prix Nobel de la paix 2019, M. Abiy a assuré mardi que les opérations militaires au Tigré étaient sur le point d’aboutir, soulignant que leurs objectifs étaient notamment de désarmer les forces des autorités régionales et de rétablir «une autorité légitime dans la région». (AFP)