La justice américaine a infligé un camouflet à Donald Trump en maintenant la suspension de son décret très controversé limitant l’immigration. L’appel du gouvernement est «rejeté», ont écrit, jeudi dernier, les trois juges de la cour d’appel de San Francisco dans leur décision prise à l’unanimité, insistant sur la nécessité de protéger «l’intérêt général».

Le gouvernement n’a pas démontré que le maintien de la suspension du décret signé le 27 janvier dernier se traduirait par de graves atteintes à la sécurité des Etats-Unis, ont-ils conclu. Les juges William Canby, Richard Clifton et Michelle Friedland ont souligné que le gouvernement n’avait «pas fait la preuve qu’un étranger d’un des pays incriminés a perpétré un attentat aux Etats-Unis» par le passé. «Rendez-vous au tribunal, la sécurité de notre nation est en jeu!», a tweeté le président américain. Plus tard devant des journalistes, il a qualifié la décision de «politique»: «c’est seulement une décision qui vient de tomber mais nous allons gagner le dossier», leur a-t-il affirmé, selon la chaîne NBC. Cette mesure présentée comme nécessaire pour lutter contre le terrorisme est la plus emblématique de son début de mandat.
Après seulement trois semaines à la Maison-Blanche, il subit donc un revers politique majeur et se retrouve entraîné dans une bataille judiciaire qui promet d’être longue. Le camp présidentiel a maintenant 12 jours pour demander à la cour d’appel de «reconsidérer» son arrêt ou faire monter l’affaire à la Cour Suprême.
Le décret, qui suspend l’entrée aux Etats-Unis des ressortissants d’Iran, Irak, Yémen, Soudan, Somalie, Syrie et Libye, avait été bloqué temporairement vendredi dernier par un juge de Seattle, dans l’Etat de Washington, le temps qu’une plainte déposée par le ministre de la Justice de cet Etat soit examinée. Cette mesure, décriée dans le monde entier, avait dans les jours suivant sa promulgation provoqué le chaos dans les aéroports américains et déclenché des manifestations dans tout le pays.
«Personne n’est au-dessus des lois, pas même le président», s’est réjoui Jay Inslee, gouverneur de l’Etat de Washington, qui avait contesté ce décret en Justice.Son ministre de la Justice Bob Ferguson s’est félicité d’une «victoire sur toute la ligne».
«Le président devrait retirer son décret mal fait, précipité et dangereux», a-t-il ajouté.L’association de défense des droits civiques ACLU, a quant à elle, assuré que la décision de la cour d’appel était «correcte», qualifiant le décret d’«interdiction des musulmans» (Muslim ban).

L’Irak demande son retrait de la liste
Hier, le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi dont le pays est concerné par le décrét anti-immigration a demandé, lors d’une conversation téléphonique avec le président américain Donald Trump, le retrait de l’Irak de la liste et d’autoriser les ressortissants irakiens à entrer aux Etats-Unis. M. Abadi qui a exhorté M. Trump «de retirer l’Irak de la liste des pays mentionnés dans le décret», selon le communiqué publié par son bureau après la conversation téléphonique jeudi dernier, met en avant le principe de la réciprocité.
Les Etats-Unis comptent plus de 4 800 soldats en Irak et sont les principaux acteurs de la coalition internationale qui soutient les forces irakiennes depuis septembre 2014 face au groupe terroriste autoproclamé «Etat islamique» (Daech/EI).
L’aviation américaine ainsi que des conseillers militaires américains au sol aident actuellement le pouvoir irakien à reconquérir Mossoul, la deuxièmeville d’Irak occupée par l’EI. M. Abadi avait fustigé auparavant le décret, estimant qu’il punissait ceux qui «combattent le terrorisme».