Ces initiatives de paix restent sans résultat pour l’instant. Le chef des Nations unies, Antonio Guterres, appelle à l’ouverture de corridors humanitaires.

L’Union africaine a désigné trois anciens présidents comme envoyés spéciaux en Ethiopie pour tenter une médiation entre les parties en conflit, a annoncé vendredi soir le chef de l’Etat sud-africain Cyril Ramaphosa, qui assure actuellement la présidence tournante de l’UA. Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, Ellen Johnson-Sirleaf, ancienne présidente du Liberia, et Kgalema Motlanthe, ex président d’Afrique du Sud, ont ainsi été nommés, a annoncé M. Ramaphosa dans un communiqué, exprimant son «désir profond de mettre fin au conflit grâce au dialogue entre les parties». Ils voyageront en Ethiopie pour «créer les conditions d’un dialogue national ouvert pour régler les questions ayant mené au conflit», a-t-il ajouté, sans préciser de calendrier. La désignation de ces envoyés spéciaux vise à «aider le peuple fraternel d’Ethiopie à trouver une solution aux problèmes actuels, dans un esprit de solidarité, guidés par le dictum de +solutions africaines à des problèmes africains», a-t-il ajouté.
Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé vendredi «l’ouverture de couloirs humanitaires» pour venir en aide à la population prise au piège des combats dans la région éthiopienne du Tigré. «Nous sommes particulièrement préoccupés par la situation en Ethiopie» et «l’impact humanitaire dramatique» qui en découle, y compris au Soudan, a-t-il dit à des médias à New York. «Nous faisons tout ce que nous pouvons pour mobiliser un soutien humanitaire aux réfugiés qui sont déjà au Soudan», a poursuivi Antonio Guterres. «Nous avons demandé un plein respect du droit international, l’ouverture de couloirs humanitaires et les trêves qui pourraient être nécessaires pour que l’aide humanitaire soit acheminée dans les zones de conflit», a-t-il ajouté, sans autre précision sur leur localisation. Actuellement «c’est un trou noir» cette région du Tigré en Ethiopie où se déroulent les combats, a précisé un responsable de l’ONU sous couvert d’anonymat. Il faut pouvoir atteindre les populations qui sont dans les grands centres, a-t-il précisé.
«Je souhaite que cela finisse rapidement et que l’Ethiopie soit en mesure de trouver la paix dont ce pays a besoin pour son développement et le bien-être de ses habitants», a aussi dit le secrétaire général. Malheureusement, «jusqu’à présent, il n’y a aucun accord des autorités éthiopiennes pour une médiation externe», a-t-il déploré, en indiquant avoir multiplié les appels ces dernières semaines à des dirigeants en Afrique et dans le monde. «J’ai parlé avec le patron de l’Igad, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Workneh Gebeyehu), avec le Premier ministre du Soudan (Abdallah Hamdok), le président de l’Afrique du Sud (Cyril Ramaphosa), le président de la Commission de l’Union africaine (Moussa Faki Mahamat), et bien sûr avec le Premier ministre éthiopien (Abiy Ahmed) et la présidente éthiopienne (Sahle-Work Zewde) ainsi que d’autres acteurs», a précisé Antonio Guterres. L’absence d’accord des autorités éthiopiennes pour une médiation «est probablement la raison pour laquelle ce sujet n’a pas encore été discuté au Conseil de sécurité de l’ONU et qu’aucune initiative n’en est sortie», a-t-il ajouté. «Nous sommes entièrement à la disposition de l’Union africaine», présidée par l’Afrique du Sud, «pour soutenir toute initiative» de cette organisation, a-t-il conclu.
Région coupée du monde
Vendredi, des roquettes tirées par les forces du Tigré, qui affrontent l’armée fédérale éthiopienne, ont à nouveau visé la région voisine d’Amhara quelques heures après que le gouvernement central a affirmé que ses troupes se rapprochaient de Mekele, capitale de la région dissidente. Deux sont tombées près de l’aéroport et une dans un champ de maïs, a indiqué un journaliste sur les lieux, précisant qu’elles n’avaient fait ni victime ni dégâts. Les journalistes présents à Bahir Dar n’ont pas été autorisés à accéder aux sites en question. Dans un communiqué, les autorités du Tigré – région largement soumise à un black-out depuis le début de l’offensive militaire éthiopienne ont affirmé que l’aviation de «la clique fasciste» du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed avait bombardé jeudi Mekele, blessant «des étudiants de l’Université».
Depuis qu’il a lancé cette opération militaire au Tigré, le gouvernement fédéral assure que ses bombardements aériens ne visent que des dépôts d’armes ou carburant et sont menés de façon à éviter les victimes civiles. Aucune des affirmations de l’un ou l’autre camp ne sont vérifiables de source indépendante, le Tigré étant quasiment coupé du monde. Le TPLF avait déjà revendiqué le tir le 13 novembre, des roquettes ayant visé alors les aéroports de Bahir Dar et Gondar, autre localité d’Amhara, à une centaine de km plus au nord, utilisés selon lui par les appareils de l’aviation éthiopienne bombardant le Tigré. Les autorités du Tigré avaient également reconnu avoir tiré le lendemain des roquettes sur Asmara, capitale de l’Erythrée voisine qui borde toute la frontière nord du Tigré, accusant les autorités érythréennes de laisser les forces d’Addis-Abeba utiliser son territoire et l’armée érythréenne de leur prêter main-forte dans des combats au Tigré.
De vieux différends territoriaux opposent Amhara et Tigréens et les tensions récurrentes entre les deux communautés ont parfois dégénéré en violences par le passé. Des milliers de miliciens amhara ont rejoint le Tigré depuis le 4 novembre pour appuyer l’armée fédérale contre le TPLF, selon les autorités régionales amhara. Les appels à la désescalade de la communauté internationale se multiplient, sans grand résultats. n