Le conflit en Ethiopie, qui oppose depuis début novembre les forces gouvernementales fédérales à celles de la région du Tigré, est «hors de contrôle», a estimé mercredi Michelle Bachelet, la Haute commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU. «La situation en Ethiopie est vraiment inquiétante et explosive», a souligné Mme Bachelet au cours d’une conférence de presse à Genève, insistant sur l’impact du conflit sur les populations civiles. Un peu moins de 50.000 habitants du Tigré se sont réfugiés au Soudan voisin et un certain nombre des 96.000 réfugiés érythréens ont fui à l’intérieur de la région ou se trouvent dans des camps coupés de tout approvisionnement des organisations humanitaires. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la Paix 2019, a lancé le 4 novembre une offensive pour chasser les dirigeants du Tigré, issus du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF). Selon Mme Bachelet, «les combats continuent au Tigré bien que le gouvernement affirme le contraire». Addis Abeba a décrété, le 28 novembre, l’opération militaire au Tigré «terminée» avec la prise de la capitale régionale Mekele. Mme Bachelet a indiqué que ses services avaient réussi à confirmer des informations «sur des violations flagrantes des droits de l’Homme», des enlèvements et des violences sexuelles. «Il y a des informations selon lesquelles de jeunes Tigréens sont recrutés de force pour se battre contre leur propre communauté», a-t-elle dit, en soulignant l’urgence de pouvoir se rendre sur place pour faire une évaluation indépendante de la situation. Elle a dénoncé, comme le font régulièrement ses collègues humanitaires à la même tribune, les obstacles mis à la distribution de l’aide. «Malgré un accord entre le gouvernement et l’ONU, l’accès libre n’a pas été possible», a-t-elle ajouté. Mme Bachelet s’est également inquiétée des discriminations dont les Tigréens font l’objet selon elle dans le reste du pays. «Nous entendons parler de limogeages, y compris parmi les fonctionnaires, du harcèlement de journalistes du Tigré et de propos haineux contre les Tigréens», s’est-elle insurgée. «Ce genre d’actions discriminatoires est profondément injuste, provoque la division et prépare le terrain à plus d’instabilité et de conflit», a-t-elle dit.