A peine a-t-il prêté serment, que le 45e président des Etats-Unis Donald Trump a voulu se «mettre au travail» avec la signature d’un premier décret. Et en coulisses, son équipe a mis à jour le site de la Maison-Blanche. Revue des premières mesures.

Dans le bureau ovale, il a signé son tout premier décret contre la loi d’assurance-maladie «Obamacare», texte emblématique de son prédécesseur Barack Obama, marquant sa rupture avec celui-ci. Dans ce décret, Donald Trump ordonne aux diverses agences fédérales de «soulager le poids» de cette loi, en attendant son abrogation et son remplacement par le Congrès, a expliqué son porte-parole Sean Spicer. Cette loi de 2010, honnie des conservateurs en raison de son coût et de sa lourdeur administrative, vise à aider tous les Américains à souscrire à une couverture maladie. On ignore la teneur exacte de ce premier décret et ses conséquences immédiates. La loi «Obamacare» ne peut en effet être effacée d’un coup de plume. Le Congrès, à majorité républicaine, devra voter son abrogation, selon un calendrier qui n’a pas encore été annoncé. Un second décret (un mémorandum) a également été signé par le nouveau secrétaire général de la Maison-Blanche, Reince Priebus. Celui-ci ordonne un gel général des réglementations fédérales jusqu’à ce qu’un nouveau ministre nommé par Donald Trump les approuve. En fin de journée, le Sénat a aussi confirmé, à de très larges majorités, les deux Premiers ministres du gouvernement Trump : les généraux à la retraite James Mattis (Défense) et John Kelly (Sécurité intérieure). Les deux hommes ont été confirmés par respectivement 98 voix pour et une voix contre pour le général Mattis, et 88 voix contre 11 pour le général Kelly. Ce dernier devra notamment s’occuper de la question sensible du contrôle des frontières. «Plus aucune nation n’est en sécurité sans amis, nous travaillerons avec le département d’Etat pour renforcer nos alliances», a-t-il fait savoir, tentant de rassurer les alliés des Etats-Unis après les propos de Donald Trump qui avait qualifié l’Otan d’alliance militaire «obsolète». Il a également rendu un hommage appuyé aux services de renseignement, publiquement critiqués par le nouveau Président. Le week-end de Donald Trump devrait être calme avec seulement un office œcuménique (National Prayer Service), prévu samedi matin à la Cathédrale nationale de Washington, selon son agenda officiel. En revanche, son équipe a annoncé que dès demain, lundi, de premières grandes décisions seront prises, vraisemblablement dans les domaines de l’immigration, du climat ou du travail. Donald Trump s’est notamment fait élire sur la promesse qu’il sera «le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé». Reste que la constitution des équipes de son administration s’annonce difficile, tant la victoire a pris le camp républicain par surprise. Le tout conjugué avec le fait que jamais, depuis 40 ans, un président américain n’avait pris le pouvoir avec un niveau d’impopularité aussi élevé. Les premières semaines de gouvernance pourraient ainsi se révéler chaotiques.

Retour sur la cérémonie d’investiture
L’Amérique vient d’entrer dans une nouvelle ère. Donald Trump a été investi 45e président des Etats-Unis vendredi dernier, à Washington, au terme d’une cérémonie à nulle autre pareille. Le milliardaire a fait son apparition le pouce levé, en signe de victoire, avec son éternelle cravate rouge. Il a prononcé un discours musclé, à quelques dizaines de mètres seulement d’Hillary Clinton – venue comme épouse de Bill Clinton et non comme adversaire de campagne. Ses opposants y verront certainement un symbole : la pluie a commencé à battre au moment même où il prenait la parole. «Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis», a-t-il déclaré. Ceux qui espéraient découvrir un «président Trump» profondément différent du «candidat Trump» ont été déçus, le septuagénaire a entamé son mandat sur la même tonalité, promettant de «rendre le pouvoir au peuple». «A compter d’aujourd’hui, ce sera l’Amérique d’abord et seulement l’Amérique ! », a lancé le magnat en énonçant «deux règles simples: acheter américain et embaucher américain ». « Ensemble, nous rendrons sa force à l’Amérique. » La cérémonie, suivie en direct par des millions de personnes à travers le monde, avait un goût de revanche pour celui dont l’annonce de candidature, en juin 2015 avait été accueillie par des ricanements. Des dizaines de milliers de partisans s’étaient rassemblés malgré une très fine pluie sur le National Mall, coloré du rouge de leurs casquettes. Le Président a été beaucoup moins bienveillant à l’égard du monde politique de Washington, rassemblé autour de lui pour son investiture. « Nous transmettons le pouvoir de Washington à vous, le peuple ! Les hommes politiques ont toujours prospéré mais les familles américaines n’avaient pas grand-chose à célébrer jusqu’alors. Cela va changer », a promis le 45e président US qui a prononcé un discours de rassemblement, estimant avoir prêté serment sur la Bible « au nom de tous les Américain ». « Que l’on soit noir, marron ou blanc, on a tous le même sang patriote dans les veines », a-t-il lancé. « Plus aucun d’entre vous ne sera jamais plus ignoré ». Ses fans ont été particulièrement transportés par ses propos protectionnistes : « Toutes les décisions sur le commerce, les impôts, les relations internationales seront conçues pour profiter aux travailleurs américains. Nous devons protéger nos frontières des ravages de l’étranger. » Donald Trump, qui a dressé un tableau négatif de la situation actuelle des Etats-Unis dans ce discours de 16 minutes, a indiqué être en mesure de créer de l’emploi, de la richesse et d’éradiquer complètement le terrorisme. « Nous rendrons sa richesse à l’Amérique. Nous rendrons sa fierté à l’Amérique. Nous rendrons sa sécurité à l’Amérique. Et, oui, nous rendrons sa grandeur à l’Amérique», a-t-il conclu. Peu avant son investiture, des heurts ont éclaté à Washington DC provoqués par des manifestants qui contestent son élection. Leur objectif est d’empêcher la parade prévue juste après la cérémonie de prestation de serment. La capitale américaine a été quadrillée par un important dispositif sécuritaire qui a coûté près de 100 millions de dollars. Environ 28 000 agents du Secret Service et des forces de sécurité américaine y ont été déployés.