Les Etats-Unis confirment leur méfiance envers
les géants chinois de la « Tech » et décident d’interdire la vente sur leur territoire des produits
et services télécoms de plusieurs équipements chinois de taille mondiale. Cette mesure qui va pénaliser les petits opérateurs américains, qui achètent notamment leurs équipements chez Huawei et ZTE, est motivée par la menace de l’espionnage. Elle révèle aussi la poursuite de la « guerre des puces » que se livrent Washington et Pékin.

Synthèse Selma Allane
Vendredi 25 novembre 2022, le régulateur américain des télécoms (FCC) a annoncé l’interdiction des équipements et services télécoms fournis par près d’une demi-douzaine d’entreprises chinoises, parmi lesquelles de grands équipementiers.
Le décret vise des entreprises considérées comme posant une menace à la sécurité nationale des Etats-Unis et concerne la vente de tout nouveau produit sur le sol américain, en ne permettant plus l’obtention d’autorisation de mise sur le marché. Il concerne Huawei et ZTE, déjà soumises par le passé à des règles équivalentes, ainsi que Dahua et Hikvision, qui fournissent des équipements de vidéosurveillance, et Hytera, spécialisée dans les équipements radio. Les produits déjà autorisés par la FCC continueront cependant de l’être pour l’instant.
Dans un communiqué, la présidente de la FCC, Jessica Rozenwurcel, a indiqué que « ces nouvelles règles représentent une part importante des actions mises en place afin de protéger le peuple américain contre des menaces à la sécurité nationale impliquant des équipements télécoms ». Le régulateur réfléchit par ailleurs à réétudier les autorisations déjà accordées ainsi que les procédures de révision des interdictions annoncées. Face aux équipements chinois de télécommunications, soupçonnés d’espionnage au profit de Pékin, l’administration Biden reste sur la même ligne que celle de son prédécesseur Donald Trump. En mai 2020, le gouvernement de l’ex-président des Etats-Unis avait imposé aux sous-traitants de Huawei de demander une autorisation pour utiliser des composants américains, bloquant de fait la fourniture à l’équipementier de produits fabriqués par des sociétés basées aux Etats-Unis.
La décision avait pénalisé l’activité du groupe, notamment dans les smartphones où Huawei a quasiment disparu du marché. La FCC a ensuite classé, en mars 2021, Huawei, ZTE, Hytera Communications,Hangzhou Hikvision Digital Technology et Dahua Technology sur une liste noire d’entreprises faisant peser « un risque inacceptable » pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Toujours en 2021, en juin, l’agence s’était dite favorable à un projet d’interdiction des autorisations accordées aux entreprises chinoises d’équipements de télécommunications. « Bien qu’elle ait identifié des problèmes de sécurité avec les équipements de télécommunications de Huawei et ZTE dès 2019, cette agence a continué ces dernières années à octroyer son approbation à ces équipements », avait alors déclaré Mme Rozenwurcel.
« En d’autres termes, nous avons laissé ouvertes des opportunités pour leur utilisation aux Etats-Unis grâce à notre processus d’autorisation d’équipement. Nous proposons désormais de fermer cette porte », avait-elle ajouté. Cette volonté d’interdiction avait suscité des inquiétudes parmi les petits opérateurs télécoms, qui sont les seuls à utiliser des équipements Huawei et ZTE dans leur réseau. En septembre 2020, la FCC avait estimé que remplacer ces équipements leur coûterait plus de 1,8 milliard de dollars. Washington montre régulièrement du doigt Pékin pour le piratage d’entreprises ou d’agences gouvernementales américaines. En 2021, le géant informatique américain Microsoft avait déclaré qu’un groupe de pirates informatiques soutenus par Pékin avait exploité des failles de sécurité dans ses services de messagerie pour voler des données d’utilisateurs.
La Chine dément toujours fermement ces accusations et dit être elle-même victime de cyberattaques de la part des Etats-Unis. En septembre dernier, le Centre national chinois d’intervention d’urgence contre les virus informatiques (CVERC) a accusé, dans un rapport la NSA et le renseignement américain, d’avoir mené contre la Chine un grand nombre de cyberattaques qui auraient permis de dérober des données sensibles.

Des accusations fermement démenties
Le rapport accuse une branche de la NSA, la Tailored Access Operations (TAO), d’avoir infiltré l’Université polytechnique du Nord-Ouest, dont le siège est à Xi’an (nord de la Chine). Cet établissement d’enseignement supérieur, financé par le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information, est spécialisé dans la recherche aéronautique et spatiale.
Dans ce contexte de rivalités, la décision du régulateur américain d’interdire la commercialisation de produits et services télécoms chinois aux Etats-Unis apparaît comme une nouvelle phase du durcissement de restrictions annoncées par le département du Commerce américain et qui ont concerné, en octobre 2022, le contrôle plus strict des exportations des technologies de semi-conducteurs vers la Chine. Parmi les conséquences des nouvelles restrictions américaines d’exportations des technologies vers la Chine, l’inscription depuis octobre dernier du fabricant chinois de mémoires flash 3D YMTC sur la liste américaine des « entités non fiables » (Unverified List, moins contraignante que l’Entity List sur laquelle Huawei est inscrit). Un coup d’arrêt au développement de cet opérateur qui revendique plus de 10 000 employés dont 6 000 en recherche et développement et qui a été lancé durant l’été 2016 pour fabriquer des smartphones, tablettes, PC, serveurs, décodeurs, téléviseurs, consoles de jeu, à l’échelle mondiale.n