Le ministre chargé de la Transition énergétique les réclamait depuis près de sept ans au moins. Il devrait enfin réussir à les organiser au mois de mai prochain, selon un communiqué de son département. Pour Chamseddine Chitour, qui a bataillé depuis toutes ces années en tant que professeur émérite et énergéticien convaincu de la nécessité pour l’Algérie de se libérer du tropisme des hydrocarbures, il s’agit en quelque sorte d’auditer le secteur de l’énergie dans ses différents domaines – y compris celui des pratiques de consommation – pour pouvoir élaborer une politique et un modèle énergétiques alternatif aux fossiles d’ici 2030. Un objectif ambitieux, cependant difficile à atteindre…

Mieux vaut tard que jamais ! Jamais cette parole proverbiale n’a été aussi vraie que pour le ministre chargé de la Transition énergétique et du Renouvelable, Chamseddine Chitour, et son projet d’aller vers des états généraux des acteurs de l’énergie en Algérie avant même qu’il ne soit au gouvernement.
Lundi dernier, Chamseddine Chitour a, en effet, indiqué, selon un communiqué, que son département compte organiser en mai prochain des «états généraux de l’énergie ». Le communiqué en question annonce précisément la tenue d’une «conférence sur les états généraux de l’énergie », une initiative parmi d’autres pour «l’établissement d’un modèle énergétique national à l’horizon 2030 », explique-t-on selon la même source.
Et c’est en mai 2014, que Chamseddine Chitour, alors professeur émérite à l’Ecole nationale polytechnique (ENP), avait pour la première fois appelé publiquement à la tenue de ces états généraux. Dans une conférence à l’ENP, il soutenait déjà qu’une «transition énergétique est plus qu’une nécessité » pour notre pays confronté au déclin de ses ressources hydrocarbures. «L’avenir est aux énergies renouvelables », plaidait-il alors, en insistant sur le «rôle du système éducatif » pour asseoir en Algérie une culture du renouvelable et de l’économie de la ressource.
Près de sept ans après, M. Chitour est sur le point de concrétiser son projet de réunion avec l’ensemble des milieux énergéticiens algériens pour discuter des moyens d’établir une feuille de route devant nous conduire dans moins d’une décennie vers une politique énergétique transitionnelle et de moins en moins dépendante des puits de pétrole et des gisements de gaz.
Va-t-il réussir ? Il y a près de sept ans, le professeur déplorait «l’absence de volonté politique d’aller vers les énergies renouvelables ». Aujourd’hui, qu’il est devenu ministre du secteur, ce regret n’a plus lieu d’être et c’est sur son dos que repose désormais la responsabilité de conduire l’Algérie dans ses premiers pas vers la transition à laquelle il n’a jamais cessé d’appeler, aussi à l’Ecole polytechnique, à l’université, que devant les patrons et chefs d’entreprise devant lesquels il s’est souvent exprimé avant de rejoindre l’Exécutif Djerad en début d’année 2020, d’abord, en tant que ministre chargé de l’Enseignement supérieur, puis, en tant que chargé du portefeuille qu’il détient actuellement.

Alternative au déclin annoncé du fossile conventionnel
Sur ce point, donc, on peut assurer que M. Chitour a été entendu. Cependant, il reste à savoir s’il aura le temps et les moyens nécessaires à la politique qu’il entend avoir pour rendre l’Algérie plus sobre en ce qui concerne la consommation de l’énergie fossile ; lui, qui a affirmé ne pas être un adepte du schiste, qu’on présente comme l’alternative au déclin annoncé du fossile conventionnel. Sur le terrain, l’homme qui avait dit, lors de cette fameuse conférence devant les enseignants et les étudiants de «Polytech », en mai 2014, qu’«il y a beaucoup d’effets d’annonce pour un résultat nul », risque de se retrouver concerné par la même sentence. Les raisons ? Le ministre chargé des Energies renouvelables et de la Transition énergétique est à la tête d’un département «tâtonnant » qui commence à peine à s’installer et à se distinguer au sein des autres ministères en raison de sa nouveauté. Personnellement, il reste aujourd’hui en sursis tant que la question d’un remaniement gouvernemental demeure d’actualité et qu’on ne sait pas quel ministre restera à son poste ou le quittera au retour du chef de l’Etat de son second séjour médical en Allemagne.
En ce qui concerne le ministère qu’il dirige, on peut affirmer qu’il démarre de rien ou presque dès lors que son cheval de bataille actuel, l’Agence nationale pour la promotion de la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE) qui – pour sa décharge, a longtemps dépendu du ministère de l’Energie dans ses différentes dénominations et missions – ne dispose pas d’un bilan convaincant depuis sa création officielle en 1985 et son engagement réel sur le terrain depuis 1999.
Il reste que M. Chitour dispose des arguments nécessaires (choisir entre consommer ou exporter la ressource fossile, répète-t-il à l’envi) pour que son ministère, avec ou sans lui, parvienne à jouer le rôle locomotive qui est le sien : c’est-à-dire mettre le pays à l’abri d’une pétro-dépendance qui n’a que trop duré et dont il en paye le prix fort en raison du retard qu’il a pris dans la diversification de son bouquet énergétique et économique.
Lundi, 11 janvier, le ministre chargé de la Transition énergétique a réuni «les représentants des départements ministériels chargés des Ressources en eau, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de l’Energie, des Mines, des Transports et de la Numérisation et des Statistiques ». Durant cette réunion, l’ordre du jour comprenait «l’établissement d’une réflexion interministérielle sur le modèle énergétique national à l’horizon 2030 ». «La stratégie énergétique du pays à mener d’ici 2030 s’appuiera sur un état des lieux de nos réserves énergétiques et l’évolution de la production et la consommation énergétique nationale », lit-on dans le communiqué de son ministère. Ce sera l’objet et le sujet des états généraux annoncés pour mai prochain. D’ici là, des groupes de travail seront mis en place pour la collecte de «données fiables » sur les «pratiques actuelles (gaspillage, énergie fossiles…) » pour «mettre en place un nouveau modèle de transition énergétique flexible et ambitieux ».