Les Nations unies ont réagi, hier, aux récentes annonces du président des Etats-Unis sur la question migratoire. Ils lui demandent de conserver la « tradition d’accueil » de son pays et de continuer de recevoir des exilés et des réfugiés sur le sol américain.


Vendredi dernier, la Maison-Blanche a publié un décret intitulé «Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis».
Il s’agit de «nouvelles mesures de contrôle pour maintenir hors des Etats-Unis les terroristes islamiques radicaux», a indiqué le président Trump.
«Nous ne les voulons pas ici» et «nous voulons être sûrs que nous ne laissons pas entrer dans notre pays les mêmes menaces que celles que nos soldats combattent à l’étranger (…) Nous n’oublierons jamais les leçons du  11-Septembre» 2001 et des attentats meurtriers commis ce jour-là par le groupe Al Qaïda. En vertu du décret et de ses annexes, les autorités américaines vont interdire pendant trois mois l’arrivée de ressortissants de sept pays musulmans : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen. A l’exception de leurs ressortissants détenteurs de visas diplomatiques et officiels et qui travaillent pour des institutions internationales.»
Dans ses restrictions à l’immigration, Washington va aussi arrêter pendant quatre mois le programme fédéral d’admission et de réinstallation de réfugiés de pays en guerre, toutes nationalités confondues. Un programme humanitaire ambitieux créé en 1980 et qui n’a été suspendu qu’une seule fois durant trois mois après le 11-Septembre. Quant aux réfugiés syriens, qui ont fui par millions le conflit dans leur pays, mais dont seulement 18 000 ont été acceptés aux Etats-Unis depuis 2011, ils seront définitivement interdits d’entrée, jusqu’à nouvel ordre.

A contre-courant d’Obama

Pour l’année budgétaire 2016 (du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016), Les Etats-Unis, alors gouvernés par le démocrate Barack Obama, avaient admis sur leur territoire 84 994 réfugiés du monde entier, parmi lesquels un peu plus de 10 000 Syriens. L’administration Obama s’était donnée pour objectif d’accepter 110 000 réfugiés pour l’année budgétaire 2017. L’administration Trump vise dorénavant «pas plus de 50 000» réfugiés cette année.
Dans une déclaration commune à Genève, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat aux réfugiés (H-CR) ont appelé les Etats-Unis à poursuivre leur tradition d’accueil des réfugiés. «Les places de réinsertion offertes par chaque pays sont vitales. L’OIM et le HCR espèrent que les Etats-Unis vont continuer à jouer leur rôle important de leader et poursuivre leur longue tradition de protection de ceux qui fuient les conflits et les persécutions», indique leur déclaration.
«Les réfugiés doivent recevoir un traitement équitable (…) et des opportunités de réinsertion, quelles que soient leur religion, leur nationalité ou leur race», précisent les deux organisations internationales. Le Président républicain a été élu le 8 novembre sur des slogans de campagne nationalistes, isolationnistes et de lutte contre le «terrorisme islamique radical». Il a récemment assuré qu’il ne visait pas, avec ses mesures contre l’immigration, une «interdiction contre les musulmans» mais «des pays qui ont beaucoup de terrorisme». «Nous sommes une nation compatissante et je soutiens le programme de réinstallation des réfugiés, mais il est temps de réévaluer et de renforcer le processus de vérification des visas», a souligné le chef de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, Paul Ryan. «Le président Trump a raison de s’assurer que nous faisons tout notre possible pour savoir exactement qui entre dans notre pays». Les démocrates se sont, en revanche, inscrits en faux contre le texte. «Le décret cruel du président Trump sur les réfugiés sape nos valeurs fondamentales et nos traditions, menace notre sécurité nationale et démontre une méconnaissance totale de notre strict processus de vérification, le plus minutieux du monde», a regretté Ben Cardin, de la commission des Affaires étrangères du Sénat. «Cette politique à courte vue est dangereuse et va nuire à nos alliances et partenariats», a-t-il dit. Le président iranien Hassan Rohani, dont le pays est visé par les nouvelles mesures, s’est montré hier assez critique des déclarations de son homologue américain. L’époque de la construction de murs entre les pays est «révolue» et «aujourd’hui, on n’est plus à une époque où on construit des murs entre les nations. Ils (les dirigeants américains) ont oublié qu’il y a quelques années le mur de Berlin s’est effondré», a lancé M. Rohani lors d’un discours.