Donald Trump, quarante-cinquième président de la première puissance économique et militaire mondiale, prendra officiellement ses fonctions demain à la Maison Blanche. La cérémonie d’investiture, qui a débuté depuis hier soir par le dépôt d’une gerbe de fleurs dans un cimetière militaire américain avant le Welcome Concert, se poursuivra le lendemain, vendredi, à 9h30, (15h30 heure algérienne) par la cérémonie solennelle d’investiture, suivie de la prestation de serment  à midi (18h00).

Auparavant, Donald Trump ira prendre un café avec Barack Obama, son prédécesseur, à la Maison-Blanche, au 1 600 Pennsylvania Avenue, avant que les deux hommes ne se dirigent vers le Capitole, devant lequel il prêtera serment. En face de lui, plus de  250 000 personnes se masseront sur le Mall, l’immense esplanade de la ville. Outre les anciens présidents Jimmy Carter, George W. Bush et Bill Clinton et son épouse, Hillary, grande perdante du scrutin présidentiel de novembre dernier. Plus tard, place à une parade dans la ville de Washington DC, avant le début des bals en soirée. Samedi, se tiendra une messe interreligieuse à 10h00 (16h00) et le Women’s March à la même heure. A la veille de son investiture, ils seront aujourd’hui des milliers de jeunes, des écologistes, des syndicalistes à manifester leur refus du programme du président élu, décidés à lutter pendant les « 1 461 jours » du mandat de Trump pour « protéger les progrès » accomplis en huit ans, particulièrement l’« Obamabacare » que Trump veut « rayer ».

L’Europe, l’Otan, la Russie et les autres…

Donald Trump ouvre une période de grande incertitude pour l’Europe qu’il a vivement critiquée dans une récente déclaration de presse durant laquelle il a salué le Brexit britannique et fustigé l’Otan. Avec lui, les Etats-Unis « concentreront leur intérêt sur la Chine, la Russie, l’Iran et l’autoproclamé Etat islamique » comme cible à abattre, prédit le think-tank Carnegie Europe. « Et quand bien même Washington s’engagerait avec l’Europe, cela se ferait probablement avec certains pays à titre individuel. Quand un dirigeant s’opposera à son ordre du jour, le gouvernement de Trump pourrait bien chercher à jouer un Européen contre un autre », analysent Stefan Lehne et Heather Grabbe, experts de Carnegie, dans une note publiée récemment. Sur l’Otan, les intentions de M. Trump inquiètent. « Les Etats membres de l’UE devront envisager une augmentation de son autonomie stratégique », répond Felix Arteaga, du think-tank espagnol Real Instituto Elcano, même si Paris et Berlin poussent d’ailleurs depuis l’automne 2016 les autres capitales européennes à soutenir cette capacité d’autonomie en termes de déploiements de force. L’Europe s’inquiète davantage d’un éventuel rapprochement avec la Russie attaquée de toutes parts actuellement et accusée d’emprise hégémonique par des Européens qui se sont trompés lourdement sur le dossier syrien et cherchent à affaiblir Moscou sur son flanc occidental en soutenant par exemple un gouvernement ukrainien résolument antirusse et en appelant à renforcer l’arsenal otanien en Europe de l’Est. Pourtant, le général James Mattis, le futur chef du Pentagone, est considéré comme « un dur sur la Russie ». Mais le premier test grandeur nature de cette « nouvelle » relation avec l’Europe, l’Otan et la Russie sera bel et bien iranien. D’ailleurs, le président iranien a pris les devants et a d’ores et déjà affirmé refuser toute renégociation de l’accord nucléaire si M. Trump, qui a récemment réitéré son opposition franche à cet accord, le demande. « L’accord nucléaire est terminé, il a été approuvé au Conseil de sécurité de l’ONU et est devenu un document international. C’est un accord multilatéral et cela n’a pas de sens de vouloir le renégocier», a déclaré Hassan Rohani.

Protectionnisme et préférence US…
Sur le plan économique, Donald Trump veut tout reconsidérer : la présence des géants de l’industrie américaine hors des Etats-Unis, les accords commerciaux multilatéraux et bilatéraux… Il a justement séduit les classes populaires avec un programme économique basé sur une ligne protectionniste et sur la lutte contre les délocalisations. Jusqu’ici il met l’isolationnisme au cœur de sa stratégie économique : remise en cause de la présence des Etats-Unis au sein de l’OMC, renégociation du traité de libre-échange nord-américain, retrait des Etats-Unis du partenariat trans-Pacifique, instauration de droits compensatoires sur les produits « made in China » ; en voulant imposer des droits de douanes sur les produits chinois (jusqu’à 45 %) et mexicains (jusqu’à 35 %) afin de favoriser l’achat de produits locaux. Au plan énergétique, il veut relancer les forages de pétrole de schiste; pendant que les pays producteurs de pétrole – Opep et non-Opep – peinent avec un baril qui manque de vigueur dans les marchés mondiaux. M. Trump a encouragé les producteurs américains à qui il a promis de lever un certain nombre de barrières réglementaires aux forages, au grand dam des associations de défense de l’environnement et un accord sur le climat qu’il veut faire passer à la trappe. Selon une étude de l’institut Citigroup, son action économique pourrait retrancher le PIB mondial de 0,7 à 0,8 point de croissance et plonger l’économie du pays en récession. L’institut Oxford Economics considère que l’économie américaine se contracterait de 1 000 milliards de dollars dans les 5 prochaines années. Beaucoup d’experts se demandent comment le chef d’Etat va toutefois mettre en pratique son programme, dont certains points remettent en cause des années de politiques d’ouverture de ses prédécesseurs.

Quelle stratégie  en Syrie ?
L’orientation de la politique de la nouvelle administration américaine concernant le dossier syrien continue encore de soulever des interrogations tant ce qui a été rapporté jusque-là des déclarations et intentions réelles du nouveau Président américain Donald Trump a été pour le moins contradictoire. Et pour cause, il a laissé entendre à un désengagement de son pays, avant d’annoncer en décembre, au moment de la bataille d’Alep, sa volonté d’établir des « zones de sécurité » pour aider les civils syriens confrontés à la guerre, en scandant face à ces partisans réunis à Orlando « nous allons essayer de régler ça, et nous allons essayer d’aider la population (…) Nous allons établir des zones de sécurité ». Une action hostile au regard du droit international, que même le président Obama n’avait pas osé entreprendre. En effet, bien que le fond de la politique de Donald Trump pour ces quatre prochaines années devrait se recentrer sur les questions internes aux Etats-Unis et plus spécialement sur l’économique, le nouveau Président américain a évoqué à plusieurs occasions la Syrie et le Moyen-Orient depuis l’annonce de sa candidature, promettant ainsi une action radicalement différente de celle de son prédécesseur en focalisant ses efforts sur la lutte contre la menace terroriste, et ce, au détriment des « changements de régimes ».