Le rendez-vous américano-africain qui se tient aujourd’hui à Washington sera axé sur la relance du partenariat économique et commercial entre les deux parties. Le président Joe Biden, dont l’administration tient compte des jeux d’intérêt et d’influence nouveaux au sein du continent, devrait annoncer son soutien et son engagement pour une place de l’Union africaine (UA) au G20.

Par Kahina Sidhoum
Le sommet de trois jours, du 13 au 15, pour Washington et ses partenaires africains dont l’Algérie, sera l’occasion de parler de relations économiques et commerciales, de sécurité alimentaire – aggravée par la guerre en Ukraine -, du changement climatique et de questions politiques et géopolitiques. On s’attend à l’occasion de cette rencontre longtemps préparée à ce que le président Biden soutienne publiquement l’idée d’un siège pour l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU et d’une représentation au G20 comme l’a récemment souhaité, lors de sa dernière édition à Bali, en Indonésie, le président en exercice de l’Union africaine (UA), le président du Sénégal Macky Sall.
«Cette décennie sera décisive. Et les années à venir vont déterminer la manière dont sera réorganisé le monde», a affirmé avant la tenue du sommet le +Monsieur Afrique+ du Conseil de sécurité nationale, Judd Devermont, en soulignant que l’administration Biden «croit fermement que l’Afrique aura une voix déterminante». Le grand rendez-vous Etats-Unis/Afrique qui débute aujourd’hui, signalent les observateurs, intervient dans le sillage d’une nouvelle stratégie «Afrique» dévoilée l’été dernier et annonçant une refonte de la politique des Etats-Unis en Afrique subsaharienne notamment, pour y contrer la présence chinoise et russe.
Lors de sa tournée africaine en août dernier, qui la menée en Afrique du Sud, en RDC et au Rwanda, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken avait appelé à créer un «véritable partenariat» avec l’Afrique. Signe de cette ouverture, les Etats-Unis ont invité tous les pays membres de l’Union africaine et en «bons rapports» avec l’UA, à l’exception du Burkina Faso, de la Guinée, du Mali et du Soudan, de l’Erythrée, pays avec lequel les Etats-Unis n’ont pas de relations diplomatiques. Des chefs d’Etat considérés comme des mauvais exemples de gouvernance comme l’inamovible président de la Guinée équatoriale Teodor Obiang ou des dirigeants des pays en guerre, comme l’Ethiopie, seront cependant présents à Washington.
«Il est clair qu’on est critiqués par ceux qui s’interrogent sur le fait de savoir pourquoi on a invité tel ou tel gouvernement avec qui on a des soucis», a admis Molly Phee, sous-sécrétaire d’Etat chargée des affaires africaines. «Mais cela reflète la volonté du président Biden et du secrétaire d’Etat Blinken d’avoir des discussions respectueuses y compris avec ceux avec qui on a des différences», a-t-elle ajouté dans une déclarations aux médias américains et accrédités au cours de laquelle elle a également déclaré que son administration n’entend pas se concentrer sur la question de l’influence chinoise ou russe, mais sur les dossiers de coopération et de partenariat, notamment économiques, avec l’Afrique . «Les États-Unis accordent la priorité à leur relation avec l’Afrique dans l’intérêt de nos intérêts mutuels et de notre partenariat face aux défis mondiaux», a déclaré Molly Phee. «Nous sommes très conscients, encore une fois, de l’histoire de la guerre froide, nous sommes conscients, encore une fois, de l’impact délétère du colonialisme sur l’Afrique, et nous cherchons soigneusement à éviter de répéter certaines des erreurs de ces époques antérieures».
L’une des principales priorités du Sommet des dirigeants États-Unis-Afrique du président Joe Biden, qui vise à accroître la coopération sur certains des problèmes les plus urgents au monde, sera de tracer l’avenir de l’accès aux marchés, a poursuivi la haute diplomate. La loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (Africa Growth and Opportunity Act (AGOA), qui expire en 2025 et donne à environ trois douzaines de pays africains un accès en franchise de droits à la plus grande économie du monde pour près de 7 000 produits, sera discutée lors du sommet et lors d’une réunion ultérieure avec les législateurs. Les ministres du commerce auront l’occasion de s’entretenir directement avec les membres du Congrès, qui sont chargés de légiférer sur l’AGOA, sur ce qui devrait être amélioré et comment aller de l’avant, a déclaré Sarah Bianchi, la représentante adjointe du commerce américain pour l’Asie et l’Afrique avant le sommet.
En 2021, le commerce bilatéral des États-Unis avec l’Afrique subsaharienne s’élevait à 44,9 milliards de dollars l’année dernière, soit une augmentation de 22 % par rapport à 2019, tandis que les investissements directs étrangers dans la région ont chuté de 5,3 % pour atteindre 30,3 milliards de dollars en 2021. Cependant, l’entrée en vigueur en janvier 2021 de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et la perspective qu’elle devienne pleinement opérationnelle en 2030 est susceptible de relancer sur des bases plus fortes les relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique. Le bloc africain, rappelle-t-on, a un marché potentiel de 1,3 milliard de personnes avec un produit intérieur brut combiné de 2,6 billions de dollars. <