Repoussées à deux reprises en raison de la pandémie de coronavirus et de difficultés logistiques et sécuritaires, les élections législatives et régionales se sont déroulées hier en Ethiopie.

Synthèse de Salim Benour
Quelque 38 millions d’électeurs sont inscrits sur le fichier national des votants mais tous ne se sont pas rendus aux urnes.
L’opération n’a pas eu lieu dans un cinquième des 547 circonscriptions du pays. Des zones touchées par des violences ou des insurrections armées ou bien connaissant des problèmes logistiques, voteront le 6 septembre. Mais aucune date n’a été fixée pour les 38 circonscriptions du Tigré, théâtre depuis novembre dernier d’un conflit dévastateur opposant des forces politiques locales au pouvoir central accusé d’exactions sur les civils, «graves violations» des droits humains, a rappelé hier la Haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Michelle Bachelet
Selon l’ONU, plus de 350 000 personnes sont en situation de famine, ce que conteste le gouvernement éthiopien. Cette guerre a entamé l’image pacificatrice du Premier ministre Abiy Ahmed et terni un scrutin qu’il voulait être le témoignage de son ambition démocratique. Dans la région Oromia, la plus peuplée du pays et dont il est originaire, les deux principaux partis d’opposition régionaux boycottent le scrutin pour protester contre l’emprisonnement de leurs dirigeants ou pour dénoncer leur manque d’équité. Certains observateurs ont remis en cause la crédibilité du scrutin, notamment les Etats-Unis, inquiets de l’exclusion d’un si grand nombre d’électeurs et de la détention de responsables d’opposition.
Alors que les premiers résultats d’ensemble ne sont pas attendus avant plusieurs jours, il s’agit du premier test électoral pour le Premier ministre qui avait promis, à son arrivée au pouvoir en 2018, d’incarner un renouveau démocratique dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, rompant ainsi avec ses prédécesseurs.
«La volonté du peuple éthiopien sera garantie», a-t-il déclaré lors d’une visite dans sa ville de Beshesha, où il a voté. Cela permettra de «garantir l’aspiration de l’Ethiopie en tant que nation souveraine (et) de faire échec aux intentions néfastes de ceux qui nous veulent du mal», a ajouté le prix Nobel de la paix 2019, affirmant que «l’Ethiopie l’emportera» et «les Ethiopiens prospèreront».
Plusieurs électeurs et responsables politiques interrogés par l’AFP ont salué un scrutin plus démocratique que les précédents, où la vie politique était sous la coupe d’une coalition au pouvoir depuis 1991. M. Abiy avait promis que ces élections législatives et régionales seraient les plus démocratiques que l’Ethiopie ait jamais connues. Mais la commission électorale a rapporté plusieurs incidents, évoquant de «hauts niveaux d’intimidation de représentants de partis» dans les régions de l’Amhara, du SNNP (Sud) et de l’Afar. Contactée par l’AFP, l’antenne du parti Ezema en Amhara a notamment indiqué qu’un de ses observateurs a été frappé dans le village de Dasra, à une cinquantaine de kilomètres de Bahir Dar, tandis que dans d’autres bureaux de vote, plusieurs ont été empêchés de travailler. Le Parti de la Prospérité, le mouvement d’Abiy Ahmed, qui compte le plus grand nombre de candidats au Parlement, est le grand favori pour remporter une majorité. En Ethiopie, les députés élisent le Premier ministre, qui dirige le gouvernement, ainsi que le président, dont la position est honorifique. <