L’adoption tardive d’un nouveau plan de relance économique par le gouvernement américain risque de compliquer la distribution d’aides cruciales pour des millions de chômeurs américains.

Par Chris Stein
En cause : l’approbation à la dernière minute du nouveau plan de relance économique de 900 milliards de dollars par le Congrès et le refus du président sortant de signer le texte pendant plusieurs jours avant de battre en retraite dimanche. Ces aides doivent venir relayer celles qui existaient depuis mars et ont expiré samedi dernier à minuit, privant de revenus au moins 12 millions de personnes qui ont perdu leur emploi à cause de la pandémie. Mais la reprise des paiements après cet arrêt momentané pourrait se révéler complexe et prendre des semaines, selon des experts. «Tout ce qui concerne les allocations chômage est (…) compliqué», et certains Etats pourraient être dépassés, explique Michele Evermore, experte en politiques publiques de l’organisation National Employment Law Project. La distribution de ces aides est en effet gérée par les Etats et les territoires américains. Beaucoup disposent de systèmes informatiques désuets, souvent submergés par les demandes, qui auront du mal à réactiver rapidement un programme venant d’expirer. «Ils vont devoir enlever tout le monde (du système) puis remettre tout le monde, cela ne va pas se dérouler sans accroc», estime Andrew Stettner, du think tank progressiste The Century Foundation.

Expulsion
Autre conséquence collatérale de la signature tardive de la loi: de nombreux Etats avaient déjà fixé le nombre des paiements versés pour la semaine. Au total, l’interruption des programmes d’aide le 26 décembre pourrait coûter aux chômeurs dans certains Etats une semaine d’allocations, et retarder les paiements pour une période pouvant aller jusqu’à trois semaines, une situation très délicate pour des personnes sans emploi depuis des mois, souligne Mme Evermore. «Je me débrouille avec zéro revenu depuis deux semaines. Tout ce temps passé sans avoir de salaire, c’est difficile», confie Carson Noel, 51 ans. Il a perdu son emploi dans l’industrie du spectacle avec la pandémie. Habitant en Arizona, Carson Noel a été expulsé de son appartement après l’épuisement de ses droits en octobre. Il vit désormais avec un membre de sa famille et grignote peu à peu ses économies pour s’en sortir. Si la reprise de ses allocations chômage est un soulagement, il préférerait avoir un emploi. «Je ne veux pas rester assis chez moi», assure-t-il.

Puiser dans les économies
Les aides fédérales qui étaient versées aux chômeurs depuis l’adoption en urgence, en mars, du gigantesque plan de soutien à l’économie de plus de 2.200 milliards de dollars, avaient permis à la première économie du monde de limiter l’ampleur de la récession et à des millions de personnes de ne pas sombrer dans la pauvreté. Le nouveau plan de relance étend par ailleurs les allocations aux travailleurs indépendants ou payés à la tâche, qui ne peuvent pas habituellement y prétendre, dont fait partie Carson Noel. De son côté, Deborah Lee, qui a dû quitter son emploi à l’hôpital en raison de son diabète et du risque de contracter le Covid-19, tente de faire vivre sa famille avec les 240 dollars par semaine d’allocations chômage que lui donne l’Etat de l’Arizona. C’est l’un des montants les plus faibles du pays, et il est pratiquement «impossible» de subsister avec, déplore-t-elle. La professionnelle de santé de 58 ans a dû puiser dans son épargne retraite et s’inquiète de ce qu’un retard d’allocations pourrait avoir comme conséquence sur sa famille. Seule sa fille travaille pendant que ses trois petits-enfants suivent des cours en ligne. «J’ai peur de penser à ça. J’ai encore des règlements à faire pour ma voiture, j’ai une assurance qui doit être payée. J’essaie de prendre les choses comme elles viennent», souffle-t-elle. (Source AFP)