Le débat sur la question migratoire fait à nouveau rage aux Etats-Unis. Il est sur le point de créer de nouveaux affrontements entre les républicains et les démocrates à Washington voire entre les républicains eux-mêmes, certains n’étant pas d’accord avec la politique poursuivie actuellement par leur chef de file, le président Donald Trump.

En particulier depuis vendredi dernier, jour où son administration a pour la première fois révélé que les mesures de contrôle à la frontière avec le Mexique ont conduit depuis la mi-avril dernier à la séparation de 2000 enfants de leurs parents arrêtés pour être entrés illégalement aux Etats-Unis.
Entre le 19 avril et le 31 mai, 1.995 mineurs ont été séparés de 1.940 adultes interpellés et détenus par la police des frontières dans l’attente de poursuites, ont précisé les ministères de la Sécurité intérieure et de la Justice lors d’une conférence téléphonique. « Nous affichons parmi les plus hautes normes de détention du monde pour les enfants », ont-ils affirmé, pour défendre les conditions d’accueil des mineurs. Le chiffre qu’ils ont donné a eu l’effet d’un scandale chez les démocrates : «C’est une politique immorale, atroce», a tonné vendredi sur Twitter l’influente sénatrice démocrate Dianne Feinstein. Ils ont provoqué un malaise dans les rangs républicains et l’indignation de puissants dirigeants religieux. Parmi eux, l’influent prédicateur évangéliste Franklin Graham, « lien privilégié vers un électorat crucial pour Donald », a estimé hier un journaliste de l’agence de presse AFP.
Le chef de la Maison Blanche, lui, entend profiter du tollé général pour faire avancer sa politique anti-migratoire et faire pression sur l’opposition démocrate qu’il accuse d’être à l’origine du problème. « Les démocrates forcent la séparation des familles à la frontière avec leur agenda législatif horrible et crue », a-t-il encore lancé vendredi dans un tweet. Sa réforme sur l’immigration patine depuis des mois au Congrès et il cherche à lui forcer le passage. Divisés dans leur majorité, les républicains semblent enfin prêts selon les médias américains à présenter dans le courant de la semaine prochaine deux propositions de loi: l’une satisfaisant leur aile dure et l’autre, encore en élaboration, tentant de réconcilier modérés et conservateurs mais incluant les demandes de Donald Trump, notamment une enveloppe de 25 milliards de dollars pour construire le fameux mur qu’il a promis d’installer à la frontière avec le Mexique.
Ce texte comprendra un amendement s’assurant « que les mineurs accompagnés appréhendés à la frontière ne soient pas séparés de leurs parents », selon une source républicaine citée hier par l’AFP. Fuyant en majorité l’Amérique centrale et sa violence endémique, des familles de migrants sont séparées depuis au moins octobre 2017 aux Etats-Unis. Nombre d’entre elles étaient venues demander l’asile, d’après l’opposition démocrate qui dénonce depuis des jours le manque de transparence sur cette question. Mais le rythme s’est nettement accéléré depuis début mai, lorsque le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions, a dit que tous les migrants passant illégalement la frontière seraient arrêtés, accompagnés de mineurs ou pas.