Le président américain Barack Obama a annoncé, jeudi dernier, avec effet immédiat, la fin d’un dispositif en place depuis des décennies accordant un permis de séjour aux immigrants clandestins cubains arrivés sur le territoire américain.


L’abrogation de ce régime spécial, qui survient deux ans après le début du spectaculaire rapprochement entre Washington et La Havane, répond à une demande de longue date de La Havane qui y voyait une incitation à l’exil de ses ressortissants. Des observateurs considèrent que cette décision, prise à huit jours du départ de Barack Obama de la Maison-Blanche, est un moyen pour le président démocrate de cimenter un peu plus un rapprochement sur lequel son successeur républicain Donald Trump s’est montré réservé.
«Aujourd’hui, les Etats-Unis franchissent des étapes importantes pour normaliser les relations avec Cuba (…) en mettant fin à la politique connue sous le nom de +pieds secs, pieds mouillés+ qui avait été mise en place il y a plus de 20 ans et avait été conçue pour une époque différente», a indiqué Barack Obama dans un communiqué. «Nous traitons désormais les immigrants cubains de la même façon que les immigrants d’autres pays», a-t-il ajouté. Désormais, les Cubains qui tentent d’entrer illégalement aux Etats-Unis et ne répondent pas aux critères d’assistance humanitaire seront passibles d’explusion, explicite la Maison-Blanche. Dans le même temps, les autorités cubaines se sont engagées à accepter le retour de Cubains expulsés du territoire américain de la même manière qu’elles le faisaient jusqu’ici pour les personnes interceptées en mer.
Depuis une loi entrée en vigueur en 1966 en pleine Guerre froide, les émigrants cubains se voyaient offrir des facilités d’installation aux Etats-Unis avec la possibilité d’obtenir une résidence permanente au bout d’un an. Après l’exode massif de la «crise des balseros» (de «balsas», les embarcations de fortune servant à prendre la mer) en 1994, les deux pays avaient conclu un accord migratoire prévoyant la délivrance par les Etats-Unis de 20 000 visas par an et le rapatriement à Cuba des immigrants illégaux interceptés en mer.
La combinaison de cet accord et de la loi migratoire a débouché sur la politique connue sous le nom de «pieds secs, pieds mouillés», selon laquelle les autorités acceptaient les immigrants qui touchent terre et renvoyaient à Cuba ceux qui sont trouvés en mer.
Donald Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, a laissé planer le doute sur la position qu’il entendait adopter sur le dossier cubain. Fin novembre, l’homme d’affaires avait menacé d’un tweet de mettre fin au dégel si La Havane n’offrait pas davantage de contreparties sur les droits de l’Homme ou sur l’économie de marché.
Le président élu a, par ailleurs, qualifié Fidel Castro, décédé le 25 novembre à 90 ans, de «dictateur brutal qui a opprimé son peuple pendant près de six décennies». Des propos qui tranchaient avec ceux de Barack Obama qui avait qualifié Fidel Castro de «figure singulière» dont «l’Histoire jugera de l’impact énorme».