Le gouvernement éthiopien assure lundi être en train de rétablir l’ordre et les services de base au Tigré, région du Nord du pays privée d’approvisionnement depuis un mois, où la situation sécuritaire toujours dégradée semble entraver l’arrivée d’une aide humanitaire cruciale. Les Nations unies ont récemment obtenu d’Addis Abeba un accès humanitaire au Tigré. Mais elles ont indiqué vendredi que l’acheminement de l’aide était compliqué par la persistance de combats, malgré les communiqués de victoire du gouvernement fédéral depuis la prise de la capitale régionale Mekele, le 28 novembre. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) doit avoir des accords avec toutes les parties en conflit pour accéder librement à la région, avait indiqué un porte-parole, laissant entendre que les forces dissidentes du Tigré contrôlaient certaines zones ou y étaient encore actives. «La phase active des opérations militaires est terminée», répète pourtant lundi le cabinet du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed dans un communiqué. «Actuellement, la tâche principale du gouvernement est de (…) rétablir l’ordre public, garantir l’accès illimité de nos citoyens des zones touchées à l’aide humanitaire et réinstaller ceux ayant été contraints de franchir les frontières, et rétablir les services de transport et communications», selon ce texte. «La protection et la sécurité de tous nos citoyens reste une priorité essentielle du gouvernement fédéral», assurent les services du Premier ministre.

Plus de soins à Mekele
Joint par l’AFP, un médecin de l’hôpital de Mekele ayant requis l’anonymat a cependant accusé dimanche des soldats de se livrer à de «nombreux pillages» dans la ville «privée (…) de système formel de maintien de l’ordre». Des habitants mécontents ont bloqué des rues, a-t-il ajouté, affirmant que deux manifestants avaient été tués et quatre grièvement blessés par des tirs de soldats éthiopiens. Les restrictions d’accès à la région et les réseaux de communications encore largement hors service rendent difficile de vérifier de manière indépendante ces affirmations, comme celles du gouvernement. A l’hôpital de Mekele, la situation «est très critique. Nous avons formellement cessé d’assurer des soins, dont ceux aux blessés, car il n’y a plus d’électricité, plus de carburant pour le générateur, plus de gants, plus d’analgésiques, plus d’antibiotiques, plus de repas pour les patients et le personnel», a également affirmé ce médecin. «Même les ambulances ont été emmenées par les soldats pour des besoins militaires», a-t-il ajouté. Se basant sur les corps entreposés à la morgue et les personnes accueillies à l’hôpital, le médecin a indiqué que 27 civils avaient été tués et plus de 100 blessés par «des tirs d’artillerie et de roquettes contre des civils et des infrastructures civiles» qui ont duré «du matin au soir» le 28 novembre, lors de la prise de Mekele. Selon lui, les civils tués étaient âgés de 4 à 78 ans, et quatre d’entre eux n’avaient pas 18 ans. Le cabinet du Premier ministre réaffirme lundi que l’armée fédérale s’est emparée de la capitale régionale sans faire ni victime civile ni dégâts aux biens privés.

«Scénario fallacieux»
«Le gouvernement va rapatrier, reloger et aider à se rétablir les réfugiés éthiopiens dans un court délai», promet-il également, à propos des plus de 48.000 personnes ayant fui le Tigré vers le Soudan voisin. Mais vendredi, le commissaire européen chargé de la gestion des crises Janez Lenarcic avait indiqué que les réfugiés éthiopiens qu’il venait de rencontrer au Soudan lui avaient «tous dit qu’ils étaient trop apeurés pour même penser» à rentrer chez eux. Le gouvernement oeuvre également à «traduire en justice les fugitifs», affirme lundi le cabinet du Premier ministre en référence aux dirigeants en fuite du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), parti qui dirigeait la région et défiait depuis des mois l’autorité de M. Abiy. M. Abiy a envoyé le 4 novembre, après des mois de tensions croissantes, l’armée fédérale à l’assaut des forces du TPLF – parti ayant durant près de 30 ans détenu le pouvoir réel et contrôlé l’appareil sécuritaire à Addis Abeba, avant d’en être progressivement écarté à partir de 2018. Samedi un colonel de l’armée fédérale, Shambel Beyene, a affirmé à la télévision Fana BC, proche des autorités d’Addis Abeba, que l’armée avait «bombardé» une cachette supposée des dirigeants du TPLF, parmi lesquels le président du Tigré, Debretsion Gebremichael, dans la localité de Workamba, à environ 75 km au nord-ouest de Mekele. Lundi, le gouvernement a également qualifié de «scénario fallacieux» l’éventualité d’une guerilla menée par les forces résiduelles du TPLF au Tigré. «La réalité est que la clique criminelle est totalement défaite et en déroute, sans capacité significative de monter une insurrection prolongée», assure le cabinet du Premier ministre. n