Dans le cadre des mesures d’urgence visant à prémunir son pays d’une crise économique, causée par le coronavirus, le président américain Donald Trump a décidé de porter à leur maximum les réserves nationales de pétrole.

« Nous allons remplir les réserves stratégiques jusqu’au sommet, faire économiser des milliards aux contribuables américains, aider notre industrie pétrolière », a déclaré le locataire de la Maison-Blanche lors d’une conférence de presse organisée vendredi. Dans cet objectif, il a demandé au secrétaire à l’Energie « d’acheter à très bon prix de grandes quantités de pétrole brut pour le stockage aux Etats-Unis ».
En parlant de « très bon prix », le président américain ferait-il référence à ceux annoncés par l’Arabie saoudite pour le mois d’avril, à travers une révision à la baisse de plus de 3,5 dollars vers toutes les destinations ? C’est en tous les cas ce qui pourrait ressortir de la décision prise par Donald Trump en cette période où la demande pétrolière évolue dans une tendance plutôt baissière, sous l’effet d’une économie mondiale prise en otage par la pandémie de coronavirus.
La démarche « nationaliste » de ce dernier n’est cependant pas une première du genre aux Etats-Unis. En 2001, au lendemain des attentats du 11 septembre, la même décision avait été prise par George W. Bush.
Aujourd’hui, Trump peut compter sur des prix en très forte baisse avec, en sus, une production appelée à inonder le marché depuis que le géant saoudien Aramco a annoncé, la semaine dernière, qu’il allait augmenter son pompage jusqu’à 12,5 millions de barils à ce jour. A ces volumes pourrait s’« ajouter une production fortement renforcée, sachant que allié des Saoudiens a fait part de sa disponibilité à ajouter 1 mbj à sa production actuelle.
Tout ce scénario se dessine sur fond d’une guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie depuis le 6 mars, lorsque Moscou a, dans le cadre de l’accord Opep+, décidé de rejeter la recommandation de l’Opep de passer à une réduction supplémentaire de 1,5 mbj, mais aussi de déclarer la fin de cet accord dans les délais convenus entre les pays de l’organisation et leurs partenaires, c’est-à-dire dès le 31 mars. Du coup, ce sont des volumes énormes qui risquent de s’ajouter à une offre déjà excédentaire. Une configuration à laquelle Washington n’est sans doute pas étranger et que Trump semble vouloir saisir comme opportunité économique à l’approche de l’élection présidentielle. Toutefois, l’action du président américain devrait être un bonne nouvelle à prendre par les pays producteurs, sachant qu’elle absorberait l’excédent et pousserait donc les prix à rebondir après un effondrement qui a fait perdre à l’or noir jusqu’à 25%, la semaine dernière, soit le pire scénario depuis 2008.
A noter que les réserves américaines s’élèvent actuellement à 635 millions de barils. Mais elles ont une capacité totale de stockage de 727 millions de barils, elle peut donc en contenir 77 millions de plus.
Cet or noir est destiné à parer aux urgences, comme en 1991 au moment de l’opération « Tempête du désert » après l’invasion du Koweït par l’Irak, en 2005, après l’ouragan Katrina, ou en 2011 lors du soulèvement populaire de Libye.
D’autres ventes, plus ponctuelles, sont survenues ces dernières années pour renflouer le budget de l’Etat.<