Le président Donald Trump est-il en train de piétiner la fonction présidentielle dans son pays ? C’est la question que se sont posées tous les commentateurs sérieux de la presse américaine peu après la conférence de presse que le chef de la Maison-Blanche a tenue, jeudi dernier.

De mémoire de journalistes et d’analystes politiques aux Etats-Unis, jamais on a assisté à un tel exercice dans la fameuse « East room », traditionnellement réservée aux grandes interventions médiatiques des chefs d’Etat américains. Durant plus d’une heure et demie, M. Trump, défend le bilan de ses quatre premières semaines au pouvoir. Quelques semaines après sa prise de fonction, il a cassé tous les codes du lieu et de la tradition, s’en prenant tout particulièrement à la presse qui ne voit rien et dénigre tout, selon lui.
Sur le ton de la colère, M. Trump a affirmé avoir hérité d’une situation «chaotique» avant d’énumérer les décrets signés dans le Bureau ovale. «Jamais aucune présidence n’a fait ça avant», a-t-il ajouté, en martelant que son administration «fonctionne comme une machine bien réglée». «Les gens le savent, la plupart des médias, non. Ou plutôt, ils le savent, mais ils ne l’écrivent pas», taxant ainsi les médias de son pays d’atteindre un «niveau de malhonnêteté hors de contrôle», a-t-il dénoncé lors d’une prestation où il a semblé perdre le fil des mots et de sa pensée.
«La plupart des médias, à Washington DC, mais aussi à New York et Los Angeles, ne parlent pas pour le peuple mais pour des intérêts particuliers et pour les profiteurs d’un système qui est cassé», s’est-il attaqué aux journalistes. «Je vous dis simplement que vous êtes des gens malhonnêtes», a-t-il lancé. Avant d’ajouter : «Le public ne vous croit plus».
« Je suis ici pour faire passer mon message directement au peuple (….) car nombre de journalistes de notre pays ne vous diront pas la vérité et ne traiteront pas les gens formidables de ce pays avec le respect qu’ils méritent».
Les professionnels de l’information apprécieront et auront certainement, durant les semaines qui viennent, des relations plus que tumultueuses avec la Maison-Blanche et son locataire de plus en plus perçu comme un président pas comme les autres. Ce qui, dans le cas de M. Trump, est loin d’être un compliment. Sur la Russie, un des thèmes centraux de sa prestation, il s’est montré maladroit : «Je n’ai rien à voir avec la Russie !», a-t-il dit. «Les fuites sont réelles, mais les informations sont fausses», a-t-il ajouté à propos des révélations en avalanche sur ses prétendues relations avec Moscou et le président Poutine. «Si les fuites sont bien réelles et portent sur des faits avérés, comment les informations peuvent-elles être fausses ? «s’est demandé un journaliste présent sur les lieux. C’est le «ton», lui répond le président américain, qui dénonce «la haine» dont il fait objet.
«Vous savez, je ne suis pas une mauvaise personne», a-t-il glissé contre les membres de l’administration Obama, qui disséminent, selon lui, de «fausses informations». «Ce n’est pas Donald Trump qui a divisé le pays». Et de lancer : «Nous vivions déjà dans un pays divisé.»
Même s’il répète à l’envi que les sondages ne sont pas des indicateurs fiables, Donald Trump, très sensible à son image comme tous ses prédécesseurs, garde un œil sur ces derniers. Et les chiffres du début de sa présidence sont mauvais. Selon une enquête du Pew Research Center publiée jeudi, la popularité de Trump, après un mois au pouvoir, est nettement plus basse que celle des cinq hommes qui ont occupé le Bureau ovale avant lui, qu’ils soient démocrates ou républicains. Au total, 39% seulement des Américains interrogés approuvent son action à la tête de l’Etat.